« On peut être une startup classique avec une dimension sociale derrière » Meet My Mama

"On peut être une startup classique avec une dimension sociale derrière" Meet My Mama
"On peut être une startup classique avec une dimension sociale derrière" Meet My Mama

Les food startups ont le vent en poupe en ce moment, et pas seulement dans la Food Delivery. En effet la restauration semble aujourd’hui devenu le secteur à disrupter. En cause les loyers élevés, surtout dans les grandes villes, Paris en tête, la pénurie de main d’œuvre dans un métier où les 35h ne sont qu’un rêve, sans oublier les aléas qui perturbent le secteur : attentats, intempéries, baisse du tourisme… Sur lesquels les restaurateurs n’ont pas de prise. Et pourtant c’est un métier qui fait rêver, beaucoup sont ceux, entrepreneurs en herbe, qui souhaitent un jour avoir leur propre restaurant…

Meet my mama

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certains tentent de s’immiscer dans le métier en misant sur l’ubérisation du travail, afin de réduire les coûts, tout en y alliant une dimension humaine et sociale, se rapprochant en cela, de l’entrepreneuriat social. C’est le cas de Meet My Mama, une startup fondée par Donia, Loubna et Youssef, trois entrepreneurs qui se sont rencontrés en septembre dernier alors que leurs projets initiaux étaient très proches « Youssef nous a contactées plusieurs fois et dès notre première rencontre il y a 8 mois, le feeling est passé immédiatement, on devait travailler ensemble« , explique Donia, comme une évidence.

Le feeling est passé immédiatement, on devait travailler ensemble

Car au départ Loubna et Donia, encore étudiantes, à Dauphine pour l’une et Sciences Pô Paris pour l’autre, avaient un projet, Mama Cookin, qui devait « valoriser les talents culinaires des mamans au foyer dans les quartiers, en proposant des ateliers cuisine et un service de traiteur« , alors que Youssef, de retour de voyage découverte en Asie du Sud-Est, voulait de son côté, proposer à des restaurants d’occuper leur espace-temps libre : « une Mama aurait pris les fourneaux, tout en racontant son histoire aux convives, les soirs de fermeture des restaurants partenaires« . Mais voilà, après avoir testé et muri son projet, notamment grâce à Ticket For Change, le destin a réuni les trois compères « les raisons et les valeurs de nos deux projets étaient identiques« .

Les raisons et les valeurs de nos deux projets étaient identiques

Le projet de Donia et Loubna est plus avancé car elles ont été incubées en septembre 2015 à Dauphine, ce qui leur a permis « de réfléchir dessus dans un environnement propice« , et de participer à un Startup Week-end où elles ont « pu tester en grandeur nature le projet« . Leur premier client est d’ailleurs venu de cet event « on a réussi cette première prestation, et ensuite il y a eu un effet boule de neige, d’autres clients sont venus à nous sans qu’on les démarche, ni communication« . En effet, alors qu’avec un traiteur lambda, les invités se contentent de manger, avec Mama Cookin, il y a énormément de questions, de partages sur les réseaux sociaux, d’intérêt pour la Mama qui cuisine. Le côté humain prend toute sa dimension au delà de la simple prestation. C’est ce qui fait encore aujourd’hui la force de Meet My Mama, la startup issue de la rencontre des trois jeunes entrepreneurs.

La mission de Meet My Mama est de « détecter, valoriser et libérer les talents culinaires de femmes au foyer issues des migrations ou réfugiées pour leur donner le pouvoir de s’affirmer grâce à leurs savoir-faire et de promouvoir une vision multiculturelle de nos sociétés dans toute l’Europe« . A la base, « on aimait bien manger et découvrir des cuisines du monde« , explique Youssef, originaire d’Auvergne, monté à Paris pour ses études. « Quand je revenais le lundi avec les plats préparés par ma maman dans des Tupperwares, tous mes proches les attendaient ! Je me suis alors dit que même à Paris les gens ne trouvaient pas tous ces plats, que nous on avait l’habitude de manger depuis notre enfance« .

Quand je revenais le lundi avec les plats préparés par ma maman dans des Tupperwares, tous mes proches les attendaient !

C’est alors devenu important de « mettre en valeur le savoir-faire des Mamas et de sauvegarder ce trésor culturel« . Surtout que beaucoup de Mamas sont « oubliées » dans les quartiers, elles sont mamans au foyer, isolées, ne parlent pas toujours français, coupées de leur famille restée au pays. Meet My Mama leur permet de « retrouver confiance en elles, de s’affirmer, de devenir entrepreneure – elles sont déclarées en tant qu’auto-entrepreneures« , ou de se lancer dans un projet professionnel ambitieux : devenir chef, manager, ou créer leur propre restaurant « chez Meet My Mama on s’adapte aux demandes des Mamas qui travaillent avec nous, on les accompagne sur leur projet mais aussi sur le côté social » explique Loubna. Certaines prennent par exemple des cours de Français payés par Meet My Mama, qui se veut avant tout une entreprise à dimension sociale, plaçant la quête de sens en haut des priorités au quotidien.

« L’important pour nous« , expliquent Youssef et Loubna, « c’est de montrer que les Mamas sont exceptionnelles. Ce sont elles les stars« . Grâce à cette activité, elles sortent de leur situation d’isolement, changent de regard sur elles et certaines deviennent même le principal financier soutien de la famille « ce sont des exemples dans leur quartier » ajoutent-ils.

Les Mamas sont des exemples dans leur quartier

Aujourd’hui Meet My Mama, est incubée par Singa, un réseau « qui nous a permis de comprendre les phénomènes migratoires notamment« , mais « ils nous accompagnent aussi sur la partie business, il y a un effet réseau très important pour nous« . A tel point qu’en quelques mois la société réalise un chiffre d’affaire à faire pâlir d’envie n’importe quelle startup… La rentabilité est présente sur chaque prestation. Des résultats qui permettront aux trois fondateurs de rejoindre l’entreprise à plein temps dès septembre prochain. Le tout sans investissement « notre seul achat de départ a été un couteau de cuisine« , ni budget com’, seulement le bouche à oreilles et « la volonté des Mamas« . « On doit même refuser des prestations, environ une sur deux, tellement on a de demandes. Le projet plait vraiment« . Plus qu’une simple prestation, il y a « la découverte, la rencontre, l’expérience« , associée au volet social, « c’est une startup qui vit avec son temps », car selon Youssef, Loubna et Donia, « les modèles économiques sont en train de se réinventer et évoluer vers plus de sens. C’est toute une tendance qui se met en place« .

Les modèles économiques sont en train de se réinventer et évoluer vers plus de sens