Créer une entreprise n’est pas une finalité, ce n’est que le début du parcours

Créer une entreprise n'est pas une finalité, ce n'est que le début du parcours
Créer une entreprise n'est pas une finalité, ce n'est que le début du parcours

Créer sa boite n’est pas une finalité ou un remède, ce n’est que le début d’un parcours éprouvant, semé d’embûches, sans gage de réussite au final, qui peut même être destructeur pour ceux qui n’avaient pas l’étoffe d’un entrepreneur mais qui ont fait comme tout le monde, parce que cela donne une image de gagnant de créer son entreprise.

Les médias, les pouvoirs publics et le gouvernement ont trouvé le bon filon avec l’entrepreneuriat, une véritable poule aux œufs d’or, le sujet qui fera du clic et de l’audience, des tweets et des partages, bref le buzz assuré. Affirmer que la création d’entreprise est LA solution au chômage qui frappe la France depuis des années est une véritable opération de communication qui a su séduire tout le pays. Bien que d’autres États en Europe et en Amérique aient vu leurs chiffres baisser de façon spectaculaire, notre pays peine à trouver des solutions pour enrayer un chômage endémique. Pour y faire face, la tendance actuelle est d’inciter chacun à prendre sa vie en mains et créer son propre emploi. En gros « nous on n’y arrive pas, donc essayez, c’est votre tour, on verra si vous êtes meilleurs que nous ». Au final l’État demande aux citoyens de trouver une solution là où les élites ont séché malgré leurs brillantes études qui ont couté une assurance-vie à leurs parents, un réseau en or qui aurait pu leur offrir un poste de consultant à 6 chiffres annuels, et la confiance que le petit peuple a porté en eux (petit peuple = toute la masse qui n’a pas fait une grande école, m’a t-on dit il y a peu…).

Donc finalement, Hollande qui a mis pour condition la réduction du taux de chômage à son choix de se représenter ou non en tant que Président (rappelons que cela fait 4 ans qu’il tente d’inverser la courbe du taux de chômage sans succès…) va tout tenter pour que cela arrive avant la fin de l’année (trafiquer les chiffres, radier des inscrits, créer un bug informatique, envoyer massivement les gens en formation et en stage) et par dessus tout, nous inciter à travailler à sa place en trouvant une solution nous-mêmes.

Et oui jusqu’à présent, les français ont quand même tout attendu de l’État, des politiques, de leurs patrons, de leurs entreprises et ça c’est mal, et puis c’est has been, aujourd’hui, on doit se prendre en charge et ne plus rien attendre des pouvoirs publics. On doit créer sa vie, tracer son chemin, devenir qui on veut et se bouger. Ceux qui n’y arrivent pas, ben tant pis pour eux, il y a le RSA et la vindicte populaire, de ceux qui ont switché leur vie, à 25 ans. Avant on appelait cela la crise de la quarantaine, mais aujourd’hui elle arrive à 25 ans, parce que de toutes façons des jobs il n’y en a pas pour tout le monde, donc autant affirmer « je ne me sens pas à ma place dans le monde de l’entreprise, alors je suis en train de réinventer ma vie », que se lamenter sur son sort et envoyer 150 CV pour rien. C’est louable certes, et c’est mieux que déprimer sur son canapé en jogging devant 2 Broke Girls.

Mais bon, une question se pose (peut-être pas très intelligente, je n’ai pas fait de grande école) : si tout le monde crée son job et s’adresse aux mêmes clients (parce que si tu n’as pas de mise de départ, tu ne peux pas faire autre chose que devenir freelance/coach/consultant et proposer une offre de services aux entreprises ou particuliers) qui eux-mêmes cherchent des clients, on fait comment pour gagner sa vie ? On tourne en rond, c’est ce qu’on appelle l’économie circulaire ? A force de s’adresser à la même cible, il va y avoir embouteillage sur le secteur. Il suffit de regarder les intitulés des membres de Linkedin pour comprendre que tous les freelance ou presque proposent des services d’accompagnement aux entrepreneurs sous toutes ses formes ou de développement personnel de toutes sortes, mais toujours avec la même idée « devenez qui vous êtes ». Sachant que les nouveaux entrepreneurs, ceux qui en auraient besoin, n’ont pas d’argent, où trouver des clients ?? Sans compter que se déclarer coach d’entrepreneur alors qu’on n’a jamais été à son compte avant, c’est trèèès limite.

N’oublions pas non plus les espaces de coworking : à Paris chaque commerce qui ferme va bientôt être remplacé par un coworking (avant cela il y a eu les magasins de cigarettes électroniques et les vendeurs de téléphones portables). Évidemment il faut bien héberger tous ces nouveaux travailleurs indépendants, à qui tout le monde conseille de ne pas travailler à la maison, au risque de ne jamais réussir. Sauf qu’il y a des chances pour que personne n’ai 300/500€ par mois à donner dans du vent (une connection wifi, une chaise, une table et l’illusion d’avoir des collègues de travail qui ne se parlent pas).

Alors on fait quoi ? On attend que tout le monde revienne à la réalité, on invente une nouvelle forme de travail, on laisse cette mutation sociétale trouver ses marques, on espère que le chômage va baisser et que chacun pourra trouver un job qui lui plait, payé correctement et envisager de créer son avenir sereinement ? Chacun y trouvera son compte et selon ses convictions s’engouffrera là où il a envie.

Nous chez Fractale, on croit que tous ceux qui ont vraiment envie de devenir leur propre employeur doivent tenter, mais pas parce que c’est une mode ou que ça fait bien, comme en 1999 où il fallait avoir créé sa startup pour être branché, mais parce que c’est un choix de vie. On doit aussi s’engager sur ce chemin en sachant que la réussite n’est pas assurée et que même en travaillant 15h par jour, on n’aura pas forcément le succès attendu. Il faut aussi savoir être patient, rester 3 années de plus chez ses parents, renoncer à avoir une maison et des enfants avent 35 ans, se sentir en décalage avec les autres, ceux qui ont eu la chance d’avoir un job salarié, se lever tous les matins en se demandant comment on va gagner sa vie, accepter des missions payées une misère pour pouvoir manger, demander le RSA et la CMU, faire beaucoup de sacrifices et stresser. Beaucoup. Mais peut-être pas autant qu’en entreprise où le job est inintéressant, la hiérarchie oppressante, les horaires contraignants, la sécurité financière ennuyeuse, la vie toute tracée ou presque, la retraite déjà préparée, etc…

Entreprendre c’est un état d’esprit, c’est au fond de nous, on le porte depuis toujours en soi, même si on n’avait pas mis de mots dessus. Déjà à l’école on refusait l’autorité des profs, même si on ne disait rien, on n’a jamais pu se résoudre à avoir des horaires, à se contenter de ce qu’on avait, à suivre les règles et à se couler dans un moule préfabriqué. On peut avoir essayé, et certains l’ont fait pendant longtemps, mais un jour un accident de parcours – maladie, divorce, burn out…- vient réveiller en nous tout ce qu’on avait oublié et la vérité finit par s’imposer : il faut tout envoyer balader pour créer sa boite au risque de regretter de ne pas l’avoir fait un jour où l’autre. Et tant pis si cela ne marche pas, on recommencera autre chose, ou on ira vivre sur une île du Pacifique, de soleil et goyaves. Mais tout le monde n’est pas fait pour cela quoiqu’en disent les intégristes de l’entrepreneuriat.

Alors créez votre boite ou votre emploi, lancez-vous, mais dites-vous que ce n’est que le début, qu’il y a une vraie vie derrière, pas toujours rose, que vous pouvez échouer et vous retrouver dans la galère, mais au final vous l’aurez fait ! Pour vous et seulement pour vous. Pas pour permettre à Hollande de se représenter en 2017.