« L’entrepreneuriat fait rêver par la liberté de nos choix. Ce que n’offre pas toujours le statut de salarié » Vanessa Kichenin – Saveurs Madras

Photo Colombo par Saveurs Madras

Du soleil, des épices et des saveurs atypiques, c’est le menu du jour avec Vanessa Kichenin, jeune entrepreneure guadeloupéenne dont la passion est de nous faire saliver… Je vous invite à la table de la fondatrice de Saveurs Madras.

Vanessa Kichenin

Bonjour Vanessa qui es-tu et quel est ton parcours ?

Je suis issue d’une famille de restaurateurs. Je n’ai pas rêvé d’être cuisinière car je ne voyais pas souvent mon père M.Joel Kichenin qui était lui même chef cuisinier. Mais j’ai toujours été passionnée et curieuse de connaître les recettes de famille. C’est après avoir obtenu mon Master en Commerce International et après avoir travaillé au sein de différentes entreprises que j’ai souhaité retourner aux sources. C’est tout naturellement que je suis revenue à la cuisine avec une grande envie de faire découvrir les saveurs indiennes de Guadeloupe.

Peux-tu décrire le service que tu proposes ?

Je propose un service de Chef à domicile. Je prépare un menu au domicile de mes clients, je propose des ateliers et des démonstrations culinaires mais aussi des cocktails dînatoires pour professionnels et particuliers.

Comment définirais-tu ta cuisine ?

Ma cuisine est à la fois épicée, colorée et riche en histoire.

Ma cuisine s’inspire de mon histoire et de mes influences indo-créoles et françaises

Quelles sont tes inspirations ?

Mon père et ma grand-mère surnommée « Manman Sico ». C’est elle qui m’a enseigné l’authentique cuisine indienne. Ma cuisine s’inspire de mon histoire et de mes influences indo-créoles et françaises. L’apport des traditions indiennes d’un côté et mon évolution dans un environnement créole et caribéen dans une île française font partie des richesses que j’ai pu acquérir au cours de mes 18 années passées en Guadeloupe.

Qu’est-ce qui t’as poussé à te lancer dans cette aventure en solo ?

Dans un premier temps, c’était pour trouver un sens à ma vie. Transmettre du bonheur à travers mes plats et être heureuse tout autant. En effet, aujourd’hui je suis seule parce que toute ma famille vit en Guadeloupe. Mais c’est sans aucun doute que je les aurais entraînés dans cette aventure. Je sais que mon activité va se développer et que je n’hésiterai pas à me construire une équipe solide et de confiance.

Quelles étaient tes craintes avant de te lancer ?

Ne pas pouvoir vivre de mon activité. Mais malgré tout, j’ai pris le risque et je ne lâcherai rien. Pour cela, je peux compter sur le soutien de mon compagnon et de ma famille. Je crois en mon projet et lorsque je vois le sourire de mes clients lorsqu’ils ont aimé ma cuisine, ça me motive quotidiennement.

Par quelle structure es-tu passée pour monter ton projet ?

Dans un premier temps, j’ai choisi de commencer par une couveuse d’entreprise nommée « Astrolabe Conseil » qui me permet de tester mon activité tout en bénéficiant de leur statut juridique.

Quels étaient tes besoins précis ?

Pouvoir me concentrer sur ma cuisine et me faire aider sur la gestion. Je n’avais pas un gros besoin financier. Étant donné que j’interviens au domicile de mes clients, l’investissement de départ n’était pas élevé. Il me fallait simplement investir dans mon petit matériel professionnel.

Cet accompagnement a t-il été positif ?

Oui complètement, j’ai été suivie tout au long et j’ai pu avoir un regard externe et un retour sur des idées supplémentaires mais aussi sur mes possibilités d’amélioration.

Après 6 mois d’existence, comment se porte Saveurs Madras ?

Je ne peux encore dégager de salaire au bout de 6 mois, il est encore tôt mais je suis sur une belle croissance.

La création d’entreprise est particulièrement médiatisée en France. Cela ne véhicule t-il pas une image idéalisée du parcours d’entrepreneur ?

Idéalisée non car les difficultés ne sont pas cachées, mais c’est vrai que cela fait rêver par la liberté de nos choix. Ce que n’offre pas toujours le statut de salarié.

L’entrepreneuriat fait rêver par la liberté de nos choix. Ce que n’offre pas toujours le statut de salarié

Est-ce que cette expérience correspond à l’idée que tu te faisais de l’entrepreneuriat auparavant ?

Oui plutôt, en fait je me rends compte que tous les membres de ma famille sont des entrepreneurs, pour moi c’est normal de créer son propre emploi et de travailler dur pour ce que l’on a créé.

De même pour la cuisine : à travers les émissions télévisées, les livres, les blogs… la cuisine s’est complètement démocratisée ces dernières années. Les audiences TV de ces programmes le prouvent. Quel est ton regard sur ce phénomène ?

Je trouve que ça donne de la valeur au métier de cuisinier. D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on a attendu autant alors qu’on est bien connu dans le monde pour notre gastronomie quand les Américains ont commencé bien avant nous ces émissions culinaires. Même si cela reste un phénomène de mode, il faut être bien conscient que c’est un métier difficile et que si l’on est pas passionné on ira pas très loin.

Il faut être bien conscient que c’est un métier difficile et que si l’on est pas passionné, on ira pas très loin

En février dernier, tu animais un atelier au Salon de la Gastronomie des Outre-Mer et début mars tu étais également présente au Salon de l’Agriculture. Peux-tu nous en dire plus sur ces expériences ?

Oui en effet, je reviens aussi de la Foire de Paris où j’ai fait une démo culinaire afin de faire découvrir les légumes indiens méconnus. Le public était ravi, j’ai été heureuse de pouvoir répondre à leurs questions, de leur communiquer ma recette et les bienfaits de ces produits. J’apprécie énormément ces moments conviviaux, on peut dire que je m’éclate 😉 Je prends le temps d’expliquer mes recettes et ce partage culinaire me remplit de joie.

Comment souhaites-tu faire évoluer Saveurs Madras ?

J’aimerais développer au maximum les ateliers de cuisine et me déplacer dans la France entière pour faire connaître ma cuisine et son histoire. Je suis aussi à la recherche de partenaires qui pourront m’accompagner, j’en ai quelques-uns qui me font déjà confiance.

Parlons de ton deuxième bébé, le Trophée des Chefs Ultramarins ?

J’ai été très heureuse d’accompagner mon père sur l’organisation de ce bel événement qui a eu lieu le 19 mars 2016 en Guadeloupe. Mon père est à l’initiative de ce concours depuis maintenant plus de 10 ans qui a pour but de réunir les chefs des Outre-Mer afin de valoriser la cuisine de leurs régions respectives. Cela a été un grand moment, j’ai pu rencontrer l’ensemble des chefs, tous très sympathiques et passionnés. C’était un beau moment de partage et de découverte culinaire. Même si c’est une compétition, beaucoup se sont liés d’amitié et ne voulaient plus se quitter. Mon père et moi avons réussi notre pari car c’était aussi transmettre des valeurs humaines avant tout.

Le Trophée des Chefs Ultramarins a pour but de réunir les chefs des Outre-Mer afin de valoriser la cuisine de leurs régions respectives

Un mot sur ta région d’origine la Guadeloupe ?

Ma Guadeloupe encore une fois suite à mon dernier passage au mois de mars, j’ai eu du mal à la quitter, elle a tant de potentiels (culturels, gastronomiques, touristiques…) mais je sais que je reviendrai après mes expériences dans l’hexagone.

Ton message aux lecteurs de Fractale ?

Si vous avez un projet de création, entourez-vous des bonnes personnes, des personnes positives surtout. Allez-y, tentez ! Et si vous êtes déjà dans l’aventure et qu’elle vous passionne, alors poursuivez votre route, elle est souvent faite d’embûches mais aussi de pleins de petits bonheurs. Ne lâchez rien 😉

Si vous êtes déjà dans l’aventure et qu’elle vous passionne, alors poursuivez votre route, elle est
souvent faite d’embûches mais aussi de pleins de petits bonheurs

 

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