« Le libéralisme économique est la liberté donnée à chacun de pouvoir faire » Emmanuel Macron

"Le libéralisme économique est la liberté donnée à chacun de pouvoir faire" Emmanuel Macron
"Le libéralisme économique est la liberté donnée à chacun de pouvoir faire" Emmanuel Macron

Ce week-end se tenait la deuxième édition du Festival Le Monde, sur le thème Changer le Monde. Parmi les conférences, dimanche après-midi, 150 personnes ont assisté à une conversation avec le ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, Emmanuel Macron, animée par Arnaud Leparmentier, directeur éditorial du Monde, présenté ainsi par Jérôme Fenoglio, directeur du quotidien : « Arnaud Leparmentier est au Monde ce qu’Emmanuel Macron est au gouvernement… ». Le ton était donné : animé, percutant et passionné.

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Photo Le Monde Festival

Un ministre progressiste

Arnaud Leparmentier a d’ailleurs commencé par interpeller le ministre en lui lisant quelques « bons mots » relayés dans la presse cette semaine, de ses amis et adversaires politiques, à son égard, tant Emmanuel Macron énerve, interroge et ne laisse pas indifférent. A la question, accueillie avec un sourire amusé de l’intéressé « vous le faites exprès ?« , Emmanuel Macron a répondu « non, mais je vais continuer« . Ajoutant que « les réactions tenues sur des propos rapportés traduisent des traumatismes à gauche comme à droite« . Progressiste de nature, notamment au niveau du travail, le ministre revient sur ses paroles à propos des fonctionnaires et des 35h, indiquant que selon lui « on a fait l’erreur de penser que cela irait mieux en travaillant moins« . Le problème dans le monde du travail aujourd’hui provient essentiellement de la rigidité horaire, du manque de qualification et du déterminisme scolaire qui aggrave les inégalités depuis de nombreuses années.

On a fait l’erreur de penser que cela irait mieux en travaillant moins

Prévenir les inégalités

« Le travail permet la mobilité sociale et l’émancipation« , rappelant que lui-même est issue d’une famille de médecins provinciaux et que rien ne le prédestinait à faire l’ENA et à une haute carrière dans la fonction publique. Emmanuel Macron considère qu’en France il y a une « conception égalitariste de l’égalité« , visant à (re)mettre tout le monde au même niveau, sans prendre en compte les ambitions individuelles, dont certaines sont l’argent, rappelant ainsi une phrase qui avait fait polémique en janvier dernier lors du Consumer Electronic Show de Las Vegas « il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires« . Afin de prévenir les inégalités, le ministre insiste sur le fait qu’il est nécessaire d’ouvrir les régulations, comme celle des autocars, pour qu’il y ait une égalité des opportunités et une « réconciliation de la liberté avec l’égalité« . Il a alors prononcé la petite phrase qui a agité les rédactions : « le libéralisme est une valeur de gauche« , précisant que le « libéralisme économique est la liberté donnée à chacun de pouvoir faire« .

Le travail permet la mobilité sociale et l’émancipation

Le paradoxe français

Les français sont, selon lui, partagés entre deux voies, d’un côté « la France n’a pas à s’adapter au reste du monde » et de l’autre « une profonde détestation de la France« , surtout de la part de patrons qui disent du mal du pays à l’Étranger. « Entre ces deux voies, il  y a la voie de la lucidité« , même si comme l’a rappelé Arnaud Leparmentier, selon le rapport Gallois, la France souffre d’une baisse de sa productivité. La lucidité, c’est « porter les valeurs de la France dans la mondialisation en réparant le pays« , notamment par la transformation des usages.

Entre ces deux voies, il  y a la voie de la lucidité

L’ubérisation de l’économie

« L’économie collaborative a toujours existé » rappelle Emmanuel Macron, ajoutant que malgré ce qu’on entend dire, « on reste dans une économie du salariat avec 80% de CDI« . A la fin de la seconde guerre mondiale, les français occupaient des jobs non salariés, « ce sont les Trente Glorieuses qui ont fait disparaitre ces jobs, pour passer au salariat massif« . Aujourd’hui, on observe une « disruption à la fois économique et d’usage« , ce qui entraine un détournement d’une partie du PIB car ces « emplois » ne cotisent pas, ne payent pas d’impôts et de taxes, le défi est alors de penser aux conséquences. « Ces nouveaux acteurs bousculent les anciens modèles« , « on ne peut pas endiguer ce changement » où le demandeur a pris le pouvoir. Il faut y réfléchir.

L’économie collaborative a toujours existé

La fracture du marché du travail

Cette nouvelle économie a un potentiel énorme d’emplois très qualifiés, mais aussi d’emplois de service. « Les emplois de classe moyenne disparaissent« . La formation doit donc s’adapter, « il faut penser les qualifications de demain, tout en pensant à faire progresser les gens« , car ces emplois non qualifiés posent « un problème de promotion sociale » et d’émancipation. Le risque c’est aussi l’émergence d’auto-entrepreneurs et de free lance, dont on « ne sait pas dire si cela va se vérifier dans l’avenir« , à laquelle « il faut réfléchir à comment protéger ces travailleurs« , car « ils ne doivent pas devenir des travailleurs à moindres droits« . Le problème c’est que « de grands acteurs ont pénétré des marchés trop malthusiens en offrant un service de qualité aux usagers, mais en créant des emplois à faible droit« , même s’il ne faut pas le nier, ces jobs ont permis à de nombreux jeunes d’accéder à l’emploi. « Ces acteurs doivent participer au financement social, même s’ils sont basés à l’étranger« .

Les acteurs de l’ubérisation doivent participer au financement social, même s’ils sont basés à l’étranger