« Le secteur du grocery delivery est encore très ouvert, au contraire du food delivery » Pierre Mainguet, cofondateur de Au Pas de Courses

"Le secteur du grocery delivery est encore très ouvert, au contraire du food delivery" Pierre Mainguet, cofondateur de Au Pas de Courses
"Le secteur du grocery delivery est encore très ouvert, au contraire du food delivery" Pierre Mainguet, cofondateur de Au Pas de Courses

Alors que le marché du food delivery semble prêt à saturer sur Paris, celui du grocery delivery attire encore peu d’acteurs. Les grandes enseignes, telles que Monoprix se font pour le moment la part belle du secteur. Mais c’est sans compter sur un petit nouveau, Au Pas de Courses, créé par Pierre Mainguet et Nicolas Nebout il y a quelques mois. La jeune startup propose de livrer les courses des habitants de la capitale en se servant directement chez les commerçants de quartier. Une initiative qui mise à la fois sur le service aux particuliers, mais aussi sur le local pour redynamiser les petits commerces. L’activité est disponible seulement sur Paris pour le moment mais devrait s’étendre à la banlieue et pourquoi pas à la Province prochainement.

Pierre a répondu à nos questions :

au pas de course

C’est quoi Au Pas De Courses ?

Au Pas De Courses, c’est un service de commande et de livraison de produits frais et artisanaux. La particularité, c’est que nous travaillons quartier par quartier avec des artisans commerçants de qualité. Les utilisateurs de notre service peuvent ainsi commander, au même prix qu’en magasin, les produits qu’ils aiment chez leur boucher, boulanger, caviste ou poissonnier de leur quartier. Toute commande passée avant 15h peut être livrée le soir même entre 17h et 21h, dans des créneaux de 45 minutes. Rapide et pratique, nos clients commandent en une fois et se font livrer sans avoir à attendre le livreur toute la soirée.

Les utilisateurs de notre service peuvent commander, au même prix qu’en magasin, les produits qu’ils aiment chez leur boucher, boulanger, caviste ou poissonnier de leur quartier

D’où est née l’idée ?

L’idée a germé au printemps 2014. A cette époque, j’aidais ma fiancée dans son coffee shop sans gluten, Thank You My Deer. Elle avait besoin de trouver de bons produits frais de saison mais il était difficile de trouver cela chez les gros distributeurs. Je suis allé frapper à la porte des commerçants de son quartier qui ont accepté de travailler avec elle. A leur contact, j’ai appris à connaitre les pratiques, le fonctionnement et les contraintes des commerçants indépendants. J’ai voulu les mettre en relation avec d’autres restaurants, mais cela s’est révélé assez compliqué. Nicolas, avec qui je discutais depuis quelque temps, est venu avec l’idée de la livraison à domicile pour les particuliers. Cela nous a paru être une meilleure idée, et nous nous sommes donc lancés.

Quel est votre parcours professionnel avant la création de cette startup ?

Je suis ingénieur en génie mécanique à l’origine, mais je n’ai que très peu travaillé en industrie. J’ai passé 7 ans dans un petit cabinet de conseil en stratégie parisien, pour lequel je travaillais essentiellement sur du développement de nouveaux services ou de nouveaux marchés à l’international. Nicolas quant à lui à une formation commerciale et est passé par le conseil en achat pour de grands groupes. Il a ensuite monté une structure où il a incubé plusieurs projets pour le compte de clients, dont celui du food truck Senor Boca.

Quelles sont les valeurs véhiculées par votre entreprise ?

Si je devais le résumer en 2 mots, ce serait Proximité et Passion. Nous cherchons à mettre en avant les vrais acteurs du local en ville: des hommes et des femmes qui se lèvent tous les matins pour proposer des produits qui ont du goût, qui possèdent un véritable savoir faire et qui aiment transmettre leur passion du métier. Dans notre quotidien, nous sommes très proches d’eux pour les accompagner sur ce nouveau marché: nous échangeons en permanence sur les produits, sur les idées d’amélioration … Nous leur devons beaucoup et ils rendent notre quotidien passionnant.

Nous cherchons à mettre en avant les vrais acteurs du local en ville

Comment avez-vous financé le lancement ?

Nous avons investi notre argent personnel dans ce projet. Les investissements initiaux étaient relativement faibles car nous voulions faire par nous même et toucher ainsi à tous les aspects afin de connaitre notre business sur le bout des doigts. Nous avons la chance d’avoir pu développer le site en interne, et nous ne sommes jamais à court d’idées pour faire beaucoup avec peu. Il faut cependant trouver dès à présent des financements pour passer à la vitesse supérieure.

Quel est votre modèle économique ? Quand pensez-vous le rentabiliser ?

Nous faisons payer la livraison aux clients ponctuels, celle ci étant gratuite pour les clients fidèles. Par ailleurs, nous touchons une commission sur chaque vente. L’activité de livraison est une activité qui couvre très rapidement les coûts opérationnels. L’enjeu est alors d’augmenter le volume de clients par zone tout en optimisant continuellement nos processus de fonctionnement, pour pouvoir réinvestir.

L’activité de livraison est une activité qui couvre très rapidement les coûts opérationnels

Comment votre service est il accueilli par les partenaires et les clients potentiels depuis son lancement ?

Le service est très bien accueilli par les clients et les commerçants partenaires. Les commerçants sont très satisfaits de notre travail, car nous faisons leur promotion sur Internet et en physique. Ils ressentent par ailleurs le besoin d’innover pour satisfaire leur clientèle, et ils accueillent volontiers une initiative mutualisée entre plusieurs commerçants comme la notre. Les familles sont les clients qui plébiscitent le plus notre service car ce sont eux qui en ont le plus besoin. Plus généralement, les consommateurs sont de plus en plus à la recherche de goût, de produits de qualité mais le mode de vie citadin les empêchent aujourd’hui de profiter de la richesse alimentaire de leur quartier. Nous sommes là pour leur faciliter la vie.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres de votre progression depuis la création ?

Nous sommes encore aujourd’hui une activité toute jeune, mais nous réalisons déjà une dizaine de livraisons par soir, et notre base clients croît fortement depuis le lancement. Nous sommes déjà en train de planifier l’ouverture de nouveaux quartiers dans les 6 prochains mois.

Selon vous n’y a t-il pas un encombrement sur le marché du Food Delivery à Paris ?

Il faut bien distinguer deux marchés sur le food delivery à Paris: celui de la livraison de plats (de restaurants ou en “kit”) et celui de la livraison de courses alimentaires. Ce sont deux marchés très différents en termes d’approches et de fonctionnement. Celui de la livraison de plats commence à être effectivement bien saturée avec les Allo Resto, Resto In, Toktoktok, Foodette, Deliveroo, TakeEatEasy ou autres FoodCheri. Sur la livraison des courses alimentaires, c’est encore très ouvert car on ne retrouve aujourd’hui que des acteurs “centralisés” comme Monoprix, Ooshop ou Mon-marché.fr. Il y a très peu d’acteurs fonctionnant en réseau sur la livraison: il y a nous avec nos petits commerçants au centre du dispositif, on voit apparaitre de petit Instacart français avec leur personal shoppers, et des acteurs comme La Ruche Qui Dit qui essayent de développer une offre de livraison. Sur ce segment, il y a donc à mon avis beaucoup à faire.

Sur la livraison des courses alimentaires, c’est encore très ouvert car on ne retrouve aujourd’hui que des acteurs “centralisés”

Qu’apportez-vous de plus ou différent par rapport à tous les acteurs du secteur sur Paris ?

Notre différenciation, ce sont nos commerçants partenaires et notre approche par quartier.

Nous cherchons à valoriser le rôle d’intermédiaire que jouent ces acteurs. Aujourd’hui, c’est un mot très péjoratif “intermédiaire”. Pourtant c’est un travail important de sélection, de valorisation, de préparation que nos artisans commerçants réalisent. Plus nous travaillons avec eux, et plus nous nous rendons compte qu’ils sont détenteurs d’un savoir faire incroyable et que, comme les petits producteurs, ils sont primordiaux dans la valorisation du patrimoine culinaire français et dans l’introduction de nouvelles saveurs en provenance du monde entier. Nous cherchons à les valoriser dans leurs quartiers car c’est là qu’ils ont un rôle à jouer pour renforcer les liens entre habitants.

Allez-vous vous déployer sur d’autres villes ? Ou bien la province ne semble pas réceptive à ce genre de service ?

Nous n’en sommes qu’au début mais nous ambitionnons d’étendre le service au Grand Paris et nous lancer dans d’autres villes comme Lyon, Bordeaux, Lille, … car notre modèle est bien adapté à des centres urbains très denses. Il faudra l’adapter pour nous positionner sur des zones moins peuplées que ce soit sur le modèle logistique, en utilisant d’autres moyens de livraison, ou sur l’offre, en intégrant des producteurs en direct au delà des artisans commerçants. Le marché pourrait même s’avérer être européen, puisque des sociétés au positionnement identique sont actives à l’étranger, comme Hubbub en Grande-Bretagne.

Y a-t-il encore de la place sur le secteur ou pensez-vous que nous allons assister à un regroupement des acteurs ?

Sur le segment du food delivery de restaurant, la concurrence s’intensifie. Il ne serait pas surprenant de voir des rachats très prochainement ou des sociétés disparaitre. Sur le grocery delivery, il est encore un peu tôt pour une concentration des acteurs.

Sur le grocery delivery, il est encore un peu tôt pour une concentration des acteurs

Qu’est ce qui compte plus que tout sur ce secteur pour faire connaitre son service ?

Ce qui compte, c’est de bien faire son travail. Nos commerçants et nos clients ne nous recommanderont que si nous nous investissons à 100% pour offrir le plus grand choix et le meilleur service. C’est donc un long travail mais un travail en accord avec notre philosophie centrée sur le local et l’humain.

Sur quoi misez-vous pour vous faire connaitre en priorité ?

Nous misons sur le bouche à oreille pour nous faire connaitre. Cela se fait via nos commerçants qui parlent de nous à leurs clients ou via nos clients fidèles qui en parlent à leurs proches. Nous sommes également très présents dans le quartier pour parler de notre service lors d’évènements ou de distribution de flyers à la sortie des commerçants le dimanche. Nous essayons d’avoir la communication la plus locale possible.

Comment expliquez-vous que les hypermarchés aient finalement abandonné la livraison à domicile au profit du drive ?

Les grands groupes n’ont pas abandonné la livraison à domicile dans les centres urbains: toutes les enseignes du groupe Casino proposent cette option, Carrefour est présent avec Ooshop, Cora via Houra.fr et Auchan est très agressif sur ce segment avec Simply Market. Le développement de cette offre a été particulièrement prononcé au premier semestre 2015. Dans les zones moins denses, le drive a été privilégié même si cet été j’ai pu voir des camions de livraison dans le massif de la Chartreuse! Il faut néanmoins noter que ces activités ne sont aujourd’hui pas rentables et que le drive est loin d’être un modèle parfait, du fait notamment de la cannibalisation du segment de clientèle des hypermarchés. Par ailleurs, les grands groupes ne font que répliquer leur modèle sur ce marché en suivant la demande. Ils ne remettent pas en cause leurs organisations centralisées, et ont donc peu de chance de révolutionner ce secteur.

Est-ce que des géants comme Amazon ou Uber peuvent s’imposer sur ce marché ?

On parle depuis plus d’un an de l’arrivée d’Amazon Fresh en France. Uber a plusieurs projets en cours aux États-Unis mais je crois que sur son core business en Europe, il y a encore beaucoup de dossiers à traiter avant d’envisager la livraison de course à domicile à grande échelle. Parmi les grands acteurs digitaux, je crois plus en Amazon qui bénéficie d’une excellente image auprès des Français et qui a un vrai savoir faire logistique. Mais de nouveau, c’est un acteur centralisé qui fera surtout du mal aux grandes enseignes s’il se positionne sur le marché français. Pour nous son arrivée serait même une aubaine, car ils pourraient développer le marché de manière spectaculaire, et nous pourrions bénéficier de l’aspiration.

Parmi les grands acteurs digitaux, je crois plus en Amazon qui bénéficie d’une excellente image auprès des Français et qui a un vrai savoir faire logistique

Quels sont vos objectifs et projets ces prochains mois ?

Tous nos efforts sont tournés vers une amélioration continue de notre service et la croissance de notre base client. Ce n’est pas de la croissance pour la croissance, c’est primordial pour nous, afin de crédibiliser notre modèle et permettre de bénéficier de quelques effets d’échelle. Pour cela nous avons besoin de ressources, de nouvelles têtes pour nous accompagner dans cette formidable aventure et des financements pour nous permettre de saisir les nombreuses opportunités à notre portée.