« L’envie, l’ambition et la conviction que nous tenons un business en or nous anime quotidiennement » Stéphane Deubel, fondateur de Cavacave

"L'envie, l'ambition et la conviction que nous tenons un business en or nous anime quotidiennement" Stéphane Deubel, fondateur de Cavacave
"L'envie, l'ambition et la conviction que nous tenons un business en or nous anime quotidiennement" Stéphane Deubel, fondateur de Cavacave

Il y a bientôt 3 ans, partant du constat que les plus belles bouteilles sont cachées dans les caves des particuliers, Cavacave lançait la première place de marché dédiée aux passionnés de vin. Fondée sur la nécessité de proposer aux amateurs de vin un lieu d’échanges et de rencontres, elle offre l’opportunité de vendre ou dénicher des vins rares et d’exception. La plate-forme collaborative a depuis fait son chemin et a diversifier ses activités. Ainsi, elle
s’est en premier lieu attaquée, au marché de l’investissement dans le vin avec pour objectif de se rapprocher des investisseurs souhaitant profiter d’un placement alternatif. Cette étape désormais accomplie, Cavacave investit aujourd’hui un marché d’envergure : celui des enchères en ligne.

Cavacave permet aux amateurs et collectionneurs d’accéder à une liste de bouteilles d’exception, proposées à la vente exclusivement par des particuliers. L’opportunité de dénicher des vins rares, souvent introuvables ailleurs que dans ces caves.

Stéphane Deubel, fondateur de Cavacave nous en dit plus :

Stéphane Deubel

D’où est née l’idée de Cavacave ?

Revenant de 15 années d’expatriation, je reviens à Paris en 2012 et trouve l’ambiance morose, individualiste et dépressive. Le seul produit qui mobilise convivialité, chaleur, bonne humeur et humanité est le vin. Il est alors évident que ce sera le sujet de ma prochaine aventure entrepreneuriale. La question, comment combiner ce produit magique avec mon expérience qui se décline autour de la gestion et rentabilisation de sites internet? C’est alors que lors d’une soirée avec des amis nous dégustons une bouteille de Saint Romain sous le Château divin, d’un millésime relativement ancien, introuvable dans le commerce. La bouteille se finit, je vais chercher la suivante à la cave. C’était la dernière. A ce moment précis, je me dis que la situation est ridicule car je suis certain que bon nombre de personnes possèdent cette bouteille et seraient enclins à me la vendre. Ainsi, partant du constat que les plus belles bouteilles sont cachées dans les caves des particuliers, Cavacave est née.

Partant du constat que les plus belles bouteilles sont cachées dans les caves des particuliers, Cavacave est née

Quel est votre parcours professionnel qui vous a mené à Cavacave ?

Un parcours hétéroclite… Après avoir développé une société de terrain d’études qualitatives à Paris entre 1994 et 1997, je pars 6 ans à Montréal. Alors que la France est encore très ‘minitel’, internet explose sur le territoire nord américain. Après quelques expériences dont la création d’un réseau de média d’affichage, j’intègre une web agency et fais partie de ces pionniers qui ont fait de la pédagogie auprès des agences et annonceurs majeurs afin de leur présenter le potentiel stratégique d’internet. Google voyait le jour…

Après plusieurs années à multiplier les expériences entrepreneuriales et salariées, en 2008, habitant alors à Amsterdam, j’intègre en tant que directeur marketing Europe un groupe néerlandais qui opère plusieurs comparateurs de prix généralistes. En 2009, je monte pour eux comparer.fr que j’amène, avec mon équipe, à la rentabilité en 3 ans. Une fois rentable, je m’ennuie et me lasse. La chasse au clic manque de profondeur et ne me satisfait plus. Je commence à jeter des idées dans un répertoire de mon ordinateur, il est nommé Wine Project… Nous nous séparons, et je me mets à temps plein sur ce qu’est aujourd’hui Cavacave. 6 mois plus tard, j’enregistre la société Wine Project S.A.S.

Quel est le business model ?

Notre ambition est d’augmenter la liquidité du marché du vin d’exception français à l’échelle internationale, nous avons successivement développé la marketplace d’abord C2C puis pivoté en C2B, le service de conseil en investissement en vin et aujourd’hui les enchères. Ces 3 canaux sont cohérents et intrinsèquement vertueux pour nourrir notre ambition.

Sur la marketplace et les enchères nous nous rémunérons sur la base de frais de service sur les transactions. Inspirés des enchères traditionnelles, nous souhaitons séparer ces frais et les faire assumer tant aux vendeurs qu’aux acheteurs et cela à part égale. Respectivement, 6%h.t. pour la marketplace et 7,5% pour les enchères. Notre positionnement prix est volontairement plus bas que les acteurs du marché.

Concernant le service investissement, nous facturons des frais d’entrée de 5% de la valeur investie et lors de la revente, 20% de la plus-value seulement si la plus-value excède 5% par an. Nous avons souhaité ajouter cette dimension de performance car nous croyons au produit et savons que les plus-values visées se situent entre 15 et 20% par an sur un marché total du vin qui présente des croissances globales moyennes d’environ 4% par an.

Comment avez-vous financé le lancement ?

Avec nos petits sous… Nous avons mis beaucoup d’argent dans ce projet, mon associé co-fondateur (Aurélien Basille – CTO) et moi. Avec 10.000 euros de capital de départ, puis un prêt de 15.000 euros obtenu auprès de la Bred grâce à notre élection entrepreneur de l’année en 2014.

Fin 2014, nous réinvestissons du capital, accompagnés par un peu de love money pour atteindre un capital de 57KE en décembre 2014. Nos comptes courant d’associés grossissent.

Lorsqu’aujourd’hui on regarde rétrospectivement, ce que nous avons construit avec si peu de moyens, sans nous rémunérer, et ce depuis maintenant bientôt 3 ans. Nous avons une certaine fierté.

Si je devais donner un conseil à un entrepreneur qui souhaite se lancer, je dirais qu’il ne faut pas faire cela pour devenir riche mais plutôt pour s’appauvrir financièrement (en tout cas pour quelques années…) et devoir faire beaucoup de concessions. Mais par contre, enrichir sa vie au quotidien de petites victoires, de satisfactions et de fierté.

Par ailleurs, nous sommes en train de finaliser une ouverture de capital pour soutenir la phase d’accélération que nous vivons. Il reste quelques tickets disponibles pour investisseurs amateurs de vin.

Qui sont vos clients, comment les dénichez-vous ?

Nous sommes une marketplace. Par conséquent, nous avons deux marchés à adresser: les vendeurs et les acheteurs.
Après deux ans et demi d’activité, j’aurais tendance à dire que les vendeurs viennent à nous. Cela grâce à deux leviers principaux :

1- un travail intensif en SEO
2- la construction d’un réseau de partenaires qui offrent du stockage collectif de vins et se servent de notre plateforme pour leurs centaines de clients.

Concernant les acheteurs, d’une part les vendeurs sont acheteurs et d’autre part, nous développons différents partenariats qui permettent de diffuser nos annonces sur plusieurs sites qualifiés et qui génèrent des leads.

Nos clients sont aujourd’hui principalement des professionnels dont 70% sont à l’étranger.

Quelles sont les valeurs de votre entreprise ?

Je vous remercie pour cette question car c’est une dimension très importante pour nous. La valeur principale est le partage. Cette valeur est inhérente au produit vin que nous respectons ainsi que les personnes qui le produisent.
Cela se traduit jusqu’à la dimension technologique: nous travaillons sur une plateforme open source et la licence de nos contenus est ‘creative commons’. Les autres valeurs qui nous animent sont le respect, la cordialité.
Je pense que nous avons la prétention de tendre vers une certaine forme d’humanisme moderne.

Je pense que nous avons la prétention de tendre vers une certaine forme d’humanisme moderne

Ne craignez-vous pas de vous attirer les foudres des maisons d’enchère avec Cavacave ?

Il y a une précision juridique à apporter. Nous ne sommes pas une maison d’enchère. Aujourd’hui, nous nous positionnons comme courtier d’enchère. Cela est très différent. Les vendeurs et acheteurs sont en contact directs les uns avec les autres. Notre rôle se limite à l’agrégation d’offres et une solution pour faciliter la mise en relation.
Néanmoins, au final, en effet, c’est sur le marché des enchères traditionnelles que nous allons chercher des parts de marché. Donc oui, ils vont commencer à nous considérer dans leur écosystème. Et oui, nous avons hâte d’attirer les foudres des maisons d’enchères car cela signifie que nous répondons à un réel besoin de marché.

Si vous me demandiez ce que je souhaite atteindre dans 5 ans, je vous répondrais que chaque personne souhaitant vendre un vin d’exception hésiterait entre Christie’s et Cavacave. Alors, nous aurons contribué à faire changer les choses et nous commencerons à nous assagir…. ou diversifier nos activités.

Nous avons hâte d’attirer les foudres des maisons d’enchères car cela signifie que nous répondons à un réel besoin de marché

Il y a pléthore de startups dédiées au vin, comment peut-on aujourd’hui inventer un nouveau marché ?

Je suis fasciné par le nombre de projets autour du vin qui sortent toutes les semaines. Évoluant dans l’écosystème start-up et plus particulièrement vin, c’est incroyable ce qui est en train de se passer. Mais cela est normal, nous sortons de générations où l’on dictait aux consommateurs ce qu’ils devaient apprécier en les contraignant dans la honte de l’ignorance. Aujourd’hui les gens sont plus curieux et nous sommes à l’ère de la pédagogie déculpabilisée et déculpabilisante. Il y a du travail, beaucoup de travail. Néanmoins, la majorité des projets sont des articulations et innovations d’usage autour d’un modèle B2C. En terme de C2B, nous ne sommes pas nombreux sur cette logique.

Comment se démarquer de la concurrence et apporter sa touche personnelle dans le secteur ?

Trois éléments pour répondre à cela :

  • Le premier, répondre à un besoin non assouvi. Analyser les frustrations existantes et les résoudre.
  • Le second, avoir un positionnement très clair tant sur le canal que sur le segment de produit proposé
  • Le troisième, nous profitons, en tant que français, encore d’une légitimité internationale quand il s’agit du vin, et comme nul n’est prophète dans son pays, j’aurais tendance à dire que c’est ailleurs que ça se passe…

Y a t-il encore des places à prendre en France ? A l’étranger ?

Oui plein…

On dit souvent que la filière production du vin est sinistrée, comment le voyez-vous de votre startup ? La France rayonne t-elle toujours autant à l’international ? Ces startups utilisant les technos pour réinventer la filière peuvent t-elles donner un nouvel élan aux producteurs ?

La filière vin est sinistrée…. Je ne partage pas cette vision, si on écoute les médias, tout est sinistré ! Faut-il pour autant entrer dans une forme de sinistrose et d’immobilisme ?

– Dame nature fait la vie dure aux producteurs ces dernières années et de nombreuses récoltes sont perdues. Mais il semble que 2015 va être un millésime d’anthologie avec de gros volumes. On a hâte de goûter cela.
– Oui, la France a encore de belles années devant elle avec l’image -plus ou moins avérée- internationale du « savoir-vivre à la française, » et un terroir riche et diversifié. C’est incontestable.

Pour notre société, nous sommes sur des produits positionnés haut-de-gamme (prix moyen des bouteilles sur la marketplace: 220 euros / prix moyen des lots aux enchère : 770euros). Ce sont des produits prestigieux, pour certains sur des marchés structurellement en pénurie avec une forte demande internationale. Il est à noter que les bouteilles à plus de 800euros se vendent plus à l’international qu’en France.

Concernant les domaines. Nous sommes en train de vivre une révolution. Il y a en ce moment une vague de transmission aux nouvelles générations, beaucoup plus sensibles aux nouvelles technologies. Jusqu’alors, cela était trop abstrait pour les anciennes générations de producteurs. Ils commencent à s’y intéresser et plus ils s’y intéresseront, plus ils profiteront de ces nouveaux leviers. Nous n’avons pas encore eu le temps, en ce qui concerne Cavacave, de travailler avec les domaines, mais nous avons dans les cartons des projets les concernant qui risquent de les séduire…

Il ne faut pas oublier que le métier de producteur de vin est un des métiers les plus complexes. Il faut maitriser la partie végétale pour produire sa propre matière première, le raisin. Puis le travail en cave pour transformer ce raisin et le vinifier et enfin le distribuer. Je comprends aisément que toutes les offres technophiles actuelles puissent paraitre accessoires et très éloignés de leur métier d’origine. Cela prend du temps.

Mais ce qui reste important, c’est lorsque l’on boit un verre de vin, c’est la conscience du travail et de la patience qu’il y a derrière qu’il faut comprendre et respecter. Cette patience nécessaire à l’obtention de ce produit si magique est si antinomique avec l’instantanéité de notre ère…

La France a encore de belles années devant elle avec l’image -plus ou moins avérée- internationale du « savoir-vivre à la française, » et un terroir riche et diversifié

Le vin est-il une valeur sûre de placement de ses économies aujourd’hui ? Comment faire les bons choix ?

Si nous avons développé une offre d’investissement, c’est parce que nous croyons qu’il s’agit d’une diversification d’investissement rentable d’un point de vue investisseur. Nous avons lancé cette offre en Mai dernier et elle connait un grand succès. D’ailleurs, proposer des produits à très forte valeur ajoutée est ardu. C’est pour cela que nous nous fixons une limite de 3 millions d’euros à gérer pour conserver des plus-values exceptionnelles. Ainsi cette offre de service est limitée. Nous sommes en train de constituer un club d’investisseurs avertis à qui nous réservons l’accès à des bouteilles réellement exceptionnelles. Lorsque nous aurons atteint ces 3 millions d’euros gérés, nous verrons comment faire évoluer cette offre, mais il est certain que nous privilégierons toujours les premiers investisseurs qui nous font confiance pour leur proposer les meilleures investissements. Les places sont limitées. D’ailleurs nous tissons des relations vraiment exceptionnelles avec ces « clients ». Édouard Berry, qui gère intégralement ce service chez Cavacave présente une connaissance de ce marché à très forte valeur ajoutée.

Concernant les bons choix, Édouard guide ses clients. Mais il existe 4 piliers essentiels dans l’investissement en vin:

  • Le domaine
  • Le millésime
  • Les notations des dégustateurs internationaux
  • La rareté

Mais nous parlons de produits assez « techniques » appelez Édouard pour cela, il vous soignera aux petits oignons.

Quelles sont vos ambitions sur ces prochains mois ?

Ces prochains mois, notre ambition réside dans le fait de satisfaire le maximum de clients. Nous intégrons dès la semaine prochaine un programme d’accélération de 4 mois chez Start-up42. Nous nous faisons une joie et en sommes très fiers. Toute l’équipe a hâte de démarrer cela. Ainsi, ces 4 mois vont nous permettre de développer la valeur et le volume de notre business en répondant à de nombreux enjeux technologiques.

Durant cette période, nous allons également préparer notre internationalisation et nous préparer à partir en série A dès le second trimestre 2016. Bref, nous avons du pain sur la planche, mais l’envie, l’ambition et la conviction que nous tenons un business en or nous anime quotidiennement.

L’envie, l’ambition et la conviction que nous tenons un business en or nous anime quotidiennement