« Lancer une box par abonnement ce n’est pas plus compliqué que lancer un site ecommerce classique » Kevin Straszburger, fondateur de Krakbox

"Lancer une box par abonnement ce n'est pas plus compliqué que lancer un site ecommerce classique"
"Lancer une box par abonnement ce n'est pas plus compliqué que lancer un site ecommerce classique"

Lancer un business autour de sa passion, nombreux sont ceux qui en rêvent, mais peu se lancent dans le projet… Faute de motivation, peur de se planter ou pas d’idée pour monétiser, tout est louable. Mais certains n’hésitent pas et affichent une belle réussite. C’est le cas de Kevin Straszburger, qui a monté Krakbox avec des amis, une box par abonnement autour du skate, sa passion de toujours. Deux ans plus tard, ils en vivent tous financièrement et passionnément.

Kevin nous en dit plus :

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C’est quoi Krak ? Quel est ton parcours qui t’a mené à sa création ?

Krak c’est une communauté de skaters. Derrière, on est une bande de passionnés qui développons des outils pour cette communauté. Certains de ces outils sont innovants, d’autres sont originaux, drôles, uniques. Le fil conducteur derrière tout ce que nous développons, est de permettre aux skaters de prendre encore plus de plaisir et de vivre toujours plus à fond leur passion.

J’ai commencé à bosser sur Krak fin 2013. J’ai monté la boite pendant la première partie 2014. On a déjà fêté nos 2 ans (yippee!). Comment j’en suis arrivé là ? Voila une bonne question ! J’ai commencé à skater quand j’étais en classe de 4ème, je devais avoir 13 ans. C’est vite devenu ma passion numéro un pendant toutes mes années collège et lycée. Mais j’ai du mettre cette passion en suspens en pendant mes études. D’autant plus que je devais toujours bosser à côté – les nuits et weekends – pour payer mes études. Mon niveau en a pris un coup à ce moment là mais dès que j’ai été diplômé, je m’y suis remis plus activement.

C’est à ce moment là que je suis parti vivre à Singapour et bien que le skate ne soit pas la première chose à laquelle on pense quand on mentionne cette ‘petite’ ville du Sud-Est asiatique, le beau temps permanent ainsi que les quelques skateparks bien construits aident à s’y remettre plus sérieusement et régulièrement.

Et quand tu renoues des liens avec une passion à 25 ans, mais que tu te confrontes aux mêmes challenges et besoins que quand tu en avais 15… comment dire… tu attaques la chose direct avec un angle ‘entrepreneur’! J’avais déjà monte une première boite à la fin de mes études avec des potes, donc clairement le choix de tout lâcher pour repartir dans une nouvelle aventure à base de boards (et d’égratignures donc!) n’a pas été compliqué un seul instant.

Le choix de tout lâcher pour repartir dans une nouvelle aventure à base de boards (et d’égratignures donc!) n’a pas été compliqué un seul instant

Quelles valeurs partages-tu avec ta communauté ?

Je ne sais pas si on peut parler de valeurs mais on partage en premier lieu une passion pour le skate. De cette passion découle (pour le plus grand nombre du moins) une certaine ouverture d’esprit, sur le monde qui t’entoure, toutes les choses autour de toi, les gens, les voyages, l’environnement etc.

J’aime beaucoup une citation de Ian Mackaye (un rocker punk hardcore et un entrepreneur) qui illustre parfaitement mon propos: « Le skate n’est pas un hobby. Et ce n’est pas un sport. Le skate c’est une façon d’apprendre à redéfinir le monde autour de soi » Il a tout dit en quelques phrases courtes. Le reste c’est de la littérature.

Pourquoi s’être lancé sur le marché hyperconcurrentiel et compliqué des box par abonnement ?

Il n’y a pas de ‘marché des box par abonnement‘ en fait. Il y a le marché du skate, le marché de la cosmétique, de la mode, du vin, de l’alimentaire et j’en passe, mais lorsque des box apparaissent dans chacune de ces verticales ne crée pas particulièrement de concurrence entre elles.

Le modèle étant encore récent (des box par abonnement donc) je dirais même que c’est une excellente nouvelle d’en voir toujours plus – et appliquées dans toujours plus d’industries – parce que ça permet d’expliquer au plus grand nombre et à vitesse grand V comment ça marche. Autrement dit, tu étais Le Petit Ballon en 2011 en France, je peux t’assurer qu’expliquer que tu allais être débité tous les X du mois pour recevoir des bouteilles de vin que tu n’avais jamais choisies, c’était autrement plus compliqué qu’aujourd’hui, après le raz de marée des Joliebox, MyLittleBox et consorts dans l’Hexagone.

Ce qui fait que nous quand on lance la KrakBox – la première box dans le skate – une bonne partie des parents connaissent déjà le modèle et cela nous permet d’aller plus vite. Sans parler de tous les partenaires du type logisticiens, banques, etc. Ils ont eux aussi déjà mis au point (du moins pour les meilleurs) des solutions qui répondent à tous nos besoins.

Après avoir dit tout ça, la question se retrouve légèrement modifiée et deviendrait : pourquoi avoir lancé une box dans le skate ? Je dirais que l’idée s’est imposée d’elle-même, tout simplement. On était en lien avec tous les acteurs de l’industrie (des skaters, des pros, des marques, des distributeurs…) et après quelques discussions puis réflexions entre nous, ce n’était que du bon sens. On s’est dit « tiens, le format de la box serait parfait pour permettre au plus grand nombre de découvrir ce qui se fait de mieux dans notre culture« . Comme on était les premiers dans le domaine on ne savait pas trop à quoi s’attendre, alors on a testé des pricing et des fréquences un peu différents. Au  bout de 2/3 itérations on a mis le doigt sur le modèle qui nous paraissait le plus cohérent de notre côté, et qui avait le plus de sens du côté skaters. La KrakBox était lancée.

Quant à savoir si ce modèle est compliqué, je ne dirais pas ça en fait. Du moins, ce n’est franchement pas plus compliqué que de lancer une boutique d’e-commerce classique ou que de se faire des potes.

Lancer une box par abonnement, ce n’est franchement pas plus compliqué que de lancer une boutique d’e-commerce classique ou que de se faire des potes

Qu’est ce qui séduit les clients chez la Krakbox ? Qu’est ce qu’ils recherchent ?

Ils recherchent de l’authenticité, de l’exclusivité aussi, de la bonne humeur. La KrakBox est un excellent moyen pour en découvrir toujours plus dans le monde du skate : les nouvelles marques à travers le monde, qui sont les gens derrière, quelles sont leurs histoires, quels vont être les futurs produits de telle ou telle marque, où sont les nouveaux magazines etc…

En fait la KrakBox, c’est une expérience unique, en plein cœur de la culture skate; et ce à travers le monde. On crée du lien entre les marques, leurs produits et les skaters. Ces derniers sont donc heureux de faire partie de la communauté, d’être les premiers au courant, de se sentir chouchoutés.

Enfin, et même si on ne le met pas en avant en terme ‘marketing’, la KrakBox représente quand même un deal financier certain. Quand un européen paie 39€ son mix, il en aura pour 70€ de produits au minimum à l’intérieur,parfois plus de 120€. Et certains sont introuvables – auquel cas… ils n’ont pas de prix :)

Combien avez-vous d’abonnés ? Comment les avez-vous dénichés ? Est-elle rentable ?

On ne communique pas sur notre nombre d’abonnés. Les 3/4 d’entre eux vivent aux US, le reste en Europe et on vient tout juste d’ouvrir l’Australie et la Nouvelle-Zélande. C’est en grande partie du bouche à oreilles.

Dès qu’on a de l’argent, on l’investit dans l’expérience de la KrakBox elle-même, on en profite pour rajouter des stickers, enrouler le tout dans un joli papier de soie personnalisé à nos couleurs, on ajoute des têtes brulées… les idées ne manquent pas. Notre objectif est simple, augmenter le ‘wow effect’ quand tu découvres le tout dernier mix chez toi. A partir de là, tu es encore plus tenté de partager la chose avec tes potes, que ce soit à l’école le lendemain, ou sur le moment sur les réseaux. On se nourrit de ces partages. Et puis ça fait du bien aux marques qui bossent avec nous aussi donc c’est cool, tout le monde est content.

La KrakBox est rentable. On peut ainsi se projeter dans l’avenir, se dire qu’on sera la sur le long terme

Comment choisissez-vous les marques présentes dans la box et qu’est ce que cela leur apporte d’y être ?

La sélection des marques se fait de manière ‘artisanale’. Nous connaissons leurs produits, les avons déjà testés. On a aussi de belles histoires où des abonnés nous ont eux-mêmes fait connaitre des petites marques de chez eux, et quelques mois après, on bosse avec. J’adore ces histoires. Ça prouve que l’on fait bien notre boulot, c’est une spirale positive.

Ça leur apporte d’abord et surtout de la visibilité. En fait la KrakBox sur ce plan là ne différe pas des autres box dans les autres secteurs : nous sommes un nouveau canal marketing pour les marques. Historiquement, elles paiyaient de la pub dans les mags, sur Internet ou que sais-je. Aujourd’hui elles ont aussi la possibilité d’inclure certains de leurs produits dans une KrakBox pour les envoyer chez tout plein de skaters.

En plus d’envoyer leurs produits chez les gens, on édite nous-mêmes un petit fanzine dans lequel on leur dédie quelques pages avec une interview par exemple, ou une petite présentation de la marque et autres. Enfin – et ce n’est pas le moins important – on fait l’effort d’aller chercher du feedback auprès de nos abonnés et on partage ces derniers avec les marques. On devient dès lors une étude de marche grandeur nature pour elles.

D’où te vient ta passion pour le skate ? Qu’est ce que cela t’apporte ? Où as-tu trouvé la plus belle communauté de skateurs ? Où se situe la France sur ce domaine ?

J’ai commence à skater quand j’avais 13 ans. J’étais en 4eme. Je te dis ça on était en 2001 et comme beaucoup de collégiens de l’époque j’ai commencé parce qu’un mec du bahut était passionné et nous a fait tester. Très vite j’ai sympathisé avec le ‘groupe des skaters’ et à partir de là j’étais cuit, j’ai complétement attrapé le virus et il ne m’a plus quitté.

Ensuite c’est littéralement comme une drogue. La pratique du skate est vraiment spéciale en fait. Tu prends une très grosse dose d’adrénaline à chaque fois; donc pour tous les petits casse-cou je dirais, c’est parfait. En même temps c’est de la glisse, tu ressens un incroyable sentiment de liberté. Et enfin, c’est un super moyen de transport, donc tu pars à la découverte de ton environnement, tu deviens beaucoup plus curieux, conscient de ce qui t’entoure, tu observes tout le temps.

C’est de la liberté, de l’adrénaline, de la découverte, du voyage, de la poésie, la rue aussi – qui est un environnement très particulier mais une fois que tu y goutes, tu adhères. Il y a aussi les rencontres.

Il faudrait définir ce qu’on entend par ‘belle communauté’ mais très honnêtement j’ai été enchanté par beaucoup de communautés de skaters à travers le monde. Elles ont chacune leurs spécificités, leurs particularités, leur style, leur vibes quoi. Certaines ont juste ‘la classe’ quand d’autres sont hyper ‘friendly’ genre gentilles, amicales ou accueillantes, d’autres ont juste un niveau de malade etc.

Il y a plusieurs réalités en France en fait. Comme dans beaucoup de domaines, tu as déjà Paris et le reste haha! Mais après, ça skate et ça se comporte aussi différemment selon les régions, genre à Lyon tu n’as pas les mêmes comportements qu’à Lille, ou dans le Sud-Ouest où ils font tous du surf en même temps! Une chose est certaine par contre : tu trouves des gens canons et hyper sympas partout – fort heureusement.

Pour finir, je soulignerais quand même une chose très spéciale que tu ne vois – pour l’instant – qu’uniquement en Californie : la-bas, tout le monde skate ! Ou du moins, je n’ai jamais vu autant de skaters sur une journée. D’ailleurs quand t’es à LA tu sens la différence, si quelqu’un te demande ce que tu fais dans la vie et que tu lui réponds que tu bosses dans le skate, on ne te regarde pas comme un ovni – et on ne te fait pas répéter d’ailleurs – ce n’est pas vrai dans le reste du monde où le skate est encore plutôt mal connu du grand public. Ça crée une situation plutôt incroyable : je n’ai jamais vu autant de filles par exemple, ni autant de générations différentes se croiser.

Quand t’es à LA, si quelqu’un te demande ce que tu fais dans la vie et que tu lui réponds que tu bosses dans le skate, on ne te regarde pas comme un ovni

Comment as tu financé le lancement et le développement de ta boite ? En vis-tu aujourd’hui ?

A l’huile de coude beaucoup, et puis on a aussi eu la chance de pouvoir s’entourer de quelques entrepreneurs plus ‘avancés’ financièrement au début de l’aventure. Ils nous apportent d’ailleurs normalement.

Oui on en vit aujourd’hui et c’est d’ailleurs une grande fierté hehe :)

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