Les startups, c’est petit, c’est mignon, mais c’est comme les chatons, faut pas que ça grandisse

Les startups, c'est petit, c'est mignon, mais c'est comme les chatons, faut pas que ça grandisse
Les startups, c'est petit, c'est mignon, mais c'est comme les chatons, faut pas que ça grandisse

Ce mardi après-midi se tenait le dernier Master Class Entrepreneurs de l’année universitaire sur le thème Émergence des startups françaises. Quel est l’impact des médias sur leur croissance ? avec la présence du journaliste de BFM Business Stéphane Soumier et le directeur général de Paris&Co, Jean-François Galloüin. Une conférence qui a attiré peu de monde, ce qui est bien dommage, car ce fut un discours sans langue de bois avec des phrases chocs, des opinions tranchées, des échanges de haut niveau, à l’encontre du discours évangéliste pro-startup distillé par les parties prenantes de l’écosystème depuis quelques temps.

Les entrepreneurs sont les derniers aventuriers des temps modernes

Entreprendre ce n’est pas nouveau. De tout temps, et même bien plus qu’actuellement, les français ont créé leur emploi ou leur entreprise. Ouvrir son petit commerce, proposer ses bras pour tous travaux, tailler des costumes, cirer les chaussures, vendre des fruits sur le marché, etc… Les entrepreneurs, les vrais n’ont pas attendu le numérique, les startups et le chômage massif pour prendre leur vie en mains et chercher un moyen de gagner leur vie. Le salariat est finalement plus récent que l’entrepreneuriat si on remonte l’histoire.

Pourtant, entreprendre est aujourd’hui tendance. Une tendance portée par la crise qui laisse sur le bas-côté, les jeunes, les non-diplômés, les français d’origine étrangère, les femmes, les seniors… Un peu tout le monde sauf les hommes de 30/45 ans en gros. A un moment, il n’y a pas le choix, il faut créer son emploi si on ne veut pas passer ses journées à attendre que le téléphone sonne pour un entretien d’embauche, le pot de Nutella dans une main, la télécommande dans l’autre. Et puis à force d’entendre que créer sa boite, c’est le rêve absolu, la poule aux œufs d’or, le bonheur au bout du chemin, l’épanouissement total, chacun rêve d’avoir sa part du butin.

Les médias participent à l’émergence de l’entrepreneuriat car ce sont les derniers aventuriers

Quelle est la place des startups dans l’économie française ?

La question qui fâche. Car les startups ne représentent qu’un faible poids de l’économie de l’Hexagone. En effet, une startup, c’est une jeune pousse en devenir, elle ne crée pas de valeur, pas de chiffre d’affaire, pas d’emplois, pas de charges (ah si les charges tombent dès l’inscription à la CCI, n’oublions pas), mais elle a l’avantage de faire sortir des statistiques du chômage des milliers de jeunes co-fondateurs. Imaginez, il y aurait environ 3000 startups sur Paris, 7/8000 sur l’Ile de France (selon Paris&Co), si on compte 2/3 associés par entité, on arrive à 20/30 000 chômeurs de moins, sans compter les stagiaires, les alternances, les VIE, etc… Peut-être 50 000 rien que sur la région parisienne. Une aubaine pour le gouvernement !

Chaque année, environ 300 000 entreprises se créent en France. Parmi elles, une minorité de startups – une startup est une entreprise qui innove sur un modèle de marché ou de revenu -, par contre les startups occupent une place gigantesque dans le discours économique. « Les startups n’ont pas de business model, mais on fait l’hypothèse qu’elles créeront énormément de valeur dans l’avenir » indique Stéphane Soumier. C’est facile de ne parler que startups, les communiqués de presse que nous recevons de Bercy ne traitent que d’économie numérique/digital/startups. A croire que l’économie française est devenue 100% digitale en quelques années.

On a le modèle de la Silicon Valley où des startups sont devenues des géants en 10/15 ans

Pourquoi cela ?… Tout simplement car selon Stéphane Soumier, les startups ne posent pas de problème au gouvernement, bien au contraire, elles le valorisent. Tous ces incubateurs, accélérateurs, coworking, évènements fédérateurs autour des startups font rêver et placent la France comme le numéro un, deux, trois – selon qui fait le classement- européen de l’écosystème startups. Même si comme ajoute le journaliste, « quand vous arrivez à Gare du Nord vous comprenez qu’on ne peut pas rivaliser… C’est un paravent qui permet de dire que la France va bien, alors que la réalité est bien là« .

Les startups réconcilient les français avec l’entreprise

Ou plutôt avec l’entrepreneuriat. En effet une startup, cela fait rêver, c’est l’aventure, le rêve, la jeunesse, la transgression, c’est petit, c’est mignon, ça donne envie, comme un chaton. Chacun rêve d’abandonner son poste de salarié d’un grand groupe pour rejoindre une startup, jouer au babyfoot, boire des mojitos et télécharger Orange is The New Black sur Netflix pendant ses heures de bureau, aux frais des investisseurs. C’est un fantasme. Une startup ne crée pas de richesse, mais en consomme énormément. Car avant de faire un chiffre d’affaire intéressant, créer des emplois, aller à l’international et commencer à ennuyer le gouvernement en demandant des baisses de charges sociales ou un crédit d’impôts, délocaliser à l’étranger, et tout autre action qui fâche il va se passer du temps. Ou pas d’ailleurs car la plupart des startups disparaissent sans laisser de trace en quelques années ou mois selon l’équipe. « En France on court après les ETI, il y a un plafond de verre qui empêche les startups de grandir » explique Jean-François Galloüin.

Le modèle de la startup qui explose reste encore à inventer en France

Soyons honnêtes, les français et les pouvoirs politiques aiment les entrepreneurs, mais pas les chefs d’entreprises. Quand les entreprises grandissent, arrivent à des effets de seuil, quand elles veulent passer un cap, cela pose des problèmes structurels aux politiques… « En France dès que vous vaez de l’ambition, surtout pas ! » selon Stéphane Soumier. « L’économie française est bridée » ajoute t-il. En attendant cela arrange bien le gouvernement que les médias se soient engouffrés dans la brèche de la folie startup car pendant ce temps, on n’entend plus parler de l’industrie automobile, manufacturière ou métallurgique qui meurt à petit feu.

Les startups ont envahi les médias

Cet engouement pour les startups de la part des médias est pour autant une chance pour tous ceux qui se lancent car les journalistes se battent pour dénicher la pépite qui va faire décoller leur audience et les positionner comme des experts du digital. Et si en plus les médias peuvent sortir de la noirceur de l’info en parlant d’une bande de petits jeunes (surtout des femmes) qui va tout casser avec sa boite, c’est le Graal. Par contre évitez le « nous sommes le Uber/Airbnb de bla bla bla », là vous allez direct à la corbeille. L’important c’est l’innovation de rupture sous toutes ses formes, que ce soit dans le business model, l’usage, la façon de communiquer. Soyez différents, démarquez-vous, séduisez, interpellez, choquez, osez, et là vous avez une chance de passer sur BFM Business (le rêve ultime) ou un autre magazine.

Un startuper est plus médiatisable qu’un dirigeant de PME

Les startups séduisent plus que les entreprises traditionnelles car elles ont une capacité d’absorption des innovations ultra-rapides, de l’ordre de quelques mois à quelques années, là où il faut une décennie ou plus à un grand groupe. Avant c’était même 50 ans, alors le temps a aussi innové dernièrement… Une startupeuse de 25 ans pleine de rêves attirera plus les médias qu’un patron de PME aigri, croulant sous les procédures administratives…

Ensuite reste à saisir sa chance, au bon moment, sur le bon sujet, avec le bon média et la belle histoire qui donnera envie au journaliste qui reçoit 500 mails par jour… Il faut même savoir travestir son entreprise, embellir la réalité, aller sur les bordures pour séduire. Et surtout faire simple, ne pas entrer dans les détails, interpeller en deux mots, créer une effet whaouh.

Vendez la rupture, arrêtez de vous comparer !