« Nos élèves seront prêts à décrocher des jobs dans les grosses boites de la Tech comme Google, Apple, Facebook ou Linkedin » Sylvain Kalache cofondateur Holberton School

"Nos élèves seront prêts à décrocher des jobs dans les grosses boites de la Tech comme Google, Apple, Facebook ou Linkedin" Sylvain Kalache, cofondateur de Holberton School
"Nos élèves seront prêts à décrocher des jobs dans les grosses boites de la Tech comme Google, Apple, Facebook ou Linkedin" Sylvain Kalache, cofondateur de Holberton School

Les initiatives privées des français se multiplient pour créer des écoles de formation au code. Après l’Ecole42, c’est au tour de Holberton School d’ouvrir ses portes. Située à San Francisco, ce sont trois français bien connus du monde de la tech qui se sont lancés : Julien Barbier, Rudy Rigot et Sylvain Kalache.

Sylvain nous dit tout sur ce projet :

holbertonschool

Comment est née l’idée de cette école ?

Nous sommes 3 co-fondateurs :

Rudy Rigot : ex-software ingénieur chez Apple
Julien Barbier : ex directeur marketing et communauté chez Docker
Sylvain Kalache : ex administrateur système chez LinkedIn

Nous avons cette idée depuis quelques années, du fait de notre implication dans le monde de la tech. D’un côté nous vivons tous dans la Silicon Valley où il y a une manque cruel en ingénieurs, où l’éducation en Université est très coûteuse et pas adaptée à l’industrie de la Tech – trop de théorie, formation trop longue. D’un autre côté nous sommes très impliqués dans le monde de la Tech Française, partout dans le monde via while42 (48 villes dans le monde) mais aussi en France via les relations que nous avons dans les écoles d’informatique.

Nous avons, en France, des formations efficaces qui forment des ingénieurs en informatique d’un niveau excellent qui cartonnent dans la Silicon Valley. Nous avons donc décidé de résoudre le problème du manque d’ingénieurs en informatique dans la Silicon Valley en s’inspirant de modèles utilisés en France.

Nous avons décidé de résoudre le problème du manque d’ingénieurs en informatique dans la Silicon Valley en s’inspirant de modèles utilisés en France

Quels sont vos objectifs concrètement ?

Nous souhaitons former des ingénieurs en informatique “full-stack”, c’est à dire qui ont une connaissance globale des différents aspects de l’informatique. Le tout en 2 ans. Nous proposons une alternative à :

  • l’université,  chère, longue et qui enseigne beaucoup de théorie et peu de pratique
  • les bootcamps, une formation courte (~3 mois) qui forment des développeurs très juniors. Ils s’adressent principalement à des adultes d’en moyenne 29 ans avec un diplôme supérieur en poche et ayant déjà généralement un emploi.
  • les cours en lignes qui ont un taux d’abandon énorme pouvant aller jusqu’à 95%

Nos ingénieurs seront polyvalents, auront été initiés aux différents métiers de l’informatique et seront préparés au monde professionnel avec une formation qui se rapproche au maximum du travail en entreprise. Ils seront par exemple amenés à développer des sites tel que Airbnb ou Twitter ou bien des projets de leur choix. Ils feront tout, le code, le design, l’installation et la gestion de la base de données, l’installation et la configuration des serveurs qui hébergeront leur site qui sera lui accessible sur Internet pour des vrais utilisateurs. Les élèves seront d’ailleurs d’astreinte pour leur site. Si celui-ci ne fonctionne pas ils seront dans l’obligation de le réparer le plus vite possible sous peine de perdre des points. Aucune école ne fait ça et pourtant c’est ce qu’un ingénieur fera toute sa carrière.

Nous souhaitons également résoudre le problème de la diversité dans le monde de la Tech aux US. Il y a très peu de femmes et de diversité ethnique, c’est d’ailleurs pour cela que notre école s’appelle Holberton. L’inspiration vient de Betty Holberton qui est une pionnière en informatique. Elle était une des 6 ingénieurs de l’ENIAC, qui était le premier ordinateur que l’on pouvait programmer, inventé en 1942 par l’armée américaine.

Nous souhaitons finalement retirer toute barrière financière pour notre éducation, la première promotion sera d’ailleurs totalement gratuite.

Notre école s’appelle Holberton. L’inspiration vient de Betty Holberton qui est une pionnière en informatique

Avez-vous noué des partenariats pour créer cette école ?

Nous travaillons avec beaucoup d’entreprises, nous ne pouvons pas encore citer les noms.

L’idée est que les élèves doivent apprendre avec les outils et pratiques qui sont utilisés en entreprise ce qui leur permettra de trouver un travail facilement et d’être immédiatement productifs au contraire de l’éducation standard qui enseigne souvent des choses obsolètes. L’informatique évolue constamment et il est impératif d’avoir un curriculum à jour.

Dans cette optique les entreprises Tech (mais aussi les mentors) vont nous aider à accomplir cette tâche en
donnant accès gratuitement aux élèves, à leur produits et outils et en travaillant avec eux sur des projets.

Cela permet aux étudiants d’être directement au contact des leaders de l’industrie Tech, de bien comprendre l’écosystème et de commencer à se faire un réseau qui sera très important lors de la recherche d’un emploi. Ils travaillerons également sur des projets qui sont en adéquation avec le monde de la Tech en se servant des outils que les ingénieurs en poste utilisent.

Pour les entreprises c’est un moyen de faire de la promotion pour leurs outils et plateformes, les étudiants auront tendance à utiliser ce qu’ils ont apprit à l’école. Dans un second temps c’est aussi une super opportunité pour repérer de potentiels candidats à l’embauche. Et cela vaut son pesant d’or pour les boites dans la Vallée.

Comment la financez-vous ? Quel est le budget ?

Nous avons levé de l’argent d’investisseurs, des VCs ainsi que des Angel Investors. Nous avons levé $2M.

Le modèle économique d’Holberton n’est pas encore bien défini bien qu’il y ait de nombreuses possibilités, là n’est pas la priorité pour nous. Cependant nous souhaitons rendre notre éducation accessible à tous. La formation est d’ailleurs 100% gratuite pour l’instant.

Nous souhaitons rendre notre éducation accessible à tous. La formation est d’ailleurs 100% gratuite pour l’instant

Comment va se dérouler la scolarité ? Que vont il apprendre ?

La scolarité se base sur 2 grands principes qui ont fait leurs preuves : l’apprentissage par la pratique et la peer education. Toutes deux apportent 2 gros changements, pas de cours ni de professeurs.

L’apprentissage par la pratique est l’inverse de ce qui se fait dans l’éducation classique où les élèves doivent écouter le professeur et plus tard tenter de mettre en pratique les connaissances qu’ils sont censés avoir acquises. Dans notre cas, les élèves vont apprendre en travaillant sur des exercices et projets où nous leur donnerons le minimum de connaissances requis. Ils devront se débrouiller pour aller trouver le reste de la connaissance nécessaire pour réaliser le projet ou l’exercice. Cette technique permet à l’élève d’apprendre à apprendre. Cette capacité lui servira tout au long de sa carrière et sera décisive quant à son évolution (surtout dans une industrie comme l’informatique où il y a sans cesse des innovations à comprendre puis utiliser).

Le peer education se base sur l’entraide entre les élèves. Les élèves, très souvent amenés à travailler en groupe, vont avoir à s’entraider pour pouvoir résoudre les exercices/projets. Cette entraide souvent qualifiée de tricherie dans l’éducation classique est en faite une réalité en entreprise, les employés collaborent pour atteindre un but. Nos étudiants seront donc déjà habitués à ce mode de fonctionnement. Il n’y aura donc pas de professeur, seulement des coachs qui seront là pour aider de façon exceptionnelle si un groupe d’élèves bloque sur un problème et pour du coaching personnel de façon ponctuelle.

Un autre point qui me tient particulièrement à cœur est l’apprentissage par l’échec. Il est parfaitement raisonnable d’échouer dans sa vie, quelque soit le domaine. Ce qui est très important c’est d’utiliser chaque échec comme une opportunité pour apprendre. Nous allons faire en sorte de faire échouer nos élèves et ensuite de leur donner la solution. Ainsi les étudiants n’apprendront pas juste pour avoir un savoir théorique, ils apprendront une solution à un problème qu’ils ont rencontré, l’impact éducatif est alors très fort. C’est une technique très répandue dans la Vallée et en particulier dans le monde de l’administration système.

Ce qui est très important c’est d’utiliser chaque échec comme une opportunité pour apprendre

Quels profils attendez-vous ? Combien de personnes pour cette première rentrée ? Où allez-vous les « recruter » ?

Bien que l’école soit ouverte à tous, nous pensons attirer principalement des jeunes de 18 à 25 ans, la raison principale est qu’il faut investir 2 ans dans cette formation, ce qui sera peut-être plus compliqué pour des adultes plus agés.

Nous allons prendre 32 étudiants pour le premier batch.

Nous sommes en relation avec des lycées mais aussi les universités pour les étudiants qui se rendent compte que l’enseignement théorique qui y est enseigné n’est pas leur truc et qui préfèrent apprendre via la pratique.

Nous sommes également en relation avec de nombreuses associations à but non lucratif qui fournissent des formations en informatique à des jeunes défavorisés. Ces associations connaissent déjà des jeunes avec le potentiel et la motivation nécessaires pour suivre notre programme.

La première promo sera la plus compliquée à recruter car nous n’avons encore aucune preuve de la qualité de notre formation, mais je suis confiant que la seconde sera beaucoup plus facile car nous aurons fait nos preuves.

Nous allons prendre 32 étudiants pour le premier batch

Les cours seront ils payants ? Reconnus comme un « vrai diplôme » ?

Les cours sont pour l’instant gratuits et nous ne délivrons actuellement pas de diplôme. Cependant c’est quelque chose sur lequel nous comptons travailler. Nous délivrerons un certificat Holberton qui sera signé cryptographiquement et inséré dans la blockchain pour visualisation publique par tout employeur.

Comment avez-vous séduit les mentors à rejoindre l’aventure ?

C’est quelque chose qui s’est construit avec le temps. Nous sommes tous très impliqués dans le milieu de la Tech et nous avons aidé beaucoup de personnes, par exemple à trouver un emploi, des investisseurs, des journalistes ou encore partenariats… Nous avons également quelques projets à but non lucratif comme while42 ou TechMeAbroad. Certains mentors sont là pour nous rendre la monnaie.

Dans un second temps beaucoup de mentors viennent de notre réseau while42, ils connaissent le type d’événements sociaux que nous organisons et qu’ils aiment. Il savent que nous allons reproduire une expérience avec Holberton School et ils veulent faire parti de l’aventure.

Finalement le manque d’ingénieurs qualifiés et de diversité est un gros problème dans la Silicon Valley et beaucoup souhaitent aider à le résoudre. L’éducation est aussi quelque chose qui tient les gens à cœur d’une manière plus générale. Transmettre son savoir et son expérience est une expérience très enrichissante !

Quels jobs pourront ils espérer à la fin de leur scolarité ? Allez-vous les « aider » à se placer par la suite ?

Nos élèves seront prêts à décrocher des jobs dans les grosses boites de la Tech comme Google, Apple, Facebook ou Linkedin ainsi que dans les startups sexy de la vallée. La demande en full-stack ingénieur explose et notre formation par projet vont préparer nos élèves au monde de l’entreprise, les boites n’auront pas besoin de les former ce qui est le cas pour les étudiants qui sortent d’une éducation classique.

Nous allons en plus de ça travailler sur des aspects moins concrets qui font un bon ingénieur : la capacité à communiquer, parler en publique, gérer un projet, collaborer, être responsable… Des aspects essentiels en entreprises qui ne sont pas assez pratiqués dans une éducation classique.

Nous allons bien entendu les aider à trouver un job mais nous sommes convaincus qu’ils n’auront pas besoin de nous. Ils auront déjà un réseau riche dans le monde de la tech et leur compétences valent de l’or, les sociétés vont se battre pour les recruter.

Nos élèves seront prêts à décrocher des jobs dans les grosses boites de la Tech comme Google, Apple, Facebook ou Linkedin ainsi que dans les startups sexy de la vallée

Attendez-vous plus de français ou d’américains ? Ou toutes nationalités ?

Nous sommes ouverts à toutes nationalités, cependant nous ne pouvons accepter que les étudiants qui sont légalement sur le territoire américain. Nous n’avons pour l’instant pas la possibilité d’offrir des visas mais nous y travaillons.

Pensez-vous que « le tech » n’est pas assez enseigné à l’école ? En France, aux USA ?

Il est certain qu’il faut encourager l’initiation à l’informatique à l’école qui mènerait à plus de vocations. D’une manière plus générale le système éducatif a besoin d’évoluer pour pouvoir former les ingénieurs que nos entreprises ont besoin. Aux USA, l’administration d’Obama a lancé l’initiative Tech Hire pour attaquer ce problème qui est assez conséquent : plus de un demi million de jobs vacanst qui demandent des travailleurs qualifiés en informatique et la tendance est à la hausse.

Êtes-vous pour un enseignement du code dès le primaire comme la ministre de l’éducation nationale le souhaite en France ?

La technologie est maintenant présente dans beaucoup d’aspects de notre vie et c’est un secret pour personne que cela ne va faire qu’augmenter. Savoir “communiquer avec les ordinateurs” devient une compétence cruciale. En extrapolant on peut dire qu’il y aura dans le futur 2 types de personnes: “ceux qui donnent des ordres aux ordinateurs et ceux qui se voient donner des ordres par les ordinateurs”. De quel côté souhaitez-vous être?

Dans ce contexte il est certain qu’il faille renforcer l’enseignement de la programmation à l’école et dès le primaire me parait être une excellente idée. Les langages de programmation sont comme une langue étrangère, plus on est initié jeune plus il est facile de la maitriser.

Il existe de nombreuses façons d’apprendre des concepts de programmation d’une façon très amusante pour les enfants. Si la France veut rester une puissance économique mondiale il est certains que ses entreprises doivent embrasser la technologie et cela ne sera possible que si nous avons assez d’ingénieurs formés.

Les langages de programmation sont comme une langue étrangère, plus on est initié jeune plus il est facile de la maitriser

Cette école a t-elle vocation à être déclinée ailleurs ?

Notre modèle fait que l’école est facilement réplicable et nous avons en effet vocation à nous étendre aux États-Unis mais aussi à l’international. Le manque en ingénieurs est mondial et notre école est pertinente pour de nombreux marchés. Nous sommes particulièrement attirés par l’Asie qui a des besoins énormes en ingénieurs.

Ouvrir une école en Californie, c’est facile ? Cela aurait-il été possible en France ?

Il y a 2 deux obstacles majeurs pour ouvrir une école en Californie : le coût et la licence.

Les coûts d’opération dans la Silicon Valley sont très élevés, du fait de l’afflux constant de boites Tech et l’absence de construction de nouveaux bureaux les prix de l’immobilier ont explosé.

La licence est directement liée au département Californien de protection du consommateur, il y a une licence qu’il faut obtenir pour opérer une école, c’est laborieux et long à obtenir. Comme tout processus administratif…