« Toutes les startups n’ont pas vocation à devenir des licornes » Jérôme Faul, directeur général d’Innovacom

"Toutes les startups n'ont pas vocation à devenir des licornes" Jérôme Faul, directeur général d'Innovacom
"Toutes les startups n'ont pas vocation à devenir des licornes" Jérôme Faul, directeur général d'Innovacom

Aujourd’hui le mot Licorne est sur toutes les lèvres. Pas celle de la mythologie, mais bien la startup qui a réussi et qui est valorisée 1 milliard d’euros ou de dollars. La licorne hante les rêves des apprentis startupers, des investisseurs et du gouvernement. La France en compte 3. L’Allemagne 7. C’est un combat de chaque instant ou presque pour devenir le numéro un européen – ou mondial – en nombre de licornes. Sauf que personne, ou presque, ne se demande comment passer d’une « nation startups » à une « nation licorne » en quelques années sans grands moyens mis en œuvre. Entre les milliers de jeunes entrepreneurs qui bricolent dans un coworking après avoir levé 200 000€ et une entreprise valorisée 1 milliard, il y a plus d’un pas à faire… « Avant d’arriver à une telle valeur, il faut se développer depuis une startup partie de rien » indique Jérôme Faul, directeur général du fonds d’investissement Innovacom « et c’est là qu’il y a un manque« .

Jérôme Faul

Le « Fonds National d’Amorçage a permis de doter 21 fonds de capital risque, de 600 millions d’euros, dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir géré par Bpifrance Investissement« . 300 millions ont déjà été investis dans le lancement de milliers de startups, associés à 200 millions d’euros d’investissements privés. L’État a injecté de l’argent pour pallier à un manque du secteur privé dans le financement, dit « d’amorçage » ou « early stage », des toutes jeunes sociétés innovantes. Innovacom a reçu 32 millions de ce fonds auquel il a ajouté 14 millions venus de quatre entreprises privées à vocation industrielle – Alcatel, Orange, Seb, Soitec – ayant à cœur « d’animer l’écosystème startups et de développer de nouveaux services« . Le fonds s’est spécialisé dans le financement des travaux des doctorants dont le produit est prêt à sortir de l’université pour être mis sur le marché. Innovacom n’a pas attendu l’engouement national pour les startups, puisque le fonds a investi près d’un milliard d’euros pour accompagner plusieurs centaines de projets à forts contenus technologiques depuis 1988 « des inventions de ruptures qui ne seront pas facilement imitées« . L’entreprise a  participé à plus d’une vingtaine d’introductions en bourse, quelques 150 cessions industrielles et détient quelques-uns des succès les plus emblématiques de l’innovation française (Business Objects, Gemplus, LastMinute.com, Inventel, Soitec, Aufeminin.com, Digitick, Owlient ou encore Olea Medical). Aujourd’hui, à travers ses fonds d’amorçage et d’innovation Innovacom 5, Innovacom 6 et Technocom 2, la société gère un portefeuille de 300 millions d’euros.

Cette enveloppe publique a attiré peu d’argent privé (dans la proportion d’environ 1 euro privé pour 2 euros publics) pour financer les entreprises au moment de leur création, ce qui avec le temps les pénalise pour poursuivre leur développement. Après cette phase, les premières startups financées commencent à ressentir la nécessité de lever des tours de financement supplémentaires. Or les fonds de capital-innovation français sont encore trop peu présents sur le segment de ce post amorçage. « L’amorçage a un côté sympathique avec le lancement, le foisonnement, tous ces jeunes qui ont des idées fabuleuses, mais ensuite c’est l’incertitude« . Pour les licornes en devenir c’est pareil, les investisseurs se bousculent pour en être, car « c’est toujours bien se s’associer à un succès« . Mais entre les deux c’est compliqué. « Il n’y a pas assez d’argent privé pour investir sur cette phase« . Même si ce n’est plus à l’État d’intervenir, il pourrait amorcer le mouvement en favorisant la création de fonds spécialisés sur le développement de ces entreprises innovantes, de garantir les sommes investies et leur permettre de grandir « même si toutes les entreprises n’ont pas vocation à devenir des licornes bien sûr« .

Lorsque les projets sont étudiés en profondeur par les fonds, il y a peu de risques pour qu’ils perdent de l’argent « on a coutume de dire que dans un fond, sur 10 financements, il y a 3 entreprises qui échouent, 3 qui vivotent, 3 qui ont du succès et une qui a une très forte croissance, venant compenser les pertes des autres« . « Le risque est distribué sur tout le portefeuille » et les investisseurs augmentent de façon parfois spectaculaire leur mise de départ. « Les investisseurs sont prêts à accepter le risque mais il faut que cela marche très bien« , d’où l’intérêt de bien sélectionner et accompagner les projets sur la durée. « Quand on met de l’argent dans une startup, on devient partenaire, l’équipe fondatrice doit savoir partager les prises de décision« , c’est en général bien compris, « mais il y a parfois de fortes têtes« . C’est d’ailleurs le facteur humain qui fait la réussite ou non d’un projet avant tout, plus que l’argent ou l’idée « l’important est d’avoir la bonne équipe pour aller loin » et de sa capacité à surmonter les difficultés et trouver des solutions pour continuer le développement.

C’est pourquoi il faut une continuité dans la chaîne de financement, pour que les startups les plus jeunes qui réussissent puissent continuer à se développer. Il faut des fonds de capital-innovation de toutes les tailles avec des capacités de financement variées pour accompagner leur croissance. Et peut-être devenir des licornes.