« Intégrer la notion de développement durable au sein de l’économie, l’humain et l’écologie est pour nous une évidence » Leslie Faggiano, cofondatrice de Symbiosphère

"Intégrer la notion de développement durable au sein de l'économie, l'humain et l'écologie est pour nous une évidence" Leslie Faggiano, cofondatrice de Symbiosphère
"Intégrer la notion de développement durable au sein de l'économie, l'humain et l'écologie est pour nous une évidence" Leslie Faggiano, cofondatrice de Symbiosphère

Symbiosphère est l’une de ces entreprises qui agit pour changer le monde au quotidien. Symbiosphère est une Scop (société coopérative et participative) qui propose aux particuliers, collectivités, entreprises et associations de contribuer à la préservation de la biodiversité locale. L’étalement urbain est souvent synonyme de perte d’habitats pour de nombreuses espèces animales et végétales. Symbiosphère apporte une réponse à cette véritable « crise du logement » en proposant des refuges en bois conçus pour restituer des lieux de vie favorables à cette biodiversité menacée.

Fondée en début d’année par un docteur en écologie (Leslie FAGGIANO), un ingénieur environnement (Yann LE PORTAL) et un menuisier qualifié (Pierre LE PORTAL), Symbiosphère commence à s’imposer en Haute-Garonne auprès des professionnels, collectivités et particuliers.

Leslie nous en dit plus :

Leslie FAGGIANO

C’est quoi Symbiosphère ?

Symbiosphère est une SCOP (société coopérative et participative) proposant d’accompagner les particuliers, entreprises et collectivités dans l’amélioration de la biodiversité locale. Pour cela, nous fabriquons dans notre atelier de menuiserie à Fonsorbes une grande diversité de refuges en bois conçus pour héberger les espèces animales présentent sur l’ensemble du territoire Français (nichoirs à oiseaux et à chauve-souris, gîte à insectes, refuges à petits mammifères, à reptiles, à amphibiens, etc.). Nous proposons de plus, toute une gamme de services pour les collectivités et les entreprises. Par exemple, nous proposons pour les entreprises engagées dans une démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) désireuses d’améliorer la biodiversité autour de leurs infrastructures : la pose de nos refuges, la formation des salariés, la réalisation de panneaux de communication, l’aménagement d’espace de convivialité pour les salariés (aire de pique-nique, jardin potager etc.)

D’où est née l’idée et comment l’avez vous mis en place ?

La structuration du projet est liée à la conjonction de nos expériences : deux professionnels de l’écologie (Leslie FAGGIANO & Yann LE PORTAL) et un menuisier qualifié (Pierre LE PORTAL). Un des axes majeurs de réflexion était de développer une activité en coopération permettant de concilier un travail intellectuel et manuel. Notre goût pour le relationnel et pour la transmission de savoir vers la société civile (particuliers, collectivités et entreprises) est un élément essentiel de l’offre proposée par Symbiosphère, qui permet l’efficacité des actions mises en place. De plus, nous avions à cœur de travailler autrement, c’est-à-dire, de s’inscrire dans l’économie sociale et solidaire et de faire de la coopération au sein de l’entreprise, un moteur de développement aussi bien personnel que professionnel. Intégrer la notion de développement durable au sein de l’économie, l’humain et l’écologie est pour nous une évidence.

Nous nous sommes engagés pleinement dans le montage de notre projet en janvier 2014. Nous avons par la suite, sollicités deux associations d’aide à la création d’entreprises (l’ARCEC et BGE) pour nous aider à réaliser l’étude de marché et l’analyse financière de notre projet. En avril 2014, nous avons de plus intégré le parcours de formation ADRESS, financé par Toulouse métropole, qui vise à aider les porteurs de projet de l’économie sociale et solidaire. Nous avons pu finaliser notre étude de marché, mettre en place un plan de communication et initier notre plateforme internet grâce à ce dispositif.

Enfin, il est à noter que nous étions en contact avec l’Union Régionale des Scop depuis le début du montage de notre projet et que ses délégués nous ont aidés à finaliser l’analyse financière, à trouver des financements et à rédiger les statuts de notre Scop (dépôt officiel des statuts en décembre 2014).

Intégrer la notion de développement durable au sein de l’économie, l’humain et l’écologie est pour nous une évidence

Quel est votre parcours qui vous a mené à cette création ?

Symbiosphère a été créée à partir des compétences croisées des trois cocréateurs et il convient donc d’expliquer nos trois parcours :

1. Leslie (Gérante-associée)

Après l’obtention d’un master 2 (en 2007) en analyses des données biologiques et écologiques, j’ai intégré le programme de recherche Européen Keybioeffects en tant que doctorante. Durant trois années (2007 à 2010), j’ai été basée à l’université de Girona dans le nord-est de l’Espagne mais j’ai aussi réalisé plusieurs séjours à l’étranger, accueillie par des équipes partenaires du projet. Ces expériences m’ont permis de développer de très bonnes capacités d’adaptation et de communications (orale et écrite) ainsi qu’un gout prononcé pour le relationnel et le travail collaboratif. En avril 2013, j’ai intégré la même structure que Yann Le Portal, dans le but de travailler en collaboration avec celui-ci sur différents projets d’incitation à la réduction d’utilisation des produits phytosanitaires en direction des collectivités. Cette collaboration de huit mois avec Yann s’est révélée extrêmement enrichissante et a permis de révéler une très bonne complémentarité de nos profils et de nos compétences.

2. Yann (associé)

Passionné par la nature de puis l’enfance, j’ai orienté mon parcours professionnel vers la préservation de l’environnement. Suite à l’obtention de mes deux diplômes de Master, dont l’un réalisé à l’ENSAT (Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse), j’ai cherché du travail dans le secteur de l’environnement. Durant ces 7 mois de recherche active, j’ai travaillé à la création d’une marque de jouets que je réalisais dans l’atelier de menuiserie de mon frère, Pierre Le Portal. Le travail du bois est une activité que je pratique beaucoup et que j’affectionne. En 2009, j’ai intégré une FREDON en tant qu’ingénieur en environnement. Mes missions comprenaient les mesures de qualité, la formation/prévention, la réalisation de diagnostic communal et l’animation de conférence/débats.

3. Pierre (associé)

J’ai obtenu mon Brevet Professionnel d’atelier en 2005 et réalisé différentes missions d’intérim durant les cinq années suivantes. En 2009, je suis devenu auto-entrepreneur et ai réalisé différentes prestations de services pour une association d’aide à l’auto-construction de maisons à ossature bois. Entre 2010 et 2012 j’ai réalisé différents décors de scénographie évènementielle. De plus, j’ai été un membre actif du collectif d’artiste Mix Art Myrys de 2007 à 2014 date à laquelle je me suis consacré à Symbiosphère.

Est-il important pour un entrepreneur d’avoir un mentor ?

Symbiosphère a deux parrains, un ancien et un actuel membre de l’URSCOP Midi-Pyrénées. Ces personnes nous ont donné un cap à tenir et nous leur devons beaucoup. Néanmoins, nous pensons que c’est avant tout notre dynamisme et notre envie qui nous ont permis de tenir ce projet.

C’est avant tout notre dynamisme et notre envie qui nous ont permis de tenir ce projet

De fréquenter un réseau ?

Nous avons intégré le mouvement associatif toulousain très tôt dans notre projet et c’est bien ce réseau et celui par la suite des Scop qui nous ont donnés nos premiers clients et ont permis l’amorçage de notre activité. La mise en réseaux est essentielle à nos yeux et doit commencer bien avant le démarrage de l’activité.

Avez vous rencontré des galères et comment les avez-vous gérées ?

Nous avons dû faire face à la lenteur de certains organismes de financement et à la lourdeur de leurs procédures pour l’attribution des prêts. Il est à noter que dans notre cas nous avons fait appel à trois financeurs extérieurs et qu’ils sont tous dépendants les uns des autres pour le déblocage des fonds.

Nous avons fait le pari d’ouvrir les portes de Symbiosphère avant le versement de nos prêts et de nous débrouiller avec notre capital social et la contribution économique de nos proches. Le premier versement de prêt date du mois de juillet soit 7 mois après le début de notre activité.

Nous avons fait le pari d’ouvrir les portes de Symbiosphère avant le versement de nos prêts et de nous débrouiller avec notre capital social et la contribution économique de nos proches

Quels sont vos plus beaux moments depuis le début du projet ?

Nous aurions envie de dire tous car nous avons énormément de plaisir à travailler ensemble au quotidien et à gérer les bons moments comme les moins bons en coopérateurs. Plus précisément, les meilleurs moments sont sûrement les encouragements de nos clients face à ce projet qui fait sens et leur émerveillement face à la découverte de la vie de la faune de leur jardin.

Quelles sont les valeurs portées par Symbiosphère ?

Agir pour participer à la sauvegarde de la biodiversité à l’échelle du territoire sur lequel nous vivons et sur lequel vivront nos enfants en appliquant les principes d’un développement durable fort.

Développer des emplois stables autour de Toulouse dans le cadre de l’économie sociale et solidaire (ESS) et dans la protection de l’environnement.

Créer du lien entre les hommes (partenariats avec des acteurs et fournisseurs locaux), entre les hommes et l’environnement (formation et éducation à l’environnement) et fournir des refuges en bois pour la biodiversité menacée.

Respecter les principes démocratiques dans la Scop et développer une activité équitable pour tous les hommes et les femmes qui y participent.

Créer une activité au service des hommes et de leur espace de vie dans un intérêt commun. Une activité qui nous ressemble, dans laquelle l’homme est au cœur de l’entreprise.

Comment avez vous été accueillis lors du lancement ? Et aujourd’hui ?

On peut vraiment parler de lancement à partir du mois d’avril 2015 date à laquelle nous avons fait notre inauguration. En effet, nous avons eu besoin de temps pour installer un atelier de menuiserie fonctionnel et pour produire nos premiers refuges. Cette inauguration à été un réel succès (plus d’une centaine de personnes) grâce à la mobilisation de notre réseau et de celui de nos partenaires. Aujourd’hui où nous sommes en contact direct avec les particuliers sur différentes foires (foire bio, foire de Noël, marché artisanaux etc.) l’accueil est toujours enthousiaste et de nombreux clients n’hésitent pas à nous encourager dans le développement de notre activité.

Comment avez-vous financé l’activité ?

Nous avons commencé à assurer l’aménagement de notre atelier de menuiserie grâce au capital social que nous avons tous les trois investi ainsi qu’avec l’aide de nos proches. Nous avons émis 1650 titres participatifs (pour un montant nominal de 10€) dont une grande partie de la rémunération aux porteurs dépend des résultats de l’entreprise. La confiance de nos proches a été un vrai facteur de satisfaction pour nous et nous a permis de ne pas attendre les financeurs pour enclencher notre activité.

Nous avons reçu les fonds de Midi-Pyrénées Active au mois de juillet et ceux de l’URSCOP (SOCODEN) au mois d’aout pour financer nos besoins importants en trésorerie. Le prêt souscrit auprès du Crédit coopératif nous sera versé très prochainement (nous avons volontairement retardé ce versement) et sert à financer nos besoins en industrie.

La confiance de nos proches a été un vrai facteur de satisfaction pour nous et nous a permis de ne pas attendre les financeurs pour enclencher notre activité

Où en êtes-vous dans le développement commercial et financier ?

Concernant la vente de nos produits, nous sommes en phase de test en grande distribution jusqu’au mois de février. Nous répondons de plus, à des appels d’offres émis dans le cadre de mesures compensatoires pour la fourniture de nichoirs spécialisés. Nous développons en parallèle notre prospection commerciale en direction des entreprises impliquées dans une démarche RSE. Le chiffre d’affaire est en constante évolution mais ne nous permet pas encore de nous salarier à temps plein.

Quelles sont vos stratégies marketing pour vous faire connaitre ?

Nous sommes actifs dans de nombreux réseaux d’entrepreneurs sociaux notamment dans le but de toucher les entreprises qui constituent une partie de notre clientèle. Nous distribuons de nombreux flyers à destination des particuliers dans des lieux où nous savons que notre segment de clientèle est majoritaire.

Notre stratégie pour augmenter la visibilité de notre site web est en perpétuelle évolution. Nos efforts portent essentiellement sur le référencement, le graphisme, le design et la communication notamment à l’aide de la présence de Symbiosphère sur plusieurs réseaux sociaux.

Enfin, nous sommes présents sur de nombreux événements associés à la nature principalement en Haute-Garonne.

Comment selon vous, le savoir-faire français, tel que le vôtre peut-il s’imposer dans la nouvelle économie ? N’est il pas insuffisamment mis en valeur au profit des technologies ?

Les consommateurs sont de plus en plus sensibilisés à la conservation du savoir-faire en France (avec notamment la problématique de l’emploi) et à la qualité des produits issus du travail des artisans. Le fabriqué en France est désormais devenu un argument de vente non négligeable et, nous le pensons, peut s’imposer face à la concurrence étrangère à bas coût. Les progrès apportés par les nouvelles technologies sont une source d’inspiration pour nous et peuvent être intégrés à notre savoir-faire (exemple : caméra autonome dans un nichoir).

Les consommateurs sont de plus en plus sensibilisés à la conservation du savoir-faire en France et à la qualité des produits issus du travail des artisans

Pourquoi êtes-vous devenu entrepreneurs ?

Nous voulions créer une activité qui nous ressemble et qui corresponde aux valeurs que nous défendons au quotidien à titre personnel. La valeur la plus forte étant sans nul doute celle de la coopération : ensemble nous sommes compétents dans tous les domaines nécessaires au pilotage de notre activité. De plus, nous souhaitions agir concrètement et librement pour la préservation de la biodiversité.

Quels sont vos projets ces prochains mois ?

Le mois de décembre est très chargé entre une production intensive à l’atelier pour réapprovisionner les stocks et la préparation des marchés de Noël où nous serons présents tous les week-ends (dans les départements de l’Ariège et de la Haute-Garonne). Les premiers mois de l’année 2016 seront partiellement consacrés à la fabrication d’une grosse commande de nichoirs. Nous souhaitons de plus nous associer avec d’autres structures de l’économie sociale et solidaire pour répondre à des appels d’offres et des appels à projets relatifs à la préservation de la biodiversité.

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"Intégrer la notion de développement durable au sein de l'économie, l'humain et l'écologie est pour nous une évidence" Leslie Faggiano, cofondatrice de Symbiosphère