« Il y a beaucoup d’entrepreneurs aux États-Unis, mais ils ne sont pas tous américains » Michael Ortali, Software Architect à New York

"Il y a beaucoup d’entrepreneurs aux États-Unis, mais ils ne sont pas tous américains" Michael Ortali, Software Architect à New York
"Il y a beaucoup d’entrepreneurs aux États-Unis, mais ils ne sont pas tous américains" Michael Ortali, Software Architect à New York

Michael Ortali a quitté la France il y a maintenant 6 ans pour les USA après avoir terminé une licence professionnelle aux Gobelins. L’idée a germé dans sa tête fin 2008 lorsqu’il cherchait un job post-études. Il a alors démarché des entreprises américaines et l’une d’elles, après deux entretiens téléphoniques et un test, l’a embauché en mai 2009. Deux mois plus tard, il était dans l’avion pour un aller simple vers Miami. Depuis il a bougé dans plusieurs entreprises de renom de la Silicon Valley, Yahoo, Youtube, Google, Pinterest où il eu malgré son âge -moins de 25 ans- des responsabilités qu’il n’aurait pu espérer en France en tant que jeune ingénieur. Depuis il a rejoint The Orchard, où il est Software Architect.

michael ortali

Qu’est ce qui t’a amené à New York ?

L’envie de découvrir une nouvelle ville. New York est connue pour sa culture (les Broadway shows, les soirées film à Central Park, les musées comme celui du MoMa), sa diversité, et son atmosphère. J’avais visité la ville plusieurs fois par le passé lorsque je travaillais chez Google et pour mon mariage. Elle m’a définitivement séduit – donc l’idée de venir m’y installer, ne serait-ce que pour quelques années, m’a donnée l’envie de tenter l’aventure.

As tu travaillé dans d’autres villes et pays avant?

Oui. Mon parcours est un peu atypique. Pour faire simple, j’ai travaillé pour plusieurs entreprises en France, notamment à Paris (Skyrock, Marathon Media, Mediaplazza). Mon parcours a continué en Floride (AgencyNet), puis en Californie pour des grandes entreprises (Yahoo!, Google, YouTube) et plus petites structures (Pinterest). J’ai aussi eu l’occasion de vivre pendant environ une demie-année à Rio de Janeiro.

Dans toutes tes expériences professionnelles, qu’est ce qui t’a marqué ?

En plein contexte de crise (2009), avoir la chance d’accéder à des entreprises comme Google, YouTube, Yahoo! et Pinterest pour différent cœurs de métiers (bien qu’étant reliés à l’univers de l’ingénierie informatique) offre d’incroyables opportunités d’apprendre et d’évoluer.

Lorsque j’étais en recherche d’un stage en apprentissage en 2008, durant mes entretiens chez Nurun avec David Costard, l’un de leurs architectes m’avait demandé “Comment te vois-tu dans les 5 prochaines années?” – 5 années plus tard, mon expérience a dépassé mes propres attentes.

Quelle ville des USA préfères-tu pour y vivre et travailler ? Pourquoi ?

L’avantage d’avoir vécu dans plusieurs villes aux États-Unis (Miami, San Francisco, New York City), en France (Paris, Caen, Le Havre), et en Amérique du Sud (Rio de Janeiro), on découvre rapidement qu’il n’y a pas de ville idéale.

Elles offrent toutes différentes choses. C’est à nous de savoir s’adapter pour apprécier cette diversité. Par exemple, certaines villes américaines sont beaucoup plus axées sur la culture (New York), et d’autres sont beaucoup plus favorables pour trouver des métiers reliés à l’informatique (San Francisco).

Je n’ai pas vraiment de préférence à proprement parler. Je suis à New York avec l’objectif d’explorer, d’essayer de vivre comme un New-Yorkais. La vie est faite d’expériences et quoiqu’il arrive, où que l’on soit, il faut toujours tirer parti de ces opportunités uniques.

Il n’y a pas de ville idéale. Elles offrent toutes différentes choses

Penses-tu créer ta boite un jour ?

En dehors du travail, je gère un collectif d’artistes (fllio.com) – qui leur permet de demander conseils aux spécialistes, d’organiser des projets collaboratifs, et de présenter leurs travaux. Nous avons aussi bien des fleuristes (Cyrill Tronchet), des chanteurs (Charlotte Savary) que des photographes de paysages (Paul Zizka).

Je gère aussi, avec l’aide de Guillaume Charmes et Pierre-Alexandre Meyer, le chapitre while42 de New York. Il s’agit d’offrir aux ingénieurs Français un réseau alternatif où ils peuvent rencontrer d’autres professionnels et partager des connaissances, ou tout simplement un verre. Nous avons occasionnellement des présentations, et certaines entreprises nous hébergent.

Donc pour répondre à la question: certainement, mais pour le moment je suis suffisamment occupé avec mes différentes activités.

Les américains sont ils des entrepreneurs dans l’âme comme on l’imagine avec admiration en France ?

Difficile de généraliser à l’ensemble d’une population qui est répartie sur 50 États. Il y a beaucoup d’entrepreneurs aux États-Unis, mais ils ne sont pas tous américains. Étrangement aussi, l’entrepreunariat diminue progressivement.

Cependant, et en général, la culture américaine ainsi que les codes qui régissent le monde de l’entreprise sont beaucoup plus favorables qu’en France pour la création de startup. Par exemple, si une entreprise se retrouve en difficulté, elle peut licencier “facilement” une partie de son effectif du jour au lendemain. De l’autre côté, les américains changent aussi régulièrement de profession durant leur vie. Ils ne sont pas complètement attachés à une entreprise en particulier.

Je pense que cette notion de mobilité a beaucoup aidé les USA dans le développement de l’esprit d’entrepreneur: tout travail est une prise de risque. A titre d’exemple, deux semaines après avoir rejoint Yahoo!, mon équipe a été délocalisée en Inde. Au lieu de faire la grève, nous avons tous rebondi sur la situation pour trouver d’autres opportunités, qui, pour certains, se sont avérées être meilleures.

La culture américaine ainsi que les codes qui régissent le monde de l’entreprise sont beaucoup plus favorables aux USA qu’en France pour la création de startup

Quelles seraient les raisons qui te feraient revenir en France et qu’y ferais tu ?

La principale raison serait de me retrouver de nouveau proche de ma famille. Je suis parti il y a déjà plusieurs années (6 ans), je n’ai pas vu ma nièce grandir, ni eu l’occasion de voir mes sœurs et parents aussi souvent que je l’aurai voulu.

Lorsque j’étais en Floride, ma grand-mère est décédée. De part mon visa, je n’ai pas pu retourner en France pour lui dire un dernier good bye. Ce sont des événements qui vous rappelle que chaque minute compte. Ma famille (ou moi-même) ne seront pas là pour toujours.

Une autre raison, un peu plus futile certainement, est bien évidement la qualité de vie, la nourriture et l’intense culture européenne.

Ce que j’y ferrais ? Aucune idée, la première étape sera d’ouvrir de nouveau un compte en banque et profiter des joies de la bureaucratie Française.

Tu penses que tu arriverais à te remettre dans le moule pour trouver un job en France ?

Tout dépend des opportunités et, bien évidemment, des entreprises. De part mes expériences par le passé, je pense que j’aurai des difficultés à trouver un job en France. Mon parcours est assez unique, mes contributions ont été fortes dans plusieurs domaines.

En 2011, YouTube m’a mit en charge de la direction de son redesign à l’âge de 23 ans, j’étais à l’époque le plus jeune ingénieur à temps complet dans l’équipe. Une opportunité simplement impensable en France. Donc mon profil est loin du model d’aujourd’hui des entreprises qui ont des grilles de salaires et des hiérarchies trop imposées. Trouver une offre qui corresponde à mon expérience serait certainement un peu compliqué.

Aussi, et comme mentionné dans l’article Portrait d’un Léon, les entreprises traditionnelles françaises ont beaucoup à faire pour améliorer leurs conditions de travail: créer un environnement inclusif pour tous, donner des opportunités à toutes les générations, moins de hiérarchie et plus de transparence, ainsi qu’une méritocratie plus forte.

En 2011, YouTube m’a mit en charge de la direction de son redesign à l’âge de 23 ans, j’étais à l’époque le plus jeune ingénieur à temps complet dans l’équipe. Une opportunité simplement impensable en France

Aujourd’hui, tu penses que tu vis mieux en étant aux USA que si tu étais resté en France ?

Pour faire simple: je n’y pense pas. Il s’agit de deux chemins complètement séparés qui ne peuvent pas être simplement comparés. Lorsque je suis parti de France, les entreprises n’embauchaient pas ou peu, je pensais continuer mon parcours éducatif avec la formation MPNI aux Gobelins. Niveau vie personnelle, je passais mon temps à étudier – donc l’idée d’être marié à New York à l’âge de 24 ans ne me serait même pas passé par la tête.

Un conseil pour un français qui voudrait tenter sa chance aux USA ?

Plusieurs. J’ai écris un article sur la thématique, mais pour faire bref: la vie est courte, be fearless. Les opportunités n’arrivent pas du jour au lendemain, il faut savoir les saisir au bon moment. Durant notre vie, nous avons aussi tous des moments de faiblesses, il faut savoir rebondir. Et comme le climat, nous avons aussi des moments de succès, qu’il faut savoir apprécier. Sinon pour trouver un job à proprement parler, il y a des projets spécialisés dans ce secteur, comme TechMeAbroad.

Durant notre vie, nous avons aussi tous des moments de faiblesses, il faut savoir rebondir