« Le message n’est pas encore suffisamment clair sur le fait que créer une entreprise rentable, cela ne s’invente pas. Cela s’apprend ! » Delphine Boileau-Terrien, fondatrice de Femmes de ChallengeS

"Le message n’est pas encore suffisamment clair sur le fait que créer une entreprise rentable, cela ne s’invente pas. Cela s’apprend !" Delphine Boileau-Terrien, fondatrice de Femmes de ChallengeS
"Le message n’est pas encore suffisamment clair sur le fait que créer une entreprise rentable, cela ne s’invente pas. Cela s’apprend !" Delphine Boileau-Terrien, fondatrice de Femmes de ChallengeS

Le coaching est un job qui semble à la portée de tout le monde à première vue, facile à créer, peu d’investissement financier, une expertise à partager, un réseau et le tour est joué. Si on en croit les success stories qui inondent les events networking… Mais il n’en n’est rien. Comme tout projet entrepreneurial, il nécessite une très forte implication et une bonne dose de persévérance. C’est ce que Delphine Boileau-Terrien a expérimenté avant de lancer Femmes de ChallengeS, un cabinet qui accompagne les femmes à lancer leur projet professionnel et à en vivre. Installée aujourd’hui à Bruxelles, après 10 années d’expatriation, Delphine nous en dit plus :

Delphine Boileau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours professionnel qui vous a mené à Femmes de ChallengeS ?

Je suis Delphine Boileau-Terrien, j’ai 43 ans, expatriée depuis 12 ans (Chine, Etats-Unis et Belgique), maman de deux garçons de 8 et 10 ans et experte auprès des Femmes de challengeS qui sont déterminées à vraiment vivre du job qui leur colle à la peau.

Ce qui m’a mené à Femmes de challengeS a été le fait de vivre à l’étranger, que je veuille vraiment me réaliser professionnellement et être indépendante financièrement. Vivre à l’étranger n’avait jamais été dans mes plans. C’est lorsque j’ai rencontré Laurent, Français qui habitait à Bruxelles, que j’ai décidé de le rejoindre pour que nous vivions ensemble.

J’ai donc quitté mon poste de Responsable ressources humaines dans un cabinet de conseil à Paris. Je n’avais pas compris, alors, que je partais vivre à l’étranger puisque la Belgique est un pays francophone (enfin…pour une partie). Du coup, lorsque je me suis mise à chercher du travail, je me suis heurtée à deux grosses difficultés. Voulant décrocher un poste dans les ressources humaines, il m’était demandé de parler les langues des salariés donc d’être bilingue anglais et néerlandais. Je ne me voyais pas prendre du temps pour apprendre une langue avant de décrocher un poste, cela allait être trop long pour prétendre être bilingue ! De plus, je prenais conscience que je ne voulais plus travailler dans les ressources humaines mais je n’avais pas d’idée claire de ce que je voulais faire…

Cinq mois après avoir démarré ma recherche d’emploi, je ne sortais quasiment plus de chez moi. Je me sentais complètement coincée et ne voyant aucune porte de sortie… C’est à ce moment-là que Laurent a eu une opportunité pour partir à Shanghai. J’ai dit « oui » tout de suite parce que je me suis dit que c’était une opportunité à saisir.

C’est à partir de là que tout a changé positivement puisque mes trois années, à Shanghai, m’ont permis de trouver ce que je voulais faire et de me lancer dans le coaching professionnel. Puis, nous sommes partis aux Etats-Unis et j’avais la ferme intention de vivre de mon entreprise. J’ai fait beaucoup de réseautage localement et au bout de 4 mois, je n’avais aucune opportunité. J’ai eu un moment de découragement parce que je ne vois pas comment avoir des clients si ce n’est localement…

En parallèle, je poursuivais ma formation de coach, à distance, dans une école canadienne. Un des coachs leader a lancé une formation, en ligne, pour aider les coachs à avoir un business en ligne. J’ai compris que c’était une opportunité à saisir. C’est ainsi que le site Femmes de challenges a été lancé en janvier 2011. Deux mois après, j’avais ma première cliente en Australie.

Mes trois années, à Shanghai, m’ont permis de trouver ce que je voulais faire et de me lancer dans le coaching professionnel

Qu’est-ce que Femmes de Challenges, que proposez-vous et à qui ?

Femmes de challenges est un cabinet qui accompagne les femmes francophones dans tous les pays du monde. Ces femmes veulent avoir une vie qui a du sens en contribuant grâce à leur entreprise tout en créant leur indépendance financière. Je les accompagne à trouver le projet qui leur colle à la peau, à trouver des clients afin de vivre vraiment de leur activité puis, je les aide à développer leur entreprise afin qu’elles puissent gagner de mieux en mieux leur vie tout en maintenant leur équilibre de vie.

Comment êtes-vous arrivée à Bruxelles ?

Il y a environ deux ans, lorsque nous étions aux Etats-Unis, j’ai eu envie de rentrer. Cela faisait 10 ans que nous vivions à l’étranger et j’avais envie de vivre dans un pays francophone. Je voulais aussi me rapprocher de nos familles et amis. Bruxelles s’est imposée à nous parce que mon mari y a vécu pendant 8 ans avant de me connaître. J’y aime la qualité de vie. Bruxelles est une capitale à taille humaine avec beaucoup de parcs et de forêts, je trouve que les Belges ont beaucoup de similitudes avec les Américains dans leur côté pragmatique et beaucoup moins anxieux que les Français. Bruxelles est également à 1h30 de Paris, ce qui est très pratique puisque j’y viens régulièrement professionnellement et personnellement.

Ce n’est pas votre première expatriation, qu’est-ce qui vous plait dans ce mode de vie ?

Ce que j’aime dans le fait de vivre à l’étranger, c’est que cela permet vraiment de « think out of the box ». Cela nous confronte à des façons de voir la vie bien différente. Cela nous stimule, nous demande de nous adapter et de nous faire évoluer. Vivre à l’étranger m’a également permis de me révéler à moi-même en créant mon entreprise alors que je n’aurais jamais pensé à cela si j’étais restée en France. Je dirais, pour donner une image, que vivre à l’étranger, c’est comme quitter la maison de ses parents et construire sa propre vie, à soi.

Vivre à l’étranger m’a également permis de me révéler à moi-même en créant mon entreprise alors que je n’aurais jamais pensé à cela si j’étais restée en France

Qu’est-ce que l’expatriation vous a appris sur vous même ?

Vivre à l’étranger a été un vrai cheminement personnel. J’ai énormément appris et j’ai beaucoup changé. Je dirais que j’ai appris que j’ai une bonne capacité d’adaptation et de résilience. Je suis courageuse et je sais faire évoluer positivement les situations qui ne me conviennent pas. J’ai appris à être une maman de deux garçons, j’ai appris à être une dirigeante d’entreprise et appris à construire une belle relation de couple … j’ai appris à être et à découvrir que j’en étais capable.

Seriez-vous prête à revenir en France durablement, ou ce serait compliqué pour vous, votre famille ?

Oui, bien sûr, ce serait tout à fait envisageable. Je ne suis pas à l’étranger pour éviter d’être en France. Si et quand nous penserons que la France est le pays où nous voulons vivre, nous nous y installerons.

Auriez-vous lancé votre entreprise en France ou était-ce plus facile ailleurs ?

En fait, je n’aurais jamais envisagé de lancer mon entreprise si j’étais restée en France puisque, comme je le mentionnais précédemment, le fait de vivre à l’étranger, m’a permis de découvrir qui je suis, ce que je veux vraiment et de me mettre en actionS pour l’obtenir. Lancer mon entreprise a été une réponse à une difficulté que je vivais et que j’étais déterminée à surmonter : j’avais trouvé que je voulais faire du coaching professionnel et j’étais décidée à être indépendante financièrement. A ce moment-là, je n’avais pas vraiment envisagé de monter mon entreprise puisque je pensais qu’on « naissait entrepreneur » ou alors il fallait un entrepreneur dans sa famille ou environnement proche. J’ai pourtant compris que c’était LA solution qui se présentait à moi donc, je me suis prise en main.

Je n’avais pas vraiment envisagé de monter mon entreprise puisque je pensais qu’on « naissait entrepreneur »

Comment vous faites-vous connaitre auprès de vos clients ?

Pour me faire connaître auprès de mes clientes, j’utilise une grande variété de canaux. Je me fais connaître, entre autre, en écrivant des articles sur mon blog que je diffuse ensuite sur tous mes réseaux sociaux. Je fais des conférences en ligne et en présentiel à Bruxelles et à Paris. J’ai des clientes et anciennes clientes qui me réfèrent des clientes également.

Quel est le dynamisme entrepreneurial à Bruxelles ?

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas encore très intégrée sur le marché Belge. Je suis là depuis une année. Le sentiment que j’en ai, aujourd’hui, c’est que le dynamisme entrepreneurial semble similaire avec la France. Il est en forte croissance pour toutes les tranches d’âge et que ce soit pour les hommes et les femmes.

Quels secteurs sont porteurs actuellement ?

Pareil, avec le peu de recul et la compréhension que j’en ai aujourd’hui, je vois beaucoup de similitudes avec la France de façon générale. J’ai également une vue un peu biaisée puisque je suis très focalisée sur les femmes et le secteur des services. Les femmes et le secteur des services, dans sa globalité, sont, de ce que j’en vois, aujourd’hui, autant en expansion qu’en France.

Êtes-vous impliquée dans l’écosystème et comment vous êtes-vous « imposée » ?

Je commence tout tranquillement à m’impliquer en allant à des conférences pour le moment et animant moi-même des conférences. Du coup, je ne peux pas dire que je me sois « imposée », cela va prendre un peu de temps et mon intention est de m’intégrer à cet écosystème parce que j’aime beaucoup l’approche des Belges : pragmatisme, douceur et action.

Quel regard portez-vous sur cette forte envie actuelle de créer son propre emploi, sur mesure ?

Je suis tout à fait heureuse du nombre croissant de femmes et d’hommes qui veulent créer leur entreprise. Personnellement, je pense qu’il est bon de prendre sa vie en main. Si on n’a pas trouvé son bonheur dans le monde de l’entreprise, en tant que salarié, lancer son entreprise est une excellente idée.

Par contre, le message n’est pas encore suffisamment clair sur le fait que créer une entreprise rentable, cela ne s’invente pas. Cela s’apprend ! C’est extrêmement important de passer le message sinon, l’image des entrepreneurs et des dirigeants de PME va rester celle d’une personne qui fait tout et s’épuise pour gagner un revenu qui n’atteint même pas le salaire qu’elle avait en entreprise.

Tout comme nous avons appris à devenir un salarié (ce qu’il fait au quotidien, son rythme de travail, son identité), il en est de même pour être un entrepreneur qui réussit vraiment financièrement.

Le message n’est pas encore suffisamment clair sur le fait que créer une entreprise rentable, cela ne s’invente pas. Cela s’apprend !

Est-ce durable, une réponse au chômage ? Typiquement français ou une tendance mondiale ?

C’est très clairement une évolution qui va s’accentuer et c’est une tendance qui est mondiale. L’internet a apporté une révolution extraordinaire dans l’accès à l’information, la connexion entre êtres humains et dans la façon de se former. Avoir une entreprise, aujourd’hui, quand on est un particulier permet de pouvoir donner accès à ses produits et services à tous ses clients à travers le monde. Nous avons une chance incroyable de vivre à cette époque.

J’ai deux garçons de 8 et 10 ans et, pour eux, c’est normal d’aller travailler en entreprise et c’est aussi normal que d’avoir son entreprise. J’irais même plus loin : ils ont une conception du travail bien plus ouverte que nous à leur âge. Il y a deux ans, un de mes garçons me disait que quand la maîtresse a demandé à un de ses copains ce qu’il voudrait faire comme métier, il a répondu « youtubeur ». Spontanément, j’ai failli répondre que ce n’est pas un métier…heureusement que je me suis retenue…il y a effectivement un nombre incroyable de Youtubeurs qui gagne très bien leur vie !

Selon-vous une société où chacun créerait son propre emploi est-elle envisageable, loin des grandes entreprises qui embauchent des milliers de personnes et font tant rêver les politiques ?

Envisageable, je ne sais pas exactement dans quel sens vous l’entendez. Je dirais qu’une grande révolution est en marche : chacun peut être libre et heureux grâce à son travail ET avoir une vie qui a du sens. Chacun a la possibilité de choisir. Il y a aura des personnes qui préfèrent être salariées toute leur vie, d’autres qui ne voudront l’être qu’une certaine durée de leur carrière, d’autres n’envisageront jamais le salariat. Aujourd’hui, tout est ouvert et cette flexibilité est une vraie chance pour une société. Elle doit être encouragée.

Aujourd’hui, tout est ouvert et cette flexibilité est une vraie chance pour une société

Qu’est-ce qui motive les gens à faire le grand saut, selon votre expérience au travers de Femmes de Challenges ?

LA grande raison, c’est que de plus en plus de personnes veulent avoir une vie qui a du sens dans sa globalité.
Elles veulent manger sans avoir peur de manger une dose hallucinante de pesticides cancérigènes. Elles veulent avoir des relations vraies. Elles veulent passer du temps de qualité avec leur famille et leurs amis. Elles veulent avoir un travail qui leur permet de se sentir utile, à leur place et de pouvoir contribuer à aider/faire du bien aux autres tout en étant financièrement libres.

Est-ce vraiment plus difficile de faire grandir son entreprise quand on est une femme, sachant que les entreprises des femmes sont plus petites que celles des hommes selon les chiffres de l’INSEE ?

Oui, aujourd’hui, c’est plus difficile et je dirais qu’il y a 3 grandes raisons principales.

La première, c’est que les femmes sont beaucoup plus connectées à leurs émotions. Elles peuvent vivre des émotions très positives qui va les amener à soulever des montagnes : rappeler des prospects, être très convaincue et convaincante en parlant de leur activité en public, faire une vidéo pour leur blog…. Lorsqu’elles vivent des émotions négatives, leur confiance en elles retombent très vite et alors, elles ne se sentent plus capable, plus légitime…

La seconde, c’est qu’elles n’ont pas eu de rôle modèle pour leur apprendre à être une entrepreneure qui réussit à faire grandir une entreprise qui leur assure leur indépendance financière.

La troisième, c’est que leur relation à l’argent est également très émotionnelle. Se faire payer, afficher leurs tarifs, donner leurs tarifs, augmenter leurs tarifs, c’est vraiment quelque chose de complexe et compliquer pour elles. Il y a tout un travail à faire en lien avec leur estime personnelle et leur valeur personnelle pour apaiser cette relation à l’argent.

Auriez-vous quelques conseils à donner pour un(e) entrepreneur qui souhaiterait s’expatrier ? Quels pays, parmi ceux que vous avez connus, recommanderiez-vous ?

Je conseillerais, d’abord, de bien réfléchir avant de s’expatrier afin que ce choix s’appuie sur des raisons qui sont justes pour chacun des membres du couple ou de la famille (quand les enfants sont grands). Vivre à l’étranger, c’est une vraie aventure personnelle. C’est exigeant.

Ensuite, concernant l’entreprise, cela va dépendre du niveau de maturité de l’entreprise. Si l’entreprise a déjà des clients en France, il peut être envisageable de continuer à les accompagner à distance. Une fois sur place, je recommande vraiment de construire et structurer la visibilité de son entreprise afin d’avoir des clients localement ET également à travers le monde. Ceci afin de se permettre d’être libre et rassurée que l’on peut quitter le pays sans tout recommencer à zéro.

Je ne saurais recommander de pays pour s’expatrier en tant qu’entrepreneur puisque, pour moi, ce choix doit être d’abord et avant tout guider par la qualité de vie que l’on recherche. Vivre à Shanghai en 2006 doit être bien différent aujourd’hui et, pour être honnête, aujourd’hui, vu le niveau de pollution, je ne recommanderais pas d’y vivre avec des enfants. Vivre aux Etats-Unis, c’est effectivement quelque chose : les Américains ont appris à se prendre en main (ils n’ont pas le choix puisque, par exemple, le système de santé est vraiment très cher). Donc, je dirais qu’il vaut mieux aller en vacances d’abord dans le pays dans lequel on souhaiterais vivre et rencontrer des Français qui y vivent pour se rendre compte des réalités et voir si cela vous convient.

Il vaut mieux aller en vacances d’abord dans le pays dans lequel on souhaiterais vivre et rencontrer des Français qui y vivent pour se rendre compte des réalités et voir si cela vous convient

Quels sont vos projets ces prochains mois ?

Dans les prochains mois, je compte poursuivre mes conférences à Bruxelles, Paris et Londres. Animer des évènements avec mes clientes et anciennes clientes et permettre des rencontres physiques avec les clientes qui suivent mes programmes sont des projets qui m’animent beaucoup en ce moment.