Les startups parisiennes manquent de talents et de fonds pour dépasser Londres et Berlin

Les startups parisiennes manquent de talents et de fonds pour dépasser Londres et Berlin
Les startups parisiennes manquent de talents et de fonds pour dépasser Londres et Berlin

Le rapport 2015 de la startup Compass spécialisée dans les études sur les startups dans le monde fait beaucoup de bruit depuis quelques semaines. La dernière édition datait de 2012 et les choses ont évolué en 3 ans. Réalisé en partenariat avec Crunchbase, la « filiale » d’analyse de données du magazine Techcrunch, The 2015 Global Startup Ecosystem Ranking a analysé les performances, investissements, attractivité des talents, marché cible et l’expérience des startups dans 20 villes (Silicon Valley, Tel Aviv, Los Angeles, Seattle, New York City, Boston, London, Toronto, Vancouver, Chicago, Paris, Sydney, Sao Paulo, Moscow, Berlin, Waterloo, Singapore, Melbourne, Bangalore et Santiago) à travers le monde réputées pour leur dynamisme entrepreneurial. Ce rapport fait office de bible mondiale des écosystèmes startups dans les plus hautes instances économiques et gouvernementales.

L’information principale de l’étude qui a gâché la rentrée des startupers français, très chauvins et persuadés que Paris est capitale européenne des startups (voire numéro deux mondiale derrière SF) est la dramatique place de numéro 11 de la capitale de l’Hexagone. Paris ne rentre même pas dans le top ten, c’est grave. A noter que si Paris avait été numéro 9 les réactions auraient été « Paris n’est même pas finaliste » et en numéro 4 on aurait lu « Paris n’est pas sur le podium ». Tout dépend de l’angle qu’on donne à ces résultats…

Donc Paris onzième, pourquoi ? La capitale française aurait entre 2 400 et 3 200 startups et pèserait entre 9,9 milliards et 12,1 milliards de dollars. Mais, loin derrière Londres (6ème) et Berlin (9ème), Paris peine à attirer les meilleurs talents et manque d’investisseurs. Les meilleurs ingénieurs favorisent les grands groupes qui offrent un emploi stable et un salaire correct, plutôt qu’une startup naissante ou établie, même si le discours actuel dans les milieux dit innovants et bien-pensants affirme le contraire. Entre une alternance à 800€/mois avec faible promesse d’embauche à la fin dans une startup et un job de consultant en CDI à 3000€ net par mois en début de carrière dans un cabinet de conseil, nombreux sont ceux qui privilégient les euros sur la recherche de sens malgré ce qu’on entend dire ici et là sur la scène parisienne. Il faut être réaliste : il faut bien payer son loyer, rembourser son crédit étudiant et manger. La quête de sens pèse peu devant les obligations, à moins d’avoir papa et maman qui financent leurs rejetons qui tentent de changer le monde.

Un phénomène étroitement lié au manque de financement des startups en France, d’une part par les banques, mais là tout le monde a abandonné depuis longtemps, mais surtout des investisseurs qui voient en premier lieu comment défiscaliser, si possible en faisant une belle plus-value à leur sortie lorsqu’ils offrent leur deniers. Sans oublier les maigres sommes levées (entre 650 000 et 700 000 dollars en amorçage selon Compass) et les petits tickets de business angels qui pour certains ne mettent que 10000€ dans chaque montage… Autant dire que startupers n’ont d’autre choix qu’aller chercher quelques milliers d’euros sur le crowdfunding ou dans des concours et manger des pâtes tous les soirs pendant trois ans si elles veulent enfin avoir la chance d’attirer des business angels séduits par leur ténacité.

Or, comment attirer des talents français ou étrangers, si on ne peut pas les payer ? Comment grandir et séduire son marché sans mise de départ ? Comment faire bouger l’écosystème startups parisien/français sans argent alors qu’ailleurs les investisseurs se bousculent pour financer de nombreuses startups prometteuses parce qu’ils font confiance aux fondateurs pour se démener à réussir et rebondir quoi qu’il arrive alors qu’en France la peur de l’échec est de mise ?

Pas de financement, pas de talent, pas de développement possible et Paris n’entrera pas dans le top ten des meilleurs écosystèmes startups mondiaux avant un moment. C’est simple à comprendre. Le problème c’est qu’en France, les élites (auto-proclamées) ou évangélistes (idem) des startups sont dans le déni et répètent en permanence que tout va bien grâce aux incubateurs, aux accélérateurs, à la génération Y, aux concours et prix en tout genre, à la motivation et la quête de sens des travailleurs qui veulent prendre leur vie en mains, etc… Sauf que c’est bien beau, mais dans les faits, la réalité est autre et il est très difficile de monter une startup en France et encore plus de la pérenniser, sans parler de créer de l’emploi, domaine où la France s’enlise.

Les initiatives sont intéressantes, comme les incubateurs de la ville de Paris ou le label FrenchTech, sans compter tous les events liés à l’entrepreneuriat, mais ce n’est pas suffisant. C’est pour le moment de la com’, de l’autocongratulation, un discours mielleux et enjôleur. Mais tout ceci a ses limites. Les français sont bercés depuis toujours par les effets d’annonce, la langue de bois et la poudre aux yeux des politiques qui affirment vouloir faire bouger la France, mais ces techniques dupent de moins en moins de monde et sans véritable plan d’action, rien ne se fera et Paris restera onzième. Au mieux.