« A Singapour, on sent une vraie envie de faire avancer les choses, d’essayer, peu importe le résultat » Anne Beaufreton Fondatrice de Femmes de Projets

"A Singapour, on sent une vraie envie de faire avancer les choses, d'essayer, peu importe le résultat" Anne Beaufreton Fondatrice de Femmes de Projets
"A Singapour, on sent une vraie envie de faire avancer les choses, d'essayer, peu importe le résultat" Anne Beaufreton Fondatrice de Femmes de Projets

Anne Beaufreton vient tout juste de revenir en France, après plusieurs années passées à Singapour, où elle a occupé des postes liés au marketing dans plusieurs entreprises.

Aujourd’hui, elle a lancé Femmes de Projets, une initiative qui vise à accompagner les femmes expatriées à créer leur propre projet et à le développer.

A Singapour, pour rompre l’isolement et parce qu’elle ne trouvait pas sa place dans les réseaux existants, Anne a crée un réseau d’entraide via Mes Bonnes Copines, qui rassemblait 200 personnes. C’est au cours de son expatriation que l’envie de trouver SON projet, celui qui la ferait vibrer est née.

Aujourd’hui Anne est revenue en France et nous en dit plus sur son expérience à l’étranger ainsi que sur sa vision de la France quelques mois après sa réinstallation :

ANNE BEAUFRETON

Quel est votre parcours professionnel ?

Après des études en management et marketing, j’ai exercé le job de consultante pendant 7 ans. J’accompagnais les porteurs de projets, entrepreneurs et investisseurs dans l’étude et la validation de leur projet sous un angle marketing, stratégique et financier.

A Singapour, j’ai été marketing manager dans 2 sociétés différentes, l’une française dans le domaine du retail, l’autre Singapourienne dans le domaine du Food and Beverage. J’ai particulièrement apprécié de travailler dans une entreprise Singapourienne. C’est vraiment ce que j’étais venu chercher à Singapour : ce partage, cet échange de culture, vivre et travailler avec les Singapouriens (et asiatiques dans la globalité, Singapour étant très mixé). Nombreux d’entre eux sont désormais devenus des amis.

SINGAPOUR

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre nouvelle activité ?

Je suis Experte auprès des Femmes de Projets qui veulent rayonner a travers le monde :). J’accompagne les Femmes francophones expatriées et donc basées a travers le monde à :

– Trouver LEUR Projet

– Se former au Réseau (online et offline)

– Lancer leur activité et trouver des clients (sous un axe marketing et en terme de projection financière si le projet le nécessite)

Quels sont vos objectifs ?

Faire ce que j’aime :) C’est à dire combiner la dimension projet, le thématique du réseau, et l’angle du marketing authentique à travers l’accompagnement des Femmes basées à l’étranger. C’est ce qui me passionne au quotidien. Mon objectif est donc de les accompagner une à une à trouver LEUR projet et développer leur activité.

Aujourd’hui, j’accompagne ces femmes en individuel, demain peut être irai-je sur une dimension plus tournée vers le groupe.

Mon idée est également de développer encore plus la communauté Femmes de Projets et de multiplier les rencontres entre ces femmes.

SINGAPOUR

Pourquoi avez-vous quitté la France ?

J’avais fait le tour de mon job en tant que consultante et surtout j’avais depuis toujours eu cette envie au fond de moi de me connecter avec l’international et de découvrir d’autres cultures autrement que par le voyage.

J’avais depuis toujours cette envie au fond de moi de me connecter avec l’international et de découvrir d’autres cultures autrement que par le voyage

Et pourquoi êtes-vous revenue depuis peu ?

La mission de mon conjoint se terminait et il avait son propre projet de développement qui demandait de passer par la France pour commencer. Nous sommes donc rentrés il y a 2 mois. Nous sommes en France aujourd’hui mais ne savons pas où nous serons demain. Pour ne rien vous cacher, nous avons déjà envie de repartir. Penser que tout est possible et que l’on peut aller où l’on veut, quand on veut, est une vraie liberté ! C’est aussi pour cela et comme cela que j’ai construit mon entreprise.

Penser que tout est possible et que l’on peut aller où l’on veut, quand on veut, est une vraie liberté !

Quel a été votre cheminement pour choisir l’expatriation ?

Il n’y a pas vraiment eu de cheminement, c’était un besoin intérieur, une envie de découverte d’autres cultures, une soif de partage, et d’ouverture aux autres toujours plus grande.

SINGAPOUR

Pourquoi Singapour ? Qu’est ce qui vous a attiré ?

Pour être honnête, ce fut un vrai hasard. Mon conjoint a eu une opportunité dans ce pays, et c’est de cette façon que c’est fait le choix. Avec du recul, je crois que cela a vraiment été un belle décision. Tout en étant un pays où il est assez facile de vivre, Singapour permet de vivre un vrai choc de culture et d’apprendre énormément sur la culture asiatique dans sa globalité grâce à la mixité de la population locale. C’est une vraie chance.

Singapour permet de vivre un vrai choc de culture et d’apprendre énormément sur la culture asiatique dans sa globalité grâce à la mixité de la population locale

Qu’y faisiez-vous ?

Après 6 mois de recherche, j’ai trouvé un poste de marketing manager a mi-temps dans une entreprise française spécialisée dans le retail. Un mi-temps ne me convenant pas, j’ai poursuivi mes recherches et ai eu l’opportunité, 4 mois plus tard, d’exercer en tant que marketing manager dans le food and beverage. Cette dernière expérience dans une entreprise singapourienne a été d’une grande richesse. J’ai vraiment eu l’impression de vivre Singapour de l’intérieur, de comprendre la culture, la population, son unité, ses contradictions et sa diversité.

La thématique du marketing pousse à se questionner, à remettre en question notre vision et à prendre en compte les besoins de la population locale et sa façon de fonctionner, c’est passionnant.

Singapour a aussi été pour moi une vraie opportunité pour développer mon réseau, ainsi que ma passion autour du réseau et de la rencontre de l’autre. 2 mois après mon arrivée à Singapour et après avoir participé à de nombreux événements français, internationaux, ou locaux, je n’arrivais pas à trouver un réseau où je me sentais à l’aise et auquel j’avais envie de retourner avec plaisir tous les mois.

J’ai alors décidé de créer un réseau de femmes francophones plus en accord avec mes valeurs en développant le réseau MesBonnesCopines à Singapour. A la 1ere rencontre, nous étions 4, 2 ans après nous étions 200 membres a Singapour et une vingtaine à nous retrouver tous les mois.

Les fondations du groupe portaient sur l’entraide, les bons plans, les coups de pouces. On y fêtait tant les difficultés que les réussites de chacune. Ce fut une chouette expérience. J’ai aujourd’hui passé le relais à 5 bonnes copines qui continuent à animer le réseau sur place.

Singapour a été pour moi une vraie opportunité pour développer mon réseau

Qui a t-il de plus et de moins à Singapour par rapport à la France ?

De plus : je dirais le soleil, la chaleur et l’humidité bien sûr :) Singapour est aussi une ville proposant de grands et nombreux espaces de verdures (si l’on compare à Paris), et c’est très appréciable. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est la dynamique économique et bien au delà de ça, la philosophie du « tout est possible ». Singapour est clairement marquée par la culture anglo-saxonne et on sent une vraie envie de faire avancer les choses, d’essayer, peu importe le résultat. J’ai envie de dire que nous sommes presque sur une idée = une entreprise. Il n’y a pas de barrière, il n’y a pas de limite. L’accueil aussi. J’ai fait de nombreux événements de réseaux français, internationaux ou locaux et j’ai été accueillie à bras ouverts. On ressent une vraie volonté d’entraide de l’autre peu importe son projet et sa nationalité.

De moins :  la qualité des produits alimentaires utilisés, au quotidien (excepté les fruits) n’est pas du même niveau qu’en France. Il est clairement plus difficile de trouver des produits organiques.

Ce qui m’a surtout marqué, c’est la dynamique économique et bien au delà de ça, la philosophie du « tout est possible »

Que vous manque t-il de la France ?

Pour être honnête, rien ne me manquait vraiment. L’air frais peut être mais c’est tout. Sur le plan alimentaire, si l’on voulait, nous pouvions trouver à peu près tout à Singapour donc pas de manque ou de privation. Ah si, quelque chose de notable, l’architecture à la française. C’est en partant pendant quelques années que l’on se rend compte de cette richesse architecturale que l’on a. A Paris notamment, dès que l’on sort de chez soi, on tombe rapidement sur un bâtiment face auquel on peut se dire Waouh ! On a tout de même une belle architecture française ! Il est clair que Singapour ne dispose pas de cette richesse même s’il existe aujourd’hui des quartiers classés et protégés.

SINGAPOUR

Quelles sont vos premières impression depuis votre retour en France ? La France a t-elle changé depuis votre départ ?

Je pense que notre vision du « retour » dépend en grande partie de nous même et de ce que l’on souhaite y voir. Face à chaque situation de la vie, il y a toujours plusieurs angles d’observation ou d’action. Personnellement, j’ai fait le choix de voir cette nouvelle étape telle une nouvelle expatriation mais en France cette fois ci. J’ai aussi fait le choix d’avoir un œil neuf, de vivre en France différemment, à la découverte des autres et de ce pays. J’essaye, je teste et je me fais ensuite mon opinion sur ce qui me correspond ou pas.

Par ailleurs, je ne dirais pas que la France a vraiment changé depuis mon départ. Je suis assez impressionnée du nombre de réseaux qui existent sur Paris et notamment dans le domaine de l’entrepreneuriat. Le secteur des startup est en ébullition, ça se sent et beaucoup de choses s’organisent.

Passionnée par la thématique internationale, je me connecte à des réseaux plutôt internationaux ou je retrouve le dynamisme, l’optimisme et l’ambiance anglo-saxone, telle qu’à Singapour.

Les échanges au sein de réseaux français sont quant à eux beaucoup plus froids, distants, dans la retenue. On ne va pas nécessairement chercher à rencontrer l’autre, à le découvrir s’il n’y a pas de business à réaliser. La peur de déranger peut être…

C’est surement ce qui me dérange le plus aujourd’hui ayant gouté à autre chose… Mais bien entendu aucune critique là dessus, juste un premier ressenti et une approche culturelle différente (qui nous correspond ou pas en fonction de ce que l’on recherche).

Les échanges au sein de réseaux français sont beaucoup plus froids, distants, dans la retenue

Selon vous, la vague de l’entrepreneuriat en France a t-elle un avenir, est-elle une mode, ces entreprises ont elles vraiment les moyens de devenir grandes ?

Je pense que comme dans tout secteur, viendra un jour où les choses seront plus structurées, et certaines se regrouperont pour avoir plus d’impact et au final ne faire qu’un.  Je pense également que nous faisons face à 2 types de profils d’entrepreneur.

Le premier regroupe des entrepreneurs qui n’ont pas nécessairement l’intention de grossir mais bien de se développer. Ils sont à la recherche d’un job/d’une activité qui leur ressemble, qui les fait vibrer. Ils cherchent un sens à leur vie, à prendre plaisir à faire ce qu’ils font et tiennent à trouver et garder un équilibre entre vie perso- vie pro. Cela ne veut pas dire qu’ils en sont moins actifs et moins pertinents dans leur approche. Toutefois, ils ajustent et s’investissent dans leur développement dans le respect des limites qu’ils se sont données. L’aspect professionnel n’est pas le seul pilier de leur vie (même s’il leur est essentiel) et ils veillent à garder cet équilibre. On observe d’ailleurs, de plus en plus de business model se développer dans ce sens. Plutôt que de recruter une personne et de l’accueillir en tant que salariée, les entrepreneurs développent leur entreprise et grandissent par phénomène de partenariats avec d’autres entrepreneurs, qui les comprennent et qui eux aussi veillent à leur propre équilibre.

Le deuxième groupe a véritablement l’intention de grossir et est dans cette dynamique, telle que peuvent l’être les startup. Les termes d’investisseur et levées de fond font partie de la vie courante de l’entreprise, ce qui est bien différent du premier groupe d’entrepreneurs.

SINGAPOUR

Quelle était l’ambiance « entrepreneuriale » à Singapour ?

Je dit souvent que Singapour est le New York Asiatique et c’est également la vision des Singapouriens. J’ai vu de nombreux Singapouriens salariés passer solo-entrepreneur du jour au lendemain car ils souhaitaient obtenir une liberté et gagner plus. Ils continuent pour la plupart à travailler avec leur précédent employeur. Seul le contrat est modifié et leur laisse la possibilité de développer leur chiffre d’affaire avec d’autres entreprises. Les entreprises Singapouriennes semblent être plus flexibles et ouvertes pour établir des partenariats avec des solo-entrepreneurs.

Si l’on considère maintenant l’entrepreneuriat de façon globale, dans le sens de l’action d’entreprendre, je pense que les Singapouriens ont ça en eux. Ils essaient et n’ont pas nécessairement besoin d’avoir une expérience dans le domaine dans lequel ils se lancent pour oser. C’est en osant qu’ils apprennent, se forment, grandissent et se développent. Cette vision tournée vers l’action, qui pousse à essayer et par laquelle l’échec n’en est pas un, change tout.

L’administration Singapourienne est elle aussi dans cette dynamique là mêlant rapidité et simplicité pour les entrepreneurs comme pour les salariés.

Je dit souvent que Singapour est le New York Asiatique et c’est également la vision des Singapouriens

Quelques conseils pour un français qui voudrait rejoindre Singapour ? 

J’ai envie de dire que l’expatriation à proprement parler est une vraie aventure peu importe la forme sous laquelle on part, sa destination…

Personnellement, j’aurais tendance à aller dans un pays assez éloigné de ma propre culture pour m’en enrichir d’autant mais ce n’est que ma vision. Dans chaque pays, nous apprenons sur les autres et sur nous même. En partant à Singapour, j’ai l’impression d’avoir appris en 2 ans, ce que j’aurais peut être fait en 10 ans en France. C’est aussi une vraie chance de changer ou de faire évoluer sa vision des choses. Face à une même situation, il y a toujours plusieurs angles de vue. Vivre à l’étranger donne une capacité à modifier cet angle de vue.

Partir vivre à l’étranger est en résumé, une vraie opportunité, et une belle expérience de vie. Bien sûr, rien n’est facile et l’aventure est jalonnée de moments hauts comme de moments bas. Il n’en reste pas moins que si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde et je ne vous conseille qu’une chose : OSEZ !

En partant à Singapour, j’ai l’impression d’avoir appris en 2 ans, ce que j’aurais peut être fait en 10 ans en France

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1 Comment

  • Karolin dit :

    Belle interview ! C’est rassurant de savoir qu’on peut réussir les deux : partir sans regrets et revenir sans regrets :-)

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