« Il faut encourager les entrepreneurs qui prennent des risques » Jean-Marc Barki, Sherpa de la délégation française au G20 Entrepreneurs

"Il faut encourager les entrepreneurs qui prennent des risques" Jean-Marc Barki, Sherpa de la délégation française au G20 Entrepreneurs
"Il faut encourager les entrepreneurs qui prennent des risques" Jean-Marc Barki, Sherpa de la délégation française au G20 Entrepreneurs

Jean-Marc Barki est l’un des deux sherpas de la délégation française des 35 entrepreneurs qui sont partis au G20 des entrepreneurs à Istanbul ce lundi. Le G20 c’est trois jours de débats et échanges entre 400 chefs d’entreprises des 20 États membres pour mettre en forme une série de propositions visant à développer la culture entrepreneuriale à travers le monde, mais aussi harmoniser les politiques fiscales et monétaires, favoriser le développement à l’international, etc… Un document de travail qui sera ensuite remis aux gouvernements de chaque État afin qu’ils prennent la mesure des propositions et les inclus dans leur politique économique.

Jean-Marc Barki, dirigeant de Sealock, une PME industrielle et Conseiller du Commerce Extérieur de la France, nous en dit plus sur sa vision de l’ouverture à l’international des entreprises françaises :

Jean Marc Barki, PDG de Sealock Entreprise Sealock, specialisee dans la formulation de colles en base aqueuse et de colles thermofusibles Hot Melt.

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que vos activités ?

Je suis co-fondateur et dirigeant de la PME Sealock spécialisée dans la fabrication et la formulation de colles industrielles. Créé en 1996 en association avec John Young (Sealock Ltd), le site emploie 21 salariés et fabrique 1500 tonnes de colles par an pour les domaines des Arts Graphiques et de la PLV, du Conditionnement et de l’Emballage, de l’Étiquetage et de l’Habillage, ainsi que de l’Assemblage dans le domaine industriel. En parallèle de mon rôle de chef d’entreprise, je suis vice-président du MEDEF Artois, conseiller du commerce extérieur pour la France, membre du comité directeur de Croissance Plus et de Citizen Entrepreneurs. Du 7 au 9 septembre 2015, j’endosserais la fonction de sherpa pour accompagner 35 jeunes chefs d’entreprises français au G20 YEA (Young Entrepreneurs’ Alliance) à Istanbul. Aux côtés de 400 entrepreneurs du monde, nous remettrons aux gouvernements des pays du G20 des recommandations visant à développer la culture entrepreneuriale pour relancer la croissance et l’emploi.

Nous remettrons aux gouvernements des pays du G20 des recommandations visant à développer la culture entrepreneuriale pour relancer la croissance et l’emploi

En quoi consiste votre rôle de Sherpa de la délégation française du G20 entrepreneurs ?

A 50 ans, et en qualité d’ancien participant au G20 YEA, il est de ma responsabilité de faire partager mon expérience. Le G20 YEA, c’est la chance de rencontrer des entrepreneurs des plus grandes puissances. Je voudrais que chacun des membres de notre délégation puisse échanger avec au moins un des représentants de chaque pays pour enrichir nos réflexions et faire émerger des idées dans l’intérêt commun. Notre rôle avec Ronan Pelloux, de CREADS, sera de favoriser une réflexion partagée autour de la fluidification de l’économie.

Qu’attendez-vous de cet event ?

Je souhaite encourager les différentes délégations à trouver des solutions pour favoriser les échanges, simplifier les règles et les normes qui nous envahissent, favoriser et encourager l’innovation, homogénéiser le coût du travail et la fiscalité pour encourager l’innovation et l’investissement ; limiter l’impact des parités monétaire sur les échanges. Nous devons nous ouvrir hors de nos frontières, a minima à l’échelle d’un continent voir d’un seul continent…, le 6ème Continent qui englobera les 5 ! C’est ensemble que nous pourrons mieux innover et construire le monde de demain, notre monde…

Je souhaite également encourager l’ensemble des acteurs de l’économie mondiale à ne pas se servir des délais de paiement pour financer la croissance ni financer leurs besoins de fonds de roulement et leur trésorerie à court terme mais imposer un délai de paiement à 30 jours comme en Allemagne, dans les pays du Nord ou aux États-Unis.

Selon vous, pourquoi si peu d’entreprises françaises sont exportatrices ? Que faudrait t-il faire pour renverser la tendance ?

Je pense qu’il y a un phénomène de peur de dépasser nos frontières… Les Français ont du mal à travailler loin de leur base ! C’est encore plus vrai pour les PME qui n’ont pas toujours les ressources humaines et financières pour investir un nouveau marché hors de leurs frontières et la crainte de ne pas avoir un retour sur investissement assez vite.
Pour inverser la tendance, il faut encourager l’entrepreneuriat et les entrepreneurs qui savent prendre des risques car c’est dans leur ADN. C’est ce que nous allons promouvoir lors de ce G20 YEA à Istanbul. Nous ne demanderons aucune aide particulière aux États, simplement de nous libérer de nos chaines et de nous laisser développer nos entreprises et créer de la valeur ce qui génèrera de la croissance…. CQFD !

Je pense qu’il y a un phénomène de peur de dépasser nos frontières… Les Français ont du mal à travailler loin de leur base !

La France compte 2/3 de petites entreprises, n’est ce pas là le souci qui empêche ces dernières de se lancer à l’international ?

Au contraire, ce sont elles qui innovent, qui savent prendre des risques ; les TPE et les PME qui ont confiance et qui peuvent se développer dans un environnement clair sans craindre de changement des règles du jeu qu’elles soient fiscales, sociales ou commerciales. Ce que nous allons une fois de plus réclamer pendant ce G20 YEA c’est de la stabilité fiscale et une harmonisation des règles à minima par continent et pas simplement par pays. Idem pour le code du travail qui est devenu un véritable frein pour l’emploi.

Il est souvent conseillé en France, de faire ses preuves sur l’Hexagone avant d’attaquer le monde, est-ce une réalité ? Ou faudrait t-il avoir des ambitions mondiales dès la départ ?

Lorsque vous créez une entreprise, il faut tout de suite penser que vous vendrez en dehors de votre pays d’origine. Lorsque nous grandissons, nous rêvons de voyager, c’est la même chose dans la vie de l’entreprise. Pour y arriver il faut simplement oser !

Quels sont les savoir-faire français qui pourraient plus s’exporter ? Vers où et comment ? Où y a t-il du potentiel inexploité en fin de compte ?

La France a une multitude de savoir-faire pour ne pas dire plus; le seul soucis c’est que le facteur confiance est de moins en moins présent et dès qu’une entreprise grandit, elle n’est pas sur de pouvoir se battre à armes égales au niveau mondial uniquement parce que nous avons un sac à dos trop lourd, un poids fiscal démesuré par rapport aux autres ce qui nous empêche d’avoir plus d’ETI (entreprises de tailles intermédiaires).

On parle de « perte de compétitivité de l’industrie française à l’international » est ce une réalité ? Devrait t-on changer de modèle et exporter l’innovation plutôt que se focaliser sur une industrie vieillissante ?

C’est malheureusement la triste réalité; l’industrie Française ne représente que 10% du PIB. Je n’ose pas imaginer le niveau si l’on retire les grandes entreprises Française du CAC 40… Malgré tout nous sommes nombreux à vouloir croire au sursaut de notre pays et à la capacité de nos entreprises, grâces aux entrepreneurs, de réussir à renverser la tendance et retrouver de la croissance. Cela est possible si et seulement si l’état nous laisse opérer et nous fait confiance !

Nous sommes nombreux à vouloir croire au sursaut de notre pays et à la capacité de nos entreprises, grâces aux entrepreneurs, de réussir à renverser la tendance et retrouver de la croissance

Quels conseils donneriez-vous à une startup qui voudrait attaquer l’international rapidement ?

Comme le disais si bien feu Jean-Paul II, « N’ayez pas Peur », foncez !