« Il faut faire confiance à son ressenti et la vie nous met sur le chemin qu’on a souhaité s’il est juste » Agathe Monnier, créatrice de La Mygale en Tutu

"Il faut faire confiance à son ressenti et la vie nous met sur le chemin qu'on a souhaité s'il est juste" Agathe Monnier, créatrice de La Mygale en Tutu
"Il faut faire confiance à son ressenti et la vie nous met sur le chemin qu'on a souhaité s'il est juste" Agathe Monnier, créatrice de La Mygale en Tutu

Agathe, c’est la première créatrice de bijoux avec qui j’ai travaillé fin 2008 lorsque j’ai quitté le monde de la pharmacie pour entrer dans celui du ecommerce. Une autre époque ! Agathe était aussi en reconversion professionnelle après une première carrière dans un grand groupe qu’elle a abandonnée pour se consacrer à sa passion : la création de bijoux en verre soufflé au chalumeau. Lorsqu’elle s’est lancée, elle vivait à Nanterre, créait dans son salon et avait déjà une pêche d’enfer. Aujourd’hui elle vit sur l’Île d’Yeu, a son propre atelier qu’elle partage avec deux autres artisans et est l’exemple par excellence de l’alignement entre ses valeurs, ses ambitions, ses envies, son mode de vie et son optimisme contagieux qui (re)donne le sourire à tous ceux qui ne lisent rien que son profil Facebook !

Sa marque c’est La Mygale en Tutu, tout est dit ! :) Si vous partez en vacances sur son île, passez la voir !

Agathe Monnier

Agathe, qui es-tu, que fais-tu ?

Je suis un artisan de 38 ans, je travaille le verre au chalumeau et je crée des bijoux avec les perles que je fabrique moi même.

Comment as-tu atterri à l’Île d’Yeu ? Qu’est ce qui t’a attiré et comment s’est produit en toi le cheminement qui t’y a mené ?

Cela faisait longtemps que j’imaginais quitter Paris. J’ai commencé à vendre mes bijoux sur le marché de l’île d’Yeu l’été en complément de mon activité avec les boutiques, un bon moyen pour concilier vacances, business et soleil !
J’ai commencé à nouer des liens avec des gens d’ici au fur et à mesure et c’est d’abord ces liens humains qui m’ont attaché à ce lieu. Puis ma séparation avec mon chéri de l’époque a fini de me faire larguer les amarres avec Paris… Et mes amis très chers de là bas aussi. C’est ce qui a été le plus difficile d’ailleurs : quitter mes amis de Paris.

La mygale en tutu

C’est comment la vie sur une île au quotidien quand on a créé son activité ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas franchement de temps mort, j’ai des périodes plus calmes, et d’autres très très intenses. A moi de m’organiser et de bien anticiper pour profiter au mieux des beaux jours sur mon lieu de vie !
Je bénéficie en effet, d’un magnifique cadre paisible pour l’inspiration et très dynamisant pour les liens sociaux. D’autre part, je gagne beaucoup de temps et d’énergie par rapport aux transports en commun, à la promiscuité constante et au climat très doux. Sur l’île d’Yeu, tout est organisé pour assurer la continuité administrative et logistique, donc je ne souffre pas de pépins de cet ordre (hormis les mésaventures habituelles évidemment!)

Je bénéficie d’un magnifique cadre paisible pour l’inspiration et très dynamisant pour les liens sociaux

Te verrais tu revenir vivre dans une ville ?… Pourquoi ?

Aujourd’hui, je ne m’imagine pas revenir en ville. Humainement, je trouve que c’est un environnement qui marche sur la tête. La première chose qui m’a frappé en revenant, c’est que tout est organisé autour de l’achat, la consommation. Du coup, maintenant, je m’ennuie en ville. Les gens sont toujours à essayer de gagner quelques minutes en courant après le métro ou en doublant dans les queues. On les retrouve ici l’été et maintenant, leur niveau de tension me saute aux yeux ! De plus, on voit à peine la lumière du jour, le sens collectif est quasi absent, les gens se méfient. Et tout cela est bien compréhensible car en effet, on est constamment sollicité par la nervosité des gens et en tant que fille c’est encore pire… Donc, on se formate.

Comment se développe ton activité depuis sa création ?

Mon activité se maintient bien. Depuis que j’habite à l’ile d’Yeu, je me suis éloignée du réseau des boutiques, ce qui m’a fait baisser mon CA de 30%. Bizarrement, je ne l’ai pas vraiment senti. J’avais même l’impression de vivre mieux… Le coût de la vie est moins cher ici, on a clairement moins de besoins, de tentations, du coup, c’est logique. En plus, j’ai même gagné un atelier que je partage avec 2 autres amies artisans, le bonheur !!!

La mygale en tutu

En vis tu ? As-tu connu des galères ? Même encore aujourd’hui après 6 ans de création ?

Oui je vis de mon métier depuis le départ ! Je suis loin d’être riche mais je n’ai jamais eu de grosses galères à proprement parler. J’ai eu des mésaventures avec des fournisseurs ou l’administration, un ou deux découverts de légende, mais rien qui ait dû remettre en question mon activité. Touchons du bois ! En même temps, j’ai un tempérament prudent et rationnel qui fait que je suis capable de gérer des mauvaises surprises le cas échéant.

Oui je vis de mon métier depuis le départ ! Je suis loin d’être riche mais je n’ai jamais eu de grosses galères à proprement parler

Qu’est ce que tu adores dans ton job que tu n’échangerais pour rien au monde ?

L’indépendance et la tranquillité. La fidélité et l’enthousiasme des gens pour mes créations est une source inépuisable de bonheur pour moi également. Toutes les plus belles aventures que j’ai vécues, c’était grâce à mon job !

Quelle genre d’entrepreneure es-tu ? As tu une discipline, des horaires, un business plan, des objectifs ?

Je pense être une entrepreneuse prudente, rationnelle et carrée. L’aspect « paperasse » est ma seule hantise ! J’aime mettre de la joie dans mes créations et mes rapports aux autres. J’ai une discipline régie par le fait que si je m’en éloigne trop longtemps, mon travail me manque, les idées me travaillent : l’envie et la peur d’être en retard , me poussent au chalumeau ! Je n’ai pas d’horaires, j’ai du mal à les supporter de toute façon ! Je suis bien plus disciplinée si on ne m’impose pas d’horaires à respecter en fait. Pas de business plan non plus. En revanche, à l’ile d’Yeu, au début, ça a été difficile car on tombe toujours sur des amis qui vous proposent de profiter de la journée autrement !!!

J’aime mettre de la joie dans mes créations et mes rapports aux autres

Est-ce que l’intuition joue un grand rôle dans le développement de ta boite ?

Oui. J’ai beaucoup travaillé sur moi pour lui laisser le plus de place possible !! Elle a presque toujours raison, ça je l’ai bien remarqué mais ce n’est pas facile. Les clients qu’on ne sent pas, les nouvelles idées, les nouvelles orientations : il faut faire confiance à son ressenti et la vie nous met sur le chemin qu’on a souhaité s’il est juste. Il faut se laisser faire après !

Quel conseil donnerais-tu à un entrepreneur qui souhaite venir vivre sur ton île ? Y sera t-il bien accueilli ?

A l’île d’Yeu, il y a toujours de la place pour les gens, on est même toujours content d’accueillir de nouveaux habitants qui ont quelque chose à apporter ! Les principaux secteurs d’entrepreneuriat sont l’artisanat, l’agriculture ou les commerces autour du tourisme. En général, on est content de voir de nouvelles personnes s’installer ! Cette année, il y a par exemple, 4 personnes de l’île d’Yeu qui lancent leur activité d’artisanat, dont une qui vient d’arriver ici et une qui revient habiter ici !

La mygale en tutu

Comment expliques-tu ce retour à l’artisanat, au fait-main qui déferle actuellement en France ? Toi-même quel a été ton moteur et te vois-tu faire autre chose un jour ?

Les gens commencent à ne plus être dupes de ce qu’on leur vend au travers d’images lissées et mensongères du marketing. Ils découvrent une réalité violente de surexploitation de l’homme par l’homme. Je crois qu’ils en ont assez qu’on les prenne pour des idiots tout simplement et ont soif de découvrir des savoir-faire authentiques qui apportent une vraie valeur ajoutée à tous les maillons d’une chaîne plus vertueuse et plus humaine, dont ils peuvent faire partie.

Mon moteur fut justement le défi de démontrer par A + B qu’on pouvait vendre un bijou avec une forte valeur ajoutée et se placer dans le secteur de la fantaisie à des prix raisonnables. Tout le monde me disait que c’était impossible de fabriquer et de vendre soi même ! Non mais…

Idéalement, oui, j’aimerais faire autre chose un jour ! J’ai des rêves… plein. Je reste ouverte à mon intuition et aux opportunités de la vie que je saurais reconnaître en temps voulu j’espère !!

Pour l’instant, tout va bien !

Mon moteur fut justement le défi de démontrer par A + B qu’on pouvait vendre un bijou avec une forte valeur ajoutée et se placer dans le secteur de la fantaisie à des prix raisonnables

Et d’ailleurs quels sont tes projets ?

Je n’ai pas vraiment de projet en tant que tel. Je veux travailler sur l’amélioration de la structure de ma façon de travailler pour faire tout ce que j’ai envie de faire, créativement parlant ! Cette année va être révélatrice d’une partie des modifications que j’y apporte ! À suivre !!

La mygale en tutu