La flat white economy s’imposera t-elle en France ?

La flat white economy s'imposera t-elle en France ?
La flat white economy s'imposera t-elle en France ?

Les coworking classiques ont depuis peu laissé la place aux cafés coworking, en France et particulièrement à Paris. Il y a deux ans et demi, le premier du genre, Anticafé, s’installait rue Quincampoix à Paris et n’attirait que quelques early adopters les premiers mois, pour ensuite devenir tellement tendance que l’équipe en a ouvert deux autres dans la capitale et doivent aujourd’hui faire face à l’éclosion de clones, du 10h10 qui a ouvert en mai 2015 au Hubsy qui accueille les coworkers depuis cette rentrée, les fondateurs n’hésitent plus à investir dans des locaux grandioses, une décoration propice à l’inspiration et organiser des events régressifs (jeux de société, karaoke…) pour une génération qui semble vouloir se sentir comme chez lui, au bureau.

L’économiste anglais, Douglas McWilliams, président d’un think tank économique londonien, le Center for Economic and Business Research, a baptisé cette tendance, Flat White Economy, dont il en a tirée un livre du même nom en début d’année. Selon lui cette nouvelle économie liée au boom du numérique et née après la crise financière de 2008 a permis de relancer la Grande-Bretagne. Le nom vient du café au lait que ces Flat whiters consommeraient en grande quantité. La consommation de café aurait augmenté de 50% depuis 2007 dans le pays grâce à eux… 32.000 entreprises se seraient créées entre 2012 et 2014 rien que dans le quartier de Silicon Roundabout lieu privilégié des startupers, qui sont tous jeunes, diplômés, hipster, green, bio, au fort pouvoir d’achat. Le secteur IT et les industries culturelles numériques, la publicité et le marketing online serait la 5ème économie du pays et devrait passer en première position d’ici 2025.

Ces Flat whiters ne boivent pas seulement du café au lait, ils travaillent dans des cafés. Aux traditionnels Starbucks, Costa Coffee et Cafe Nero, s’ajoutent une multitude de petites espaces proposant du café, le wifi gratuit, des bureaux et une décoration ainsi qu’un aménagement propices à la créativité. Ces lieux de vie sont devenus des lieux de travail, de création, de réunion et de branchitude ou hipster attitude à y regarder de plus prêt le style des Flat Whiters. Ces cafés seraient devenus un mode de vie affirmé, mélangeant des créateurs de tout horizon, tout pays et toute culture, prêts à bouger n’importe où dans le monde si une opportunité se présente et très friands de partage d’expérience entre coffee coworkers. Ce bouillonnement serait à l’origine du tourbillon de créativité et de dynamisme régnant sur Londres et ressenti à peine débarqué de l’Eurostar. Une euphorie permanente à toute heure du jour ou de la nuit confirmant que le Royaume Uni est sorti de la crise depuis un moment et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin pour s’imposer comme un hub économique de premier plan en Europe.

Douglas McWilliams, quant à lui ne croit pas que ce modèle pourrait être transposé à Paris, même si la France est le pays qui soutient le plus le secteur numérique en Europe. D’une part parce que ce ne sont pas les pouvoirs publics qui peuvent créer un tel phénomène, mais bien les créatifs eux-mêmes. Or le prix de l’immobilier, des impôts et des charges limitent les volontés entrepreneuriales de création de tels lieux – les cafés coworking-, même si certains naissent régulièrement, et d’autre part la culture française ne mélange pas autant les genres : le clivage maison/travail/détente est bien séparé et peu de français vont spontanément travailler dans un café (essentiellement des troquets manquant de charme…). C’est pourquoi les cafés où les startupers peuvent vraiment travailler revendiquent l’aspect coworking dans leur offre marketing, indiquant qu’ils sont avant tout un lieu de travail plutôt qu’un café. A Londres au contraire, ce sont les startupers qui se sont appropriés les cafés pour y travailler et se réunir. Barcelone et Berlin seraient plus proches de cette culture de la Flat White Economy, toujours selon Douglas McWilliams, alors que Paris miserait sur les espaces dédiés uniquement à l’émulation intellectuelle tels que le NUMA ou Paris Saclay.