#reviensleon Le flop des startups françaises

#reviensleon Le flop des startups françaises
#reviensleon Le flop des startups françaises

Depuis quelques jours la campagne de communication #reviensleon bat son plein sur les réseaux sociaux et dans les médias. Une opération initiée par 10 startups ayant réussi en France, BlaBlaCar, Capitaine Train, Chaufeur Privé, Dataiku, Drivy, iAdvize, La Fourchette, Showroomprive.com et Sigfox, qui vise à accueillir, ou plutôt faire revenir les bras ouverts, les expatriés de talent qui auraient quitté la France par déception.

#REVIENSLEON, c’est le programme de recrutement et d’attractivité internationale des start-ups et scale-ups françaises en hypercroissance, à la recherche de profils expérimentés à l’international.

Rien que ce slogan, on se demande qui en a eu l’idée : il est incompréhensible.

Cette campagne est soit une vaste opération de com’ ratée et ridicule, juste pour faire parler de soi, soit une totale méconnaissance des motivations de l’expatriation.

D’une part ridicule et infantilisant, car bien franchouillard. Un slogan hérité d’une publicité pour des raviolis Panzani dans les années 80, dont les jeunes expats n’ont certainement jamais entendu parler, et d’autre part car les jeunes ne fuient pas la France, mais partent découvrir le monde. Comme les explorateurs l’ont fait depuis toujours.

Partir à l’étranger, c’est une motivation profonde, ancrée en soi et ce n’est pas la conjoncture économique ou le code de travail aberrant de la France qui incite à partir, en tout cas pas seulement. L’envie de découvrir ce qui se fait ailleurs, de rencontrer de nouvelles personnes et/ou façons de travailler, pourquoi pas un nouveau business. La France n’est pas le monde et la quitter ne doit pas être pris comme une trahison. Bien au contraire. Partir, c’est faire rayonner son pays d’origine au delà des frontières, l’exception culturelle française étant de plus très appréciée à l’étranger.

D’autre part, qui sont ces startups pour donner des leçons ? Les français sont assez grands et matures pour décider de leur parcours professionnel, sans que les « réussites » françaises leur dictent leur conduite. Qu’ils décident de revenir ou pas, c’est leur choix et personne n’a à faire culpabiliser ceux qui sont partis, alors que le numérique français aurait 3000 offres d’emplois à pourvoir et qu’ils priveraient l’écosystème de leur savoir -faire. Former les salariés en interne ou recruter des étrangers à l’international, les startups françaises ne semblent pas savoir ce que c’est si on en croit le slogan « reviens Léon, on innove à la maison ». Encore une fois, la culture de l’entre-soi, du restons groupés, empêche de s’ouvrir au monde et de comprendre les mutations sociétales qui ne touchent pas que la France, comme on tente de nous le faire croire.

#reviensleon c’est un signe qui montre la totale méconnaissance des motivations des expatriés. Il suffit de regarder les chiffres des départs de français à l’étranger pour s’en rendre compte.

Selon le Ministère des Affaires Étrangères, la France compte 1 642 953 expatriés au 31 décembre 2013 + environ 500 000 non inscrits (soit 2,9% de la population). Presque la moitié des Français établis hors de France sont des binationaux et moins de 10 % sont des expatriés temporaires. Plus de la moitié des Français établis hors de France vivent en Europe.

Contrairement à ce que l’on pense, les français ne sont pas des émigrants en puissance. Au cours des siècles, les Irlandais, les Allemands, les Italiens ont beaucoup plus émigré que les Français vers le reste de l’Europe, l’Afrique ou l’Amérique du Nord. La France n’a jamais connu de grande vague d’émigration comme ces pays au cours du 20ème siècle.

Le Royaume Uni compte plus de 4,6 millions d’expatriés (7,6% de la population) , l’Allemagne plus de 4,2 millions d’expatriés (5,2% de la population) et l’Italie plus de 3,5 millions (6% de la population). Si la France connaît une forte croissance de sa population expatriée, elle reste néanmoins moins concernée par l’expatriation que les trois autres grands pays d’Europe de l’Ouest.

Les 5 premiers pays d’accueil des expatriés français sont dans l’ordre la Suisse, les USA, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Allemagne. Ces pays accueillent tous une communauté supérieure à 110 000 français et concentrent à eux 5 40% des expatriés français. Les cinq suivants (Espagne, Canada, Israël, Maroc et Italie) accueillent plus de 46000 Français chacun.

Les motivations premières d’expatriation sont les opportunités professionnelles : intérêt du poste (37% des Français de l’étranger seraient concernés), augmentation des revenus (32%) ou bien opportunités d’évolutions de carrière (42%). Il est ainsi avéré que les carrières sont souvent plus rapides à l’étranger où le poids de la hiérarchie peut être moins important qu’en France. La découverte culturelle, et notamment l’enrichissement des compétences linguistiques ainsi que des raisons d’ordre personnel sont les autres facteurs motivants l’expatriation française.

Certes les flux migratoires de ces dernières années sont aussi liés à la crise économique et pas seulement à l’envie d’aventure, les salaires des expatriés étant généralement plus élevés à l’étranger et les opportunités intéressantes plus nombreuses, notamment pour les jeunes diplômés.

Mais il n’en reste pas moins que la plupart de ces expatriés plus ou moins « forcés » rentreraient bien en France si le marché de l’emploi repartait et si le poids de la hiérarchie diminuait. En somme si la France offrait plus d’opportunités, notamment aux jeunes, comme les expats en trouvent ailleurs. Il n’est pas certains que ces 10 startups à l’origine du mouvement proposent de telles opportunités en recrutant des profils atypiques, en faisant abstraction du diplôme, en se basant sur la personnalité du candidat, en offrant de belles évolutions, ou en proposant des salaires supérieurs à 1500€/mois. On a beau parler de startups, la hiérarchie, le management et le recrutement n’évoluent que très lentement, malgré les belles paroles des managers. Les salaires, n’en parlons pas.

Les Français expatriés, dans leur grande majorité, se réinstallent à terme en France. Une des principales motivation est l’attachement aux proches restés en France ainsi, que d’une manière plus générale, un attachement à la culture française.

Les français qui s’expatrient sont ceux qui ne détestent pas la France, mais qui sont entreprenants, audacieux, aventureux et qui quelque soit le pays où ils se trouvent créent leur chance de réussite.

Quelques soient les conditions économiques, sociétales ou politiques du pays, ces expats trouveront leur place, créeront un business, rencontreront leur conjoint, s’impliqueront dans la vie locale, etc…

Les donneurs de leçons sont la gangrène de la France. Les français sont libres de se créer la vie qu’ils désirent, en France ou ailleurs, de revenir ou non, sans que qui que ce soit ne puisse se permettre de juger et culpabiliser. Osons espérer qu’il ne s’agit simplement que d’une mauvaise opération de com’ qui aura été mal comprise des médias, réseaux sociaux et expatriés.