Ça marche ton entreprise ?

Ça marche ton entreprise ?
Ça marche ton entreprise ?

S’il y a une question qui revient souvent dans les échanges avec un entrepreneur c’est « ça marche ton entreprise ? ». Aussi bien pour meubler la conversation, comme on pourrait dire « ça va au bureau ? » dont finalement on n’attend pas de réponse, que pour en savoir plus sur le business. Tout dépend qui pose la question, mais dans tous les cas elle met souvent les entrepreneurs dans l’embarras, car il n’y a pas de réponse tout blanc ou tout noir…

Quand on gère une entreprise on est souvent très superstitieux et on n’ose pas dire « oui ça marche ! » de peur que le dire déclenche les foudres des éléments contre notre boite et que deux jours plus tard le chiffre d’affaire s’effondre. On n’ose pas le dire non plus car on a peur de passer pour quelqu’un de prétentieux alors que c’est la crise et que pas mal de gens galèrent en ce moment. Ou encore parce que oui l’entreprise se développe bien, petit à petit, mais pas assez pour celui qui pose la question, selon les « codes de la réussite »…

L’entrepreneur est quelqu’un de torturé, toujours partagé entre ce qu’il doit dire, ce qu’il doit cacher ou minimiser tout en se montrant confiant en l’avenir pour ne pas alarmer son entourage ou ne pas passer pour celui qui s’enlise dans un échec, ou encore celui qui est déconnecté de la réalité et qui ne voit pas qu’il va dans le mur en affirmant que tout va bien à tout le monde, indifférent aux signaux négatifs. Car l’entrepreneur est aussi quelqu’un de fier qui n’ose que rarement dire que cela ne va pas. Il pense toujours que c’est une mauvaise passe et qu’il va s’en sortir, rebondir et trouver LA solution miracle. Parce que l’entrepreneur croit aussi beaucoup aux messages de l’univers qui sont tantôt avec lui et tantôt contre lui. Parfois il va même voir une voyante pour savoir s’il est sur la bonne voie ou s’il va décrocher un super contrat… Personne en l’avouera évidemment, même si de plus en plus de chefs d’entreprise n’hésitent pas à se lancer dans des expériences occultes en passant par exemple quelques jours déconnectés, loin de tout, pour se retrouver et développer leur intuition ou bien apprendre à faire confiance à leur petite voix intérieure. Ce qui peut sembler mystique pour pas mal de gens l’est de moins en moins dans le monde entrepreneurial, il n’y a qu’à voir la folie qui se développe actuellement autour de la méditation : aucun grand patron ne pourrait s’en passer. Surtout à San Francisco, car méditer à 6h du matin sur sa terrasse surplombant la Baie de San Francisco, cela fait mieux sur Instagram que sur son balcon dominant Saint Ouen ou Nanterre…

Bref « ça marche ton entreprise ? » est finalement une question à laquelle on ne peut pas répondre avant la date de clôture de son bilan, au moins. Voire après la revente de son entreprise lorsqu’on en tire les leçons. Car tout peut arriver, le pire comme le meilleur et parfois, voire souvent, sans savoir pourquoi. Il peut y avoir un mois où on décolle à fond, sur des + 50 ou 100% et le mois d’après faire -75% sans raison. On a beau couper les cheveux en quatre, il n’y a pas d’explication, et ce quelque soit le business. Par exemple octobre est traditionnellement un mois creux, depuis toujours. Autant on peut expliquer août ou mai avec les ponts et vacances mais Octobre ?? C’est un peu le mois où il ne faut pas parler business, car tout le monde est dans le stress de savoir si les fêtes de fin d’année vont sauver l’année, faire exploser la boite ou signer l’arrêt de mort…

Pour répondre à cette question, il faudrait finalement trouver une ritournelle banale et passer direct à un autre sujet, si la personne qui la pose n’est pas dans le métier, ou ajouter « on verra ce que ça donne d’ici la fin de l’année, rien n’est jamais gagné d’avance » si c’est une personne bienveillante et qui vous soutient. Ensuite si c’est un ami entrepreneur qui vit les mêmes choses que vous, vous pouvez en dire plus, pour tâter le terrain de la conjoncture chez lui (même si ça va toujours mieux chez les autres que chez vous) et tenter de savoir le vrai du vrai. Enfin l’idéal est de surtout ne pas se braquer, ne pas prendre cette question comme de la suspicion ou une attaque personnelle, car souvent les personnes qui posent ce genre de question se fichent de la réponse, sauf si elle les interpelle, donc soyez souriant et répondez « oui ça va et toi ? ». Facile !