L’entrepreneur peut-il rester dans sa zone de confort ?

L'entrepreneur peut-il rester dans sa zone de confort ?
L'entrepreneur peut-il rester dans sa zone de confort ?

Il suffit de regarder les infos ou la nouvelle émission de France 2 Les Français, de lire les quotidiens et des livres sur la société française pour comprendre, que même si on veut toujours voir le verre à moitié plein, la France va mal et même très mal. Au delà du chiffre astronomique de chômeurs, des scandales financiers à répétition, de l’incompréhension entre le patronat, les politiques et les citoyens, de l’accroissement des inégalités, de la révolte qui gronde chez les agriculteurs, les salariés et les étudiants, c’est une profonde crise sociétale qui frappe notre pays depuis de nombreuses années, révélée par la crise économique.

Une nostalgie liée à la perte de la grandeur de la France, de l’éloignement de la prospérité économique d’après-guerre de l’Occident au profit de pays émergents, de l’État Providence, des valeurs familiales, de l’art de  vivre à la française, de l’ignorance de ce qui se passe ailleurs, de la mondialisation et de la montée des extrêmes. Une nostalgie, car les guerres, les attentats, les mauvaises conditions de travail, les femmes battues, les licenciements, la pauvreté ont toujours existé et souvent pire qu’actuellement, mais tout était caché, on ne savait rien. Quand on ne sait rien, cela n’impacte pas notre bien-être et nous pouvons vivre paisiblement. Certains essaient de nouveau, aujourd’hui de vivre ainsi en ne regardant plus la TV, en ne lisant plus les journaux, en se coupant des réseaux sociaux et en ne s’entourant que de gens positifs. Une tendance née avec la mode du développement personnel, de la méditation, du retour aux sources, des expériences de déconnexion et retraite silencieuse, qui crée une vague d’égocentriques ne pensant qu’à eux. Et parfois à leur famille – seulement si elle ne perturbe pas leur équilibre.

Alors faut-il vivre ainsi, dans un environnement serein, loin de tout ce qui se passe dans le monde qui nous entoure, ne pas hésiter à couper avec tout ce qui peut rompre l’alignement à notre moi profond, arrêter de consommer, vivre loin des villes, ne penser qu’à de belles choses, voir tout en positif quoi qu’il arrive, inonder Facebook de sa vie merveilleuse et joyeuse ?

Est-ce que vivre ainsi, au delà de l’égoïsme et du déni de la réalité que cela engendre, n’est pas non plus une façon de rester enfermé dans sa zone de confort ? Un cocon bienveillant qu’on s’est créé au fil du temps qui nous permet certes, de nous ressourcer, de vivre paisiblement et harmonieusement, mais qui ne nous fait que peu avancer dans la vie. Car lorsqu’on reste durablement dans cette zone, on ne crée rien, on vit de ce que la vie nous offre, on se contente de ce qu’on a, on ne demande pas plus et on n’apporte rien non plus au monde. D’ailleurs on n’en n’a pas forcément conscience, car on a tout de même des revenus (clients, aides sociales, missions, subventions..) qui nous permettent de payer les factures. Mais que fait-on pour le reste du monde ? Si on continue ainsi pendant des années, que laissera t-on derrière nous si ce n’est une vie paisible, certes sans problèmes, sans révoltes, sans frustrations, mais sans moments trépidants, sans succès à mettre à notre palmarès, sans ce petit truc qui a failli nous faire tout perdre qui nous a révélé, sans ce moment qui a tout changé dans notre vie. On finit par s’éteindre. On ne se bouge plus, on ne prend plus de risque, on n’avance plus, on prend ce que la vie nous donne.

On peut affirmer qu’on vit ainsi car c’est le lâcher prise qui prime dans notre mode de vie et démontrer aux autres que nous sommes dans le vrai en arrêtant de se battre pour avoir plus, pour être connu, pour faire mieux, et que c’est la seule façon d’être heureux. Loin de toute cette agitation ambiante qui fait virevolter les foules au gré des évènements.

Mais voilà, ce mode de vie, qu’on nous vante tant en ce moment, d’une part ne convient pas à tout le monde et d’autre part crée une société repliée sur elle-même qui ne participe pas au changement, préférant se tenir l’écart de tout ce qui pourrait affecter son bien-être personnel. C’est triste et ce serait vraiment dommage que cette tendance aille en augmentant, car qu’en serait-il alors de la solidarité ? De l’engagement citoyen ? De l’entrepreneuriat ? On peut ne pas avoir de conviction politique ou ne pas vouloir s’impliquer dans des associations et autres mouvements, mais si de plus en plus de gens agissent ainsi, à rester dans leur zone de confort, gageons, que d’autres, pas forcément bien attentionnés, sauront prendre la place qui est vacante pour des desseins plus négatifs…

Rester dans sa zone de confort, c’est comme une mort lente de soi-même et de sa créativité. Le glissement est lent, inodore et indolore, on ne le réalise que lorsqu’on ouvre enfin les yeux sur ce qui se passe autour de soi pour réaliser que les autres ont avancé et pas soi. On n’a peut-être pas à se plaindre de sa vie, car on a le minimum nécessaire pour vivre, parfois de l’amour, une vie intellectuelle riche, des amis, une maison, des enfants, mais on réalise qu’on s’ennuie, qu’on a arrêté de vivre, qu’on ne se bat plus pour faire bouger les choses et pour ses idéaux de jeunesse, qu’on est devenu ce qu’on appelait avant un « petit bourgeois », celui qui s’est bien installé dans sa vie confortable, sans heurt et sans souci.

On passe tous par ces moments, on en a besoin, surtout en période difficile comme on en vit actuellement. On a besoin de se recentrer, de penser à soi, de se connaitre, de s’éloigner de la noirceur du monde, de penser à de belles choses, de faire une pause. Mais il faut prendre garde à ne pas rester durablement dans une telle configuration, faute de passer à côté d’une vie riche, dynamique, épanouissante, avec ses hauts et ses bas, ses combats, ses moments de doute, ses risques, ses pertes, ses émotions et surtout ses expériences. Une vie riche ne peut pas se contenter du confort, elle doit aller explorer l’inconnu, quitte à échouer et être malheureux parfois. Il faut agir, ne pas rester sur son île, coupé de tout ce qui pourrait nous déstabiliser. C’est à nous d’aller au devant du monde et de ses imperfections, d’apporter notre pierre à l’édifice, de s’impliquer, de créer une nouvelle donne par tous les moyens dont nous disposons. Encore plus lorsqu’on est entrepreneur. On a un devoir citoyen de faire bouger les lignes de la société. Nous n’avons pas le droit de nous replier sur nous mêmes et de nous désengager du monde qui nous entoure, car plus que tout, nous sommes partie intégrante de la société. En créant notre société, nous avons pris notre destin en mains et par là même celui de ceux qui nous rejoindront et nous suivront.

On peut parfois être dépassé, avoir trop d’idées, ne pas trouver le temps de tout mettre en place, mais il ne faut pas abandonner pour retourner dans son cocon, il faut garder dans un coin de notre tête tout ce que nous voulons faire, quoiqu’il nous en coûte et ne rien lâcher. Et surtout savoir sortir de notre zone de confort une fois que nous avons rechargé nos batteries. Même si c’est dur, même si on est tenté d’y revenir souvent et même s’il faudra se battre pour ses idées, ses projets et sa vision de la société future. Au final, nous ne changerons peut-être pas le monde mais nous n’y serons pas pour rien.