Internet a t-il créé une société désenchantée ?

Internet a t-il créé une société désenchantée ?
Internet a t-il créé une société désenchantée ?

A force que tout soit possible, les choses et les actions ne perdraient t-elles pas de leur valeur ? C’est la rareté qui donne de la valeur, mais aujourd’hui, nous avons tout à portée de mains ou plutôt de clic.

Google a remplacé le cerveau humain

Il y a encore quelques années, quand nous ne savions pas quelque chose, nous réfléchissions, maintenant, il suffit de se poser une question au cours d’un diner et tout le monde dégaine son smartphone pour aller chercher l’info sur le net sans prendre la peine de faire marcher leurs neurones. Idem pour calculer les additions au restaurant ou le pourcentage de solde chez Zara. L’être humain est devenu feignant, il ne cherche même plus à stocker les informations dans son cerveau puisque Google le fait à sa place. Plus personne ne se laisse même l’opportunité de ne pas savoir quelque chose, il faut une réponse à tout, qui sera oubliée deux minutes plus tard, mais qui aura donner l’illusion d’être un expert du sujet le temps de la conversation. Briller, toujours briller auprès des autres. Que ce soit par son savoir ou par ses activités à la pointe des dernières tendances : cinéma, expo, spectacle, restaurant, on y va parce que tout le monde en parle sur Facebook et on le prouve en se géolocalisant et en envoyant une photo.

L’hyperconsommation en un clic

Quant aux objets, vous souvenez-vous de l’époque où lorsqu’on partait en voyage et qu’on découvrait la culture locale, comment nous étions avides de curiosité ? Aujourd’hui on sait à l’avance ce qu’on va trouver grâce aux blogs de voyage et tout ce qu’on a aimé, on pourra le commander sur Amazon à notre retour. Idem lorsqu’on regardait Sauvés par le Gong ou La fête à la maison, on aurait tellement aimé avoir la même veste que Kelly ou la poupée de Michelle, mais elle n’existait qu’aux USA. Aujourd’hui il suffit d’aller sur une application mobile pour tout trouver ce qui passe dans les séries et magazines du monde entier. On n’a même plus besoin de demander à notre voisine de métro où elle a acheté ses baskets, il suffit de les prendre en photo et avec un logiciel de reconnaissance d’image, en 2 clics, c’est trouvé-payé-envoyé. Le sentiment de frustration, d’envie, d’attente à disparu, on peut tout avoir tout de suite. Même un homme ou une femme sur Tinder ! L’amour aussi s’est affranchi des barrières du temps et de la découverte. Les émotions s’achètent en un clic et un verre. Les amis ne sont plus des amis , mais un réseau qui pourra nous servir un jour. On ne s’attache plus aux choses ni aux gens, tout et tout le monde est remplaçable en un clic.

Tout le monde peut tout faire s’il s’en donne les moyens

Aujourd’hui aussi, tout le monde s’il s’en donne les moyens dit-on est capable de tout faire, car tout est à porté de mains pour réussir. Réussir quoi, on ne sait pas, peut-être devenir le roi ou la reine de la notoriété, ce qui aussi est beaucoup plus facile vu le nombre de magazines en ligne, alors qu’en 1995 quand vous aviez votre tête dans Le Figaro Magazine, votre mère et votre grand-mère encadraient le journal dans le salon pour la postérité. En 2015, on peut partir faire un tour du monde comme un aventurier, faire du montage vidéo comme un journaliste reporter d’image, créer son entreprise comme un patron du CAC40, faire le marathon de Londres ou New York comme un médaillé Olympique, etc… On assiste à une explosion des possibles grâce à notre seule volonté parait-il. Celui qui ne veut pas sortir de sa zone de confort ou dépasser ses limites est voué à toutes les diatribes. Il faut être performant, être acteur de sa vie, être au top, afficher un optimisme constant, rebondir sur ses échecs, ne voir que le côté positif des choses, ne pas se plaindre, avancer, avancer toujours plus loin, vers l’infini et au delà. « Sky is the limit » nous assène t-on en permanence.

Vers une société désenchantée ?

Au final, aujourd’hui tout est possible, on ne peut le nier, bien plus qu’il y a quelques années en tout cas. mais est-on plus heureux, plus intelligents, plus enjoués, plus passionnés, plus épanouis, plus entourés ? Profitons nous vraiment de ce que nous offrent toutes ces possibilités ou sommes nous simplement engagés dans une course contre le temps, celle qui nous oblige à accumuler les expériences, les preuves de notre réussite, la notoriété, les propositions, les aventures de toutes sortes, pour ne pas passer à côté de son soi-disant destin, pour ne rien regretter sur son lit de mort. Le tout sans prendre le temps de penser à soi et à ce qu’on veut vraiment faire de notre vie, à qui on est vraiment une fois enlevés tous ces artifices et éliminé la pression de la société ? Certains l’ont compris et militent pour des journées déconnexion, ou detox en tout genre. D’autres ne consomment plus, mais échangent, en préférant l’usage sur la possession. Une prise de conscience, mise en exergue par le collaboratif, l’écologie, l’économie sociale et solidaire, semble se dessiner dans cette course au toujours plus qui détruit la planète, les relations et les valeurs. Combien cela prendra t-il d’années ou décennies pour cette prise de conscience ? Peut-être pas aussi longtemps qu’on le croit à l’heure de l’accélération du temps…