« Il y a deux sortes de globe-trotters : les jeunes de 18/25 ans et les plus de 50 ans, tous ont envie d’autre chose » Frédéric Lepron, senior-aventurier en Afrique

"Il y a deux sortes de globe-trotters : les jeunes de 18/25 ans et les plus de 50 ans, tous ont envie d'autre chose" Frédéric Lepron, senior-aventurier en Afrique
"Il y a deux sortes de globe-trotters : les jeunes de 18/25 ans et les plus de 50 ans, tous ont envie d'autre chose" Frédéric Lepron, senior-aventurier en Afrique

Partir pour un périple de un an ou deux, c’est presque devenu courant pour la nouvelle génération qui n’hésite pas à faire un break dès son diplôme obtenu ou après une première expérience salariale pour faire le point sur sa vie future. Mais passé 50 ans, c’est moins courant… C’est pourtant l’aventure que Frédéric Lepron est en train de réaliser depuis quelques semaines. Après avoir embarqué à Sète, il est parti pour 18 mois à travers le continent africain en vélo couché à trois roues en solo et en autonomie, du Maroc à L’Afrique du Sud, soit 20 000km et 15 pays.

Frédéric nous raconte tout sur son voyage depuis Rabat au Maroc où il fait une pause de quelques jours :

Frederic Lepron

Quel est le cheminement qui vous a poussé à entreprendre ce périple ?

C’est avant tout une passion enfantine suscitée par un grand oncle missionnaire Père Blanc, passion entretenue par des films et séries comme Daktari et confirmée à l’âge adulte par plusieurs voyages touristiques sur le continent. J’ai eu l’idée de ce périple il y a 5 ans sans pouvoir le réaliser sur le moment, aujourd’hui des changements dans ma vie m’offrent la possibilité de tenter l’aventure.

Que faisiez vous avant ?

J’étais père au foyer pendant 20 ans et avant cela 12 ans journaliste radio.

Quel est l’objectif de ce projet ? La philosophie de votre voyage ?

L’objectif prioritaire est avant tout de me faire plaisir grâce aux rencontres, échanges, découvertes qu’offre un tel projet. Si l’on doit donner une dimension philosophique à AfricaTrike je dirai que je me considère comme un citoyen du monde depuis bien longtemps et j’ai ainsi l’occasion de mettre en pratique ma philosophie. Au delà de ça, je considère qu’aujourd’hui on n’a plus le choix, on va devoir partager nos richesses bien sûr, mais aussi nos cultures, nos modes de vie. Si la condition féminine dans de nombreux pays d’Afrique me heurte, il en est de même pour beaucoup d’africains concernant la fin de vie de nos parents par exemple.

Comment votre famille a t-elle accueilli votre projet ?

A vrai dire je ne leur ai pas vraiment laissé le choix. Il faut faire preuve d’un réel égoïsme quand on se lance dans un tel projet sous peine d’abandonner. J’ai la chance d’avoir deux garçons eux même assez aventuriers et une maman de 92 ans qui nous a toujours laissés tenter nos expériences.

Il faut faire preuve d’un réel égoïsme quand on se lance dans un tel projet sous peine d’abandonner

Comment avez-vous préparé votre périple ?

Je prépare AfricaTrike réellement depuis 6 mois à temps complet : beaucoup de recherche sur internet pour le matériel, les échanges d’expériences, la sécurité, etc… J’ai un budget d’investissement de l’ordre de 12000 euros et 10000 euros pour le fonctionnement, on peut faire à moins mais à 52 ans j’ai besoin d’un certain confort et j’utilise pas mal de matériel électronique assez couteux pour faire cette traversée de l’Afrique en solo et en autonomie, entre Tanger et Cape Town pendant 18 mois.

Pourquoi ce parcours entre Tanger et Cape Town ?

Le parcours est pour l’instant théorique et susceptible de changements en fonction des aléas notamment de la géopolitique. Il est celui ci pour le moment : Maroc, Mauritanie, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Ghana, Togo, Bénin où je prends un avion pour l’Ouganda afin d’éviter le Nigeria et la RDC, ensuite Tanzanie, Malawi, Mozambique, Zimbabwe, Botswana, Namibie et Afrique du Sud.

Comment se passent vos premiers jours ? Comment êtes-vous accueilli ?

Le début de l’aventure correspond en tous points à mes attentes, je suis là où je devais être, une porte s’est ouverte et je n’ai pas l’intention de la refermer. L’accueil est assez incroyable, énormément d’encouragements, d’admirations, de demande de selfies, de rire aussi devant ma folie supposée et puis malgré tout, la conscience de la chance que j’ai de tenter un tel rêve.

Je suis là où je devais être, une porte s’est ouverte et je n’ai pas l’intention de la refermer

Pourquoi avoir fait le choix de le faire sur un vélo trois roues ?

Une question de confort pour le haut du corps, de champ de vision incroyable, une question de stabilité aussi qui me permet de faire plein de choses en même temps : filmer, téléphoner, parler. La facilité de chargement de tout mon matériel, plus de 100 kgs. Enfin, et je ne m’en doutais pas à ce point, le formidable pouvoir d’attraction et de capital sympathie que crée cet engin !

Seul cela ne va pas être trop difficile ?

C’est mon principal sujet d’inquiétude, je suis quelqu’un qui aime énormément partager, même pour aller au cinéma je n’aime pas être seul. La solitude en tant que telle ne me fait pas peur mais plutôt de ne pas pouvoir partager les bons moments. C’est pourquoi j’ai décidé de beaucoup communiquer sur AfricaTrike, sur les réseaux sociaux mais aussi en réalisant des chroniques vidéos diffusées sur TV Vendée et qui serviront de support à un futur film de l’aventure. Je suis également suivi par deux écoles et j’y attache beaucoup d’importance. Pour le moment je suis surpris de l’engouement que cela suscite, il y a un réel besoin d’évasion chez la plupart des gens, vous seriez étonnée du nombre de personnes qui m’ont dit eux aussi vouloir faire cette coupure avec un quotidien anxiogène et envahissant.

Je suis surpris de l’engouement que cela suscite, il y a un réel besoin d’évasion chez la plupart des gens

Au niveau sécurité vous avez prévu quoi ?

La meilleur des défenses, là comme ailleurs, est la connaissance ! La connaissance de la situation géopolitique, des modes de vies, des coutumes mais aussi la connaissance des dangers animaliers, un éléphant ne ventile pas avec ses oreilles de la même manière pour faire descendre sa température que pour charger. Si vous ne savez pas qu’un scorpion dans le désert ne trouvera pas meilleure niche que sous votre matelas vous êtes en danger. Malgré tout j’ai deux téléphones dont un avec une touche SOS, une balise américaine de géolocalisation avec SOS également, du même type que celle des marins, un dazer à ultra son contre les chiens, un choqueur électrique de 2 millions de volts et une bombe anti agression au piment !!!

Pensez-vous trouver l’inspiration pour lancer un autre projet ensuite ?

Je vais déjà tenter d’aller au bout de celui-ci mais bien évidemment j’ai d’autres envies même si le voyage et la découverte peuvent se faire aussi de chez soi et il y a tant à découvrir tout près de nous !

Que pensez-vous de ces jeunes de plus en plus nombreux qui partent aujourd’hui faire des tours du monde à la fin de leurs études ou entre deux jobs ? A quoi est-ce du selon vous ?

Le syndrome de la génération Y ! Je pense que les jeunes ont envie aujourd’hui d’une autre vie, d’autres valeurs que celle de l’argent ou de l’acquisition de biens. Je ne vais pas leur donner tort, et je pense que ce style d’expériences vous arme mieux pour la suite.

Je pense que les jeunes ont envie aujourd’hui d’une autre vie, d’autres valeurs que celle de l’argent ou de l’acquisition de biens

Pourquoi n’ose t-on plus partir pour un tel périple passé 30/35 ans ? Le goût de l’aventure disparaitre t-il en prenant de l’âge, des responsabilités ?

En ayant beaucoup échangé sur ce thème dans ma préparation, je me suis aperçu qu’il y avait deux sortes de globe trotter : les 18/25 pour des raisons de jeunesse justement et de disponibilité. Disponibilité que l’on n’a plus ensuite avec le travail et surtout les enfants, même si les familles sont de plus en plus nombreuses à tenter la coupure. Enfin les plus de 50 ans sont aussi très nombreux sur les routes du monde pour des raisons variées mais tous ont envie d’autre chose.

Conseilleriez-vous à des jeunes seniors ou + de partir eux aussi pour un périple comme le vôtre ? Quelles conditions physiques, mentales et financières faut-il prévoir ?

Je me garderais bien de donner des conseils, il s’agit vraiment d’une aventure individuelle mais quelque soit son budget ou son physique on peut toujours trouver une aventure à sa portée. Il y a plein de fausses bonnes raisons pour ne pas partir, on peut toujours se dire demain… J’ai choisi de dire maintenant !!!

Où peut-on vous suivre régulièrement ?

Sur la page FB dédiée : https://www.facebook.com/AfricaTrike?ref=hl
La trace de la progression est ici : http://www.sat-view.fr/interface/interface.php?login=africatrike
La chaine YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCeOFEbtE8iVrVlNSCYR_z4A