Dans la Silicon Valley, les startups bouleversent les transports collectifs

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Les pays en voie de développement sont décidément une source d’inspiration inépuisable pour la digital economy. Après le microcrédit, le paiement sur mobile, l’innovation frugale et le peer-to-peer, c’est maintenant au tour des taxis collectifs de devenir tendance en Occident.

Il y a quelques années, jamais un occidental n’aurait partagé un taxi avec un inconnu à Paris, New York ou Londres : trop cheap ou trop dangereux. Pourtant en vacances à l’étranger ces mêmes personnes en profitaient sans souci comme une spécificité locale qui faisait parti du folklore.

Aujourd’hui le monde change : la crise économique, l’engouement pour la sharing economy, la prise de conscience du mal fait à l’environnement par l’individualisme exacerbé du monde moderne hyper-consumériste, le retour à des valeurs d’entraide et de partage et surtout le déploiement des nouvelles technologies dans la vie quotidienne font que les idées reçues disparaissent. Les esprits s’ouvrent à d’autres mode de consommation et d’utilisation, certainement sous l’égide de la jeune génération qui fait preuve d’une ouverture d’esprit impressionnante quant à l’avenir du monde dans lequel ils vivent, et vont ainsi à la rencontre de ce qui marche ailleurs pour l’adapter ici avec tous les moyens digitaux à leur disposition.

Ces derniers mois, plusieurs startups sont apparues sur le marché du transport collectif à San Francisco, le lab digital mondial.

Leap digitalise l’expérience utilisateur en bus

Leap, la jeune startup qui réinvente le transport en bus en digitalisant l’expérience, a levé 2,5 millions de dollars pour lancer sa flotte de 5 bus en mars. Aménagés pour transporter les salariés et entrepreneurs de la tech à San Francisco, ces derniers peuvent ainsi travailler à bord du bus sur leur Mac ou PC pendant les 25 minutes de trajet sans être compactés dans les bus du service public MUNI qui sont historiquement défaillants si on en croit les habitants de la mégalopole. Andreessen Horowitz et le CEO de Salesforce Marc Benioff ont investi dans Leap.

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Chariot ouvre des lignes de trajet via le crowdfunding

Chariot propose via une application mobile de réserver son trajet dans un mini-van avec d’autres passagers à une heure donnée. La startup ne propose qu’un trajet, mais l’idée est d’appliquer le principe du crowdfunding sur l’ouverture de nouvelles lignes : lorsque 120 personnes auront acheté un pass mensuel sur la prochain, West SoMa direct, cette dernière sera ouverte. En 6 mois Chariot a déjà transporté 35 000 personnes, soit 200 voyages par semaine. Chariot se présente comme une alternative à Uber qui est 7 fois plus cher et les services publics de transport en commun de mauvaise qualité. Le coût est de $96.75 à $116.10 par mois avec les coupons de réductions indique le CEO Ali Vahabzadeh.

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Loup, le haut de gamme du transport collectif

Alors que Chariot utilise des vans, Loup mise sur la black car experience avec des voitures confortables permettant de recharger son téléphone, d’utiliser le wifi gratuit et met à disposition des passagers des bouteilles d’eau, des chewing-gum et une offre snacking. Un style #uberlike mais partagé avec d’autres utilisateurs. Evan Williams, co-fondateur de Twitter a investi dans Loup via Obvious Ventures.

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Ces startups fonctionnent via des applications mobiles qui permettent de payer sur mobile, réserver sa place, suivre le trajet du véhicule et les horaires en temps réel et ainsi gagner un temps précieux dans sa journée. Les trajets et arrêts sont prédéfinis à l’avance et ne fonctionnent qu’aux heures de pointe matin et soir.

Uber & Lyft, les précurseurs

Alors que Uber et Lyft ont révolutionné le transport en taxi à travers le monde, en août dernier à 12h d’intervalle les 2 concurrents ont lancé une offre alternative, UberPool et Lyft Line permettant à plusieurs personnes, qui ne se connaissent pas, mais se trouvant dans le même quartier et souhaitant se rendre au même endroit de partager la même voiture à prix cassé par rapport aux services de VTC. Une offre directement calquée sur celle d’une jeune startup, Hitch, lancée à San Francisco, quelques semaines plus tôt et depuis rachetée par Lyft. Signe que le marché du transport collectif allait connaitre une phase de renouveau par la suite et surtout qu’il y avait un vide à combler dans l’offre.

Une offre que Uber et Lyft destinaient alors aux utilisateurs des transports en commun souhaitant gagner du temps sans trop dépenser. Mais aussi à leurs utilisateurs traditionnels qui veulent économiser tout en gardant le confort de leurs services. L’idée étant aussi de convertir, un jour, tous les automobilistes à l’usage de la voiture collective et ainsi limiter l’impact sur l’environnement.

Un service élitiste ?

Leap, Loup et Chariot sont aujourd’hui une alternative entre la voiture personnelle, les taxis, les VTC et les transports publics. Un service qui s’adresse pour le moment à une certaine élite qualifiée d’early adopter en ce qui concerne les offres disruptives, disposant de certains revenus financiers et d’une appétence pour le digital. Car les trajets bien que moins chers qu’Uber par exemple, restent tout de même élevés par rapport à un trajet sur les lignes gérées par la ville, MUNI, à 2,25$. Un creusement des inégalités sociales que certains pointent du doigt outre-atlantique : les bus étant un symbole de résistance contre le système et l’oppression depuis de décennies aux USA.

Ces nouveaux modes de transports partagés sont pour le moment une goutte d’eau dans l’offre de service de transport en commun : 700 000 personnes empruntent les bus chaque jour à San Francisco où 22 milliards de dollars sont dépensés chaque année dans les transports. Mais elles ont le mérite d’ouvrir le débat, de réinventer un système basé sur des décennies de monopole et/ou d’État Providence et de contribuer à l’amélioration de la société. A l’origine les transports en commun avaient été créés à l’initiative d’entrepreneurs privés à la fin du 19ème siècle à San Francisco, mais avec la généralisation de la voiture personnelle, ils n’étaient plus rentables et avaient été repris par la ville. Un éternel recommencement… L’économie fonctionne par cycle, rien ne se perd, rien ne disparait, mais tout se réinvente.

*Crédit photo couverture notrepetitgraindasie.com