Indépendant oui, travailleur pauvre non

Indépendant oui, travailleur pauvre non
Indépendant oui, travailleur pauvre non

Actuellement la mode est à l’ubérisation du travail. Entendez par là, paupérisation des salariés. Affirmer cela revient à taxer celui qui ose le dire de communiste, marxiste ou trotskiste. Alors qu’il s’agit simplement d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe en ce moment. Au delà des sociétés comme de VTC ou de food delivery, c’est tout un système économique qui en profite, et ce sur le dos des millions de gens qui ne trouvent pas de job ou croient avoir trouvé la liberté totale au travail.

Aujourd’hui, il n’y a plus de travail, plus de CDI, plus de contrat au long court, seulement des missions dans les services aux entreprises notamment. Et quelles missions ! Au rabais, payées une misère, qui ne permettent pas de vivre correctement, surtout si vous vivez en ville, encore pire en région parisienne, et se faire plaisir encore moins. S’offrir un vêtement, manger bio ou même des légumes du primeur est devenu inaccessible pour bon nombre de free lance qui ne s’en sortent pas avec leurs petits contrats.

On nous fait miroiter qu’être free lance, c’est la vie idéale, faite de liberté d’emploi du temps, de travail à la maison permettant de s’occuper de sa famille, de ne plus prendre les transports, de ne plus avoir de contrainte, de travailler quand on veut, où on veut, même sur un bateau ou aux îles Kerguelen, sans que personne ne le sache, et encore moins votre patron (enfin votre client !).

Sauf que même si sur le papier c’est bien cela, dans les faits c’est faux. D’une part pour trouver des missions, il faut se battre, oubliez la théorie de la loi de l’attraction, la visualisation positive du client parfait ou le syndrome de la Belle au Bois dormant (et les discours des coachs). Vu le nombre de free lance de toutes sortes disponibles sur le marché, si vous ne cherchez pas de clients, personne ne vous trouvera, car personne ne sait que vous avez besoin de manger et payer votre loyer. C’est d’ailleurs une découverte pour eux le jour où vous annoncez sur Facebook que vous cherchez un job. Tous les gens qui vous disent qu’il ne faut pas chercher pour trouver (comme pour l’amour de votre vie d’ailleurs, même défi, mêmes conseils : il faut arrêter d’élever les enfants aux conte de fées, faites leur plutôt regarder Once Upon a time !) parce que cela ferait peur aux entreprises et recruteurs que vous ayez besoin d’un job. Et oui, dans notre société actuelle, avoir besoin de travailler pour gagner sa vie et le dire, c’est mal, c’est même synonyme d’échec (c’est bien connu, si vous avez besoin de chercher, c’est que personne n’est venu vous chercher, donc vous ne valez rien, vous avez échoué dans votre vie, ou plus poétiquement « vous n’êtes pas aligné avec vos valeurs, vos aspirations, votre idéal de vie et ce que vous renvoyez comme image autour de vous »).  Il faudrait donc simplement trouver une technique pour chercher un job, sans avouer votre démarche, par exemple en faisant croire que vous adooooorez leur boite et eux-mêmes pour qu’éventuellement dans 3 ans ils vous appellent car ils cherchent quelqu’un pour un poste qui vient de se libérer (en vrai il y a un an et demi, mais personne en interne n’a voulu le prendre, allez savoir pourquoi…). Là vous pourrez enfin dire qu’on est venu vous chercher pour un job de rêve et vous aurez réussi votre vie. Entre temps, vous aurez bien sûr été vous nourrir à la banque alimentaire de votre quartier.

Autre chose, la théorie du « je peux faire ce que je veux car je suis free lance », oubliez, vous êtes simplement un salarié qui croit être libre. Sauf que vous devrez quand même vous adapter à votre client/patron qui pensera qu’il peut vous demander n’importe quoi n’importe quand puisque vous n’avez pas d’horaires, aux équipes aussi, qui vous verront d’un sale œil car eux, ont ce fameux patron sur le dos et pas vous. Vous devrez venir aux réunions, quand même, soit une demi-journée de perdue à chaque fois, non rémunérée. Vous devrez aller à des rendez-vous, non compris dans le tarif de votre prestation et puis surtout parlons-en du tarif : JAMAIS vous ne gagnerez plus qu’en étant salarié. Car d’une part vous avez des charges, au minimum 25% environ si vous êtes auto-entrepreneur, avec un plafond à 32 000€ annuel, calculez ils vous restera au mieux 2000€ par mois. Une somme sur laquelle vous déduirez votre bureau, votre ordinateur, le chauffage, l’edf, l’eau, le transport, les repas, les invitations des rendez-vous, votre mutuelle, etc… De plus comme il s’agit de mission, vous devrez travailler en permanence le couteau sous la gorge, à vous dire que peut-être le mois prochain, votre contrat cessera sur un simple « on n’a plus besoin de vous », alors comment faire des projets de cette façon ? … Acheter une maison, ou avoir un bébé, vous pouvez oublier. Sans compter l’état de stress permanent de vivre une situation précaire, encore pire que si vous aviez votre petite entreprise de retail à vous, votre étal de marché ou si vous étiez au chômage. Vous devez donc en parallèle de vos missions passer votre temps à en chercher d’autres, ce qui en plus du stress, vous empêche de travailler sereinement et de vous poser, vous sentir bien, en paix et apaisé. Ce à quoi tout le monde aspire bien évidemment. Même si quand on choisit d’être free lance, on sait bien que la sécurité matérielle ne sera pas forcément au rendez-vous au début, il y a des limites émotionnelles à ce que l’être humain peut supporter sur le long terme.

Alors l’ubérisation du travail ok, mais encore faut-il le choisir vraiment, être conscient des risques et surtout ne pas se brader, poser ses conditions. Vous êtes indépendants et libres, donc ne baissez pas vos tarifs, n’acceptez pas de mission de crève-misère, soyez conscients de votre valeur, ce n’est pas être prétentieux d’affirmer vos tarifs et de refuser des offres payées au rabais. N’oubliez pas que lorsque vous faites profiter une entreprise de vos compétences, elle va peut-être faire exploser son business, et elle en aura rien à faire que vous lui ayez offert une grosse ristourne sur votre contrat parce qu’à l’époque vous aviez besoin d’argent pour vivre. Soit vous oubliez votre estime de vous-même, vos valeurs et vos aspirations, et vous acceptez cette situation, en vous disant qu’il faut bien travailler pour s’en sortir, soit vous dites non et vous passez à autre chose. Parfois il vaut mieux laisser tomber des missions de pauvre et faire des sacrifices pour avoir sa petite entreprise à soi, qui vendra des sacs à tarte en tissu sur Dawanda, ou des bretzels au chocolat dans des foires, que se tuer à la tâche sur une mission à 250€ qui profitera à une boite qui a flairé le bon filon du travail indépendant. Faites le calcul, dans les deux cas, vous gagnerez peut-être aussi peu, mais réfléchissez à ce dont vous avez vraiment envie et besoin dans la vie, n’oubliez pas vos rêves, et pensez à vous avant tout. Rappelez-vous pourquoi vous avez choisi d’être à votre compte et de sortir du système patriarcal archaïque employeur/employé. Ne vous bradez pas. Jamais. Vous valez plus que vous ne le croyez.


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