« Le label Frenchtech a permis au monde entier de découvrir ce qui se passe en France autour des startups » Patrick Bertrand, Président de Lyon French Tech

"Le label Frenchtech a permis au monde entier de découvrir ce qui se passe en France autour des startups" Patrick Bertrand, Président de Lyon French Tech
"Le label Frenchtech a permis au monde entier de découvrir ce qui se passe en France autour des startups" Patrick Bertrand, Président de Lyon French Tech

Lyon, 2ème pôle du numérique Français, et traditionnel terreau d’entrepreneurs a obtenu le label Frenchtech cette année avec pour objectif de :

  • FÉDÉRER l’écosystème local agissant en faveur de l’innovation
  • ACCÉLÉRER l’émergence et le développement d’entreprises innovantes sur le territoire lyonnais
  • RAYONNER à l’international en mettant en valeur ces entreprises innovantes lyonnaises dans le monde et attirer de nouveaux acteurs de l’innovation sur la Métropole de Lyon

Nous avons rencontré Patrick Bertrand, directeur général de CEGID et Président de Lyon French Tech qui nous en dit plus sur les ambitions de Lyon et sa région en faveur des startups, du numérique et des entreprises :

Patrick Bertrand

Comment avez-vous pris la tête de la Frenchtech Lyon ?

Pour obtenir le label Frenchtech la communauté lyonnaise s’est réunie, sans se soucier de la gouvernance, et a travaillé activement sur le dossier de candidature. Beaucoup de journalistes nous ont demandé qui était le leader, mais mais notre approche était de construire avant de se poser la question de la gouvernance. Et puis les choses se sont accélérées quand Manuel Valls et Axelle Lemaire sont venus à la rencontre des acteurs de la Frenchtech lyonnaise en mai 2015. J’ai alors été approché par une certain nombre d’acteurs car j’avais depuis longtemps une implication forte dans le numérique, avec le Conseil National Numérique, l’Association Française des Éditeurs de Logiciels, le MEDEF et CEGID dont je suis le directeur général qui est une ETI de référence dans le numérique en France. Je suis aussi très proche du monde des startups. J’investis régulièrement en early stage dans des jeunes pousses qui sont sur le marché du BtoB. Si j’avais seulement été dirigeant d’une grande entreprise, je pense qu’on ne m’aurait pas proposé de prendre la tête de la Frenchtech Lyon. C’est, sans doute cet engagement dans le collectif, qui a conduit à mon élection à l’unanimité.

C’est, sans doute cet engagement dans le collectif, qui a conduit à mon élection à l’unanimité

Quelles sont les objectifs de votre mandat ?

Lyon Frenchtech a pour objectif de laisser le foisonnement de l’écosystème numérique lyonnais s’enrichir naturellement. Notre rôle est de le canaliser, l’animer et le promouvoir. Nous n’avons pas vocation à faire « à la place de ». Nous souhaitons aussi participer à la promotion de l’attractivité du territoire, de la région et des villes à travers ce label. C’est aussi une structure pour porter les discussions avec les hubs numériques étrangers desquels nous voulons nous rapprocher, comme Montréal, Boston, Shenzen ou Tel Aviv.

Qu’apporte ce label à Lyon et sa région ?

Ce label est un booster formidable pour les régions. C’est comme une entreprise qui aurait positionné une marque avec une forte identité. Une telle identité d’ailleurs que le French Bashing s’est arrêté rapidement depuis sa création ! Le monde entier a découvert ce qui passe en France autour des startups, aussi bien dans les écoles, que l’investissement et la dynamique qui entoure l’écosystème. John Chambers de Cisco a même annoncé doubler la somme qui sera investie dans les startups françaises prochainement. Ce label est un étendard qui porte les valeurs des écosystèmes en région. Il traduit une volonté de travailler ensemble et de faire bouger la France. Il a un impact énorme sur les startups qui demandent à être labellisée Frenchtech avant de chercher à lever des fonds ou s’aventurer à l’étranger. Cela permet de s’accrocher à quelque chose de collectif, c’est une forme de « caution morale », un dynamisme impressionnant. Le label s’accompagne aussi d’une enveloppe de 200 millions d’euros au niveau national qui permet d’accompagner des projets labellisés, le pass Frenchtech pour les entreprises en hypercroissance, sans oublier le Frenchtech Ticket pour attirer les startups étrangères sur l’ensemble du territoire. Le label Frenchtech c’est une démarche de territoire, il permet de « vendre » sa ville avec tout le package émotionnel qui l’entoure : tourisme, bien-vivre, infrastructures, écoles… Tout ceci est incroyable à Lyon. C’est une chance pour les régions de développer une meilleure attractivité de la France en son entier.

Le label Frenchtech a permis au monde entier de découvrir ce qui se passe en France autour des startups et de l’entrepreneuriat

Comment expliquez-vous le dynamisme de Lyon dans l’écosystème startups ?

Ce dynamisme a toujours existé mais nous n’en n’avions sans soute pas pris conscience. Le label a mis le projecteur sur la ville de Lyon. Nous avons de belles entreprises sur la ville, KissKissBankBank, Ubisoft, … Qui se sont installées à Lyon plutôt qu’ailleurs en France, notamment à Paris. C’est aussi le côté émotionnel qui les a attiré, cette nouvelle génération qui se crée sur un terreau de compétences historiques, dans les cleantech, les vêtements connectés et bien d’autres secteurs d’avenir. D’autres villes de la région en profitent, Grenoble a STMicroelectronics, les nanotechnologies, Saint Etienne a reçu le label Frenchtech design, Lyon a aussi percé dans les jeux vidéos et l’industrie. C’est la région entière qui en profite au delà de Lyon. On a ainsi apporté l’idée que le digital a vocation à faire participer au dynamisme économique toutes les entreprises et pas seulement les sociétés numériques. C’est un booster de toute l’économie de la région.

Quels sont les projets de la Frenchtech Lyon ?

Nous allons continuer à soutenir ce qui ancre les écosystèmes, avec notamment de grands rendez-vous tels que Blend Web Mix et le Big Booster qui va conduire 25 startups à Boston en février pour participer à un Bootcamp. Nous voulons aussi motiver le monde de la formation et de l’éducation pour créer de nouveaux cursus de formation destinés à former plus de jeunes aux nouveaux métiers du digital. Et enfin de grands chantiers avec la création d’un lieu totem pour héberger et faire se rencontrer les startups. Il devrait être inauguré mi-2017 dans le nouveau quartier Confluence, au riche passé industriel, là où Euronews a ouvert ses bureaux récemment.

On a apporté l’idée que le digital a vocation à faire participer au dynamisme économique toutes les entreprises et pas seulement les sociétés du secteur numérique

Comment faire participer les jeunes des quartiers sensibles à ce dynamisme ?

Je pense qu’aujourd’hui, on ne peut pas s’inquiéter et se plaindre de la montée des extrémismes de toutes sortes si on n’agit pas, même à son petit niveau. Le terreau des extrémismes se nourrit du désespoir de nombre de nos jeunes de ne pas trouver leur place dans la société, au travers notamment d’un emploi. Nous devons avoir une approche personnelle et collective pour changer cela. Lyon a une vieille tradition d’ouverture et d’inclusion. Par exemple, avec l’association Sport dans la Ville dont l’action est de favoriser l’inclusion par le sport en développant des terrains de sport dans les quartiers et qui a lancé en collaboration avec l’EM Lyon, Entrepreneurs dans la Ville, un programme d’aide à la création d’entreprise pour les jeunes de 20 à 35 ans. Tout ceci produit une dynamique forte dans les quartiers. C’est un enjeu majeur pour moi, ce n’est pas possible qu’autant de jeunes soient laissés au bord du chemin. Aujourd’hui, l’État n’est plus un point de repère comme il a pu l’être pendant les Trente Glorieuses, avec les grands chantiers industriels et la création des infrastructures. A l’école, les enfants méritants ne sont plus remarqués par les professeurs, il y a une forme de consanguinité dans les études supérieures qui bloque l’ascenseur social. Ce n’est plus acceptable. Et c’est finalement l’entreprise qui peut prendre cette place et constituer l’élément de stabilité dans la société, car un job donne un statut social, un salaire et permet de s’épanouir. Et pourtant, on ignore trop souvent l’entreprise comme acteur essentiel de la société, quand on ne la pare pas de tous les maux ! Si tout le monde a un job, c’est donner la possibilité à chacun de vivre sa vie et d’une certaine façon de contrer les extrémismes. On doit pouvoir permettre aux jeunes de penser « d’où que tu viennes, tu as ta chance ». Le numérique est un formidable moteur d’inclusion. Des initiatives comme la WebAcadémie, Simplon, Ticket For Change, Entreprendre pour Apprendre sont là pour démontrer ce que nous défendons et ce pour quoi nous nous engageons. Ce sont de puissants facteurs d’inclusion pour tous ces jeunes.

On doit pouvoir permettre aux jeunes de penser « d’où que tu viennes, tu as ta chance »