« Sans justice économique, il ne peut pas y avoir de justice sociale » Moussa Camara, fondateur des Déterminés

"Sans justice économique, il ne peut pas y avoir de justice sociale" Moussa Camara, fondateur des Déterminés
"Sans justice économique, il ne peut pas y avoir de justice sociale" Moussa Camara, fondateur des Déterminés

L’entrepreneuriat n’est pas réservé à une élite, même si on pourrait le croire lorsqu’on s’intéresse au microcosme. Chacun a sa chance, pas à armes égales, il est vrai, mais la volonté, la détermination et l’envie font la différence avant tout. C’est sur ce principe que Moussa Camara a lancé l’association Les Déterminés il y a un peu plus de deux ans. Un projet qui « met le pied à l’étrier pour les jeunes des quartiers qui ont des idées » en leur proposant une formation à l’entrepreneuriat, de 5 semaines, actuellement sur Paris, et bientôt sur Nancy et Lyon. Une formation intensive avec des professionnels de la création d’entreprise, leur permettant de rejoindre ensuite un incubateur ou autre organisme d’accompagnement, pour développer leur projet. Sur 4 sessions, 60 jeunes ont été formés « avec 0% d’échec« . Tous n’ont pas créé leur entreprise, « une quinzaine pour le moment dans tous domaines, de la restauration à la finance« , mais certains se sont aussi orientés vers la reprise des études ou le salariat. Le but était de leur inculquer l’esprit d’entreprendre au delà de la création d’entreprise.

Moussa Camara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Moussa n’en n’est pas à son coup d’essai car il a déjà créé Agir pour Réussir (AGPR) à l’âge de 20 ans, en 2007, dans son quartier de Cergy, où il a grandit « à l’époque on y vivait bien, il y avait de l’entraide, du partage, mais en 2001, la municipalité a décidé de requalifier le quartier sans concertation avec les habitants qui l’ont très mal vécu« . Certes « il y avait pas mal de problèmes, comme le chômage, l’absence de pouvoirs publics, on avait peu de perspectives, surtout les jeunes« , mais quand « en 2007 un jeune a reçu une balle d’un policier, la violence s’est emparée de la cité« . Voyant cela, Moussa et ses amis décident de faire quelque chose à leur échelle. Bien que n’ayant aucun modèle, ils se lancent en créant AGPR « on voulait construire quelque chose dans notre quartier, pour les jeunes« . L’engouement a pris très vite grâce à la volonté et la motivation des fondateurs « on avait une grande capacité à mobiliser les gens sur divers projets, pas seulement dans la cité, mais aussi sur le reste de la ville« , leur permettant ainsi de casser les codes et faire tomber les barrières. « En 2008, on a organisé des émeutes citoyennes pacifiques, afin que les jeunes s’inscrivent sur les listes électorales, on voulait qu’ils exercent leur droits et fassent entendre leur voix« . A partir de ce moment là « la mairie nous a regardé d’un autre œil, et nous on a compris qu’il fallait se lier à eux pour agir« . « On voulait donner une autre image de notre quartier et pour cela on a commencé à créé des passerelles avec d’autres associations sur la ville pour améliorer la vie des habitants« , que ce soit sur le logement ou sur l’emploi.

On voulait construire quelque chose dans notre quartier, pour les jeunes

L’emploi justement, qui allait devenir un de leur cheval de bataille « on était convaincu que sans justice économique, il ne pouvait pas y avoir de justice sociale, il fallait donc être présent sur les questions économiques« . C’est ainsi que Moussa et ses amis organisent des rencontres avec Pôle Emploi, les missions locales et les entreprises du secteur qu’elles invitent à une conférence sur l’emploi où chacun peut exprimer ses besoins, ses freins, ses motivations « on ne voulait pas servir de sourcing aux entreprises, on voulait créer de vraies rencontres« . Un succès puisque « cela a créé un vrai lien entre les jeunes et les entreprises, et c’est à ce moment là qu’on est passé sur un autre truc« .

Quand il n’y a plus d’emploi, on fait quoi, on baisse les bras?

En parallèle Moussa monte son entreprise, après ses études, « sans information, ni accompagnement, j’étais tout seul, et j’ai échoué« . Ce sont toutes ses expériences, associative et entrepreneuriale, qui l’ont conduit à la création des Déterminés quelques années plus tard. « Créer une entreprise, c’est dur pour tout le monde, mais beaucoup plus difficile quand on n’a pas de réseau. C’est alors la détermination qui fait la différence, c’est un état d’esprit« . « A l’époque, on avait plein de jeunes qui venaient nous voir mais on n’avait pas les clés pour les aider« . L’accompagnement est une première étape à la création de son entreprise, mais ils n’y avaient même pas accès. « On voulait que cela change« . La première promotion a vu le jour en janvier 2015, 3 ont suivi avec toujours plus de demandes.

Créer une entreprise, c’est dur pour tout le monde, mais beaucoup plus difficile quand on n’a pas de réseau

La sélection est importante, après une inscription en ligne, un entretien téléphonique et deux passages devant un jury de professionnels, chefs d’entreprise et anciens Déterminés, 15 jeunes de 18 à 35 ans, aux parcours divers, mais aux fortes motivations, sont sélectionnés par promo. La formation est entièrement gratuite. « Ce sont 5 semaines intensives« , où les participants doivent s’investir totalement afin de « créer un état esprit collectif« , car « pour nous, une fois qu’ils passent la porte, ce sont de futurs entrepreneurs et on joue carte sur table avec eux« . A ce jour aucun abandon n’est à déclarer. A l’issu de la session, les participants ont une soutenance de projet devant un jury puis une remise de diplôme « c’est important de les valoriser par cette remise de diplôme en présence de leur famille, leurs proches« . Ensuite ils peuvent rejoindre le club des Déterminés où ils ont accès à des ateliers, un accompagnement ou du mentoring « on ne les laisse pas seuls« .

Pour nous, une fois qu’ils passent la porte, ce sont de futurs entrepreneurs et on joue carte sur table avec eux

La formation se déroule à Paris (pour le moment) dans des locaux prêtés par des mécènes. Pierre Gattaz, le président du MEDEF a lui même été séduit par le projet et est présent depuis ses débuts « il est venu à Cergy, il a discuté et échangé avec les jeunes, il nous a ouvert son réseau, c’est une rencontre d’homme à homme, sans caméra, ni médias, une confiance réciproque qui s’est créée entre lui et nous« .

Aujourd’hui, Moussa a l’impression que Les Déterminés ont créé « un état d’esprit entreprenant » qui va au delà de la création d’entreprise, car « tout le monde n’est pas fait pour être chef d’entreprise, mais chacun doit faire parti du système économique de la France« . « On va vers une nouvelle forme du travail, et les jeunes sont justement un atout pour cette transformation. Il faut arrêter de les bloquer, chaque jeune qui a une idée en tête doit être accompagné« , qui qu’il soit et d’où qu’il vienne. « On aimerait que cela se développe sur tout le territoire« . Pour que les jeunes (re)trouvent de l’espoir dans leur vie future.

Les Déterminés ont créé un état d’esprit entreprenant