« L’économie sociale et solidaire permet à chacun de mettre en cohérence ses valeurs et son travail » Anne-Charlotte Vivant, fondatrice des reToqués

"L'économie sociale et solidaire est le secteur qui permet à chacun de mettre en cohérence ses valeurs et son travail" Anne-Charlotte Vivant, fondatrice des reToqués
"L'économie sociale et solidaire est le secteur qui permet à chacun de mettre en cohérence ses valeurs et son travail" Anne-Charlotte Vivant, fondatrice des reToqués

Quand on parle d’anti-gaspi à Anne-Charlotte Vivant, fondatrice des reToqués, elle préfère insister sur la démarche de commerce équitable local. Son entreprise – qui produit des snacks sains et responsables, sans huile ni sucre ajouté – au delà de la production de produits de qualité, se fournit en local dans sa région, la Somme auprès de producteurs à qui elle paye le prix juste.

Les reToqués utilisent comme matière première, des fruits et légumes qui ne correspondent pas aux normes de calibrage ou d’esthétique pour la grande distribution mais ont toutes leurs qualités nutritionnelles. Natures ou agrémentés de céréales, des graines, les croustilles peuvent être consommées à chaque petit creux, par toute la famille.

Anne Charlotte nous en dit plus :

Anne-Charlotte Vivant

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est quoi Les reToqués ?

Les reToqués, ce sont des snacks sains, sympas et solidaires, pour que chacun puisse se faire du bien en faisant le bien autour de lui.

D’où est née l’idée et qu’est ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Ingénieur agronome, j’ai passé 13 ans dans un monastère. J’ai quitté le monastère avec la conviction qu’il y avait une valeur profonde dans chaque homme et dans les biens qui, trop souvent, n’était pas mise en lumière, et que peut-être il était plus urgent aujourd’hui de créer des entreprises qui révéleraient ces valeurs, plutôt que de créer de la valeur. J’ai alors contacté les producteurs locaux en leur disant « je souhaite monter un projet qui associe valorisation de vos productions déclassées et insertion professionnelle, êtes-vous intéressé ? » Un producteur de pomme a été enthousiasmé par cette vision de l’entreprise et a décidé d’aider le projet à voir le jour, le projet était lancé.

J’ai quitté le monastère avec la conviction qu’il y avait une valeur profonde dans chaque homme et dans les biens qui, trop souvent, n’était pas mise en lumière

Pourquoi avoir choisi le statut d’association ? Et l’embauche de contrats de réinsertion ?

Les reToqués n’ont plus un statut associatif aujourd’hui.

Nous avons lancé le projet avec un statut associatif. Cette association (qui s’appelle aujourd’hui Valo’Valois) a pour objet « le soutien aux initiatives de valorisation des personnes et des biens ». Elle a initié le projet des reToqués qui est maintenant en SASU. L’association, constatant la problématique de l’accès à des locaux et à du matériel professionnel, pour les personnes du territoire souhaitant transformer des productions maraîchères a décidé de mettre en place un local qui sera mis à disposition des reToqués mais aussi d’autres projets portés sur le territoire. Elle portera également des actions de sensibilisation pour le grand public. Le statut associatif nous a permis de fédérer des bénévoles autour de nos valeurs et de financer par des dons, les outils que l’association mettra à disposition des différents projets.

Quel est votre parcours qui vous a mené à Les reToqués ?

De formation ingénieur agronome, issue du milieu agricole, j’ai passé 13ans dans une communauté religieuse que j’ai quittée pour des raisons de santé. Durant mon arrêt de travail, j’ai fait des MOOC d’entrepreneuriat social et j’ai par la suite décidé de monter le projet imaginé dans ce cadre. J’ai alors démissionné de mon poste d’ingénieur de recherche pour m’y consacrer à plein temps.

Durant mon arrêt de travail, j’ai fait des MOOC d’entrepreneuriat social et j’ai par la suite décidé de monter le projet imaginé dans ce cadre

Vivez-vous de votre activité aujourd’hui et comment avez-vous financé le projet ?

Non, je n’en vis pas encore ! Pour l’instant ce sont les allocations de Pôle Emploi qui me permettent de vivre tout en montant le projet. Les investissements nécessaires seront en grande partie portés par l’association qui a eu des fonds via une campagne de crowdfunding, des récompenses à des concours (Défi Solidaire) et des dons de fondations.

Où vous fournissez-vous et comment avez-vous convaincu les producteurs de vous suivre sur ce projet ?

Pour l’instant je me fournis auprès du producteur qui a signalé dès le départ son intérêt pour ce projet. Sachant que je me place dans une démarche de commerce équitable local et que je souhaite payer ces productions à un tarif supérieur à ce que fait l’industrie aujourd’hui, il n’est pas difficile de les convaincre !

Où sont distribués vos snacking ? Où peut-on les acheter ?

Aujourd’hui en vente directe à Crépy, sur quelques marchés événementiels, bientôt à La Ruche qui Dit Oui de Crépy, et en vente en ligne. Dès que le labo sera mis en place nous travaillerons à une commercialisation plus large.

Quels sont vos objectifs sur ces prochains mois ?

Boucler la packaging et lancer la commercialisation du produit. Me payer ! Et embaucher un premier employé.

Pourquoi avoir postulé à Ticket for Change et qu’est ce que cela vous a apporté par la suite et sur le long terme ?

Pour faire partie d’une communauté dynamique et avoir des conseils pour me lancer. Ça m’a apporté un boost d’énergie énorme et une plus grande confiance dans mon projet, du réseau, et la possibilité d’avoir des regards extérieurs bienveillants et constructifs. Hyper précieux !

Ticket for Change m’a apporté un boost d’énergie énorme et une plus grande confiance dans mon projet

Quels sont les obstacles que vous rencontrez principalement depuis le lancement ?

La créativité doit rentrer dans le cadre de la législation et le timing administratif ou de partenaires qui n’ont pas le même tempo… pas toujours facile à gérer !

Comment faites-vous pour vous faire connaître ? Quelle est votre stratégie marketing et commerciale ?

Pour l’instant je communique via les réseaux sociaux, et je crois que c’est la participation à de nombreux concours et événements ESS qui ont contribué à faire connaître le projet. Nous n’avons pas encore réellement de stratégie…

Qu’est ce qui vous motive dans l’entrepreneuriat, pourquoi ce chemin plutôt que le salariat ? Quel est votre moteur au quotidien ?

Faire naître un projet que je porte en moi et qui correspond à ma vision de la vie, aider le monde à tourner un peu plus rond.

Votre plus grande fierté aujourd’hui ?

Que des chefs (cuisiniers) soient enthousiasmés par le produit ! Parce que je veux que le produit soit bon, il ne s’agit pas que les clients fassent une BA en l’achetant, mais de montrer qu’on peut produire de bons produits de façon responsable.

Il ne s’agit pas que les clients fassent une BA en l’achetant, mais de montrer qu’on peut produire de bons produits de façon responsable

Comment voyez vous l’avenir de l’économie solidaire en France ?

C’est, selon moi, le secteur qui permet à chacun de mettre en cohérence ses valeurs et son travail, et nous aspirons tous à vivre unifié… donc je pense que l’ESS va se développer parce que le monde en a besoin mais aussi parce que chacun d’entre nous en a besoin !

On voit de plus en plus d’entreprises se lancent dans l’anti-gaspillage comme vous, est-ce une mode ? Ou l’avenir ?

Je ne dirai pas que je fais de l’anti-gaspillage d’abord, je fais d’abord du commerce équitable local pour payer équitablement des productions qui ne le sont pas aujourd’hui. C’est pour moi la seule façon de reconnaître le travail fait par les producteurs, mais aussi de lutter efficacement contre ces pertes aux champs. L’anti-gaspi est la conséquence directe de cette démarche.

D’une certaine façon, oui, je pense que c’est une mode, mais une mode bienvenue ! Mais attention, un jour il sera reconnu que ces produits gaspillés ont une valeur et ne seront plus traités comme des déchets mais comme des matières premières. C’est super mais si le business model est basé sur une « récupération à bas prix » de ces gisements ils ne pourront pas tenir…

Un jour il sera reconnu que ces produits gaspillés ont une valeur et ne seront plus traités comme des déchets mais comme des matières premières

Que faut-il pour se lancer ? Un conseil à donner à un entrepreneur qui aurait ce projet ?

Y croire au plus profond de soi (pas sur la forme du projet, mai sur le fond).. et être entouré (Merci Ticket!!!)

Se demander tout le temps: « qu’est ce que les autres attendent (les bénéficiaires, les clients)? » plutôt que de se figer sur une forme fantasmée du projet…