Si à 30 ans, tu ne veux pas changer le monde, tu as (déjà) raté ta vie

Si à 30 ans, tu ne veux pas changer le monde, tu as (déjà) raté ta vie
Si à 30 ans, tu ne veux pas changer le monde, tu as (déjà) raté ta vie

Aujourd’hui, si vous voulez devenir entrepreneur, c’est forcément pour changer le monde, vous devez avoir de grandes ambitions, pour les autres bien sûr pas pour vous-même, ça c’est mal. Si votre motivation première est de faire ce que voulez de votre vie, être libre, avoir plein de projets, mais que vous ne sauvez pas de vies ou que vous ne réduisez pas le chômage des jeunes de 3% grâce à votre startup, vous pouvez retourner à votre ordinateur et vous faire tout petit.

La mode c’est d’entreprendre pour changer le monde. Et de le dire. Pas pour créer des emplois ou participer à l’effort de la nation, ça c’est penser petit, non, il faut viser plus haut, et ne pas hésiter à affirmer dans les conférences et sur les réseaux sociaux que votre startup va changer la vie de tout le monde sans exception (sauf celle de ceux qui ne comprennent jamais rien évidemment).

Si vous voulez changer le monde, toutes les portes vous seront ouvertes, celles du financement, des conférences, des interviews dans le Monde et sur BFM Business, de l’admiration de vos copains de promo et de ceux qui n’ont pas encore franchi le cap mais qui sont bouche bée devant vos belles ambitions.
Et puis, aujourd’hui tout est possible grâce à internet, donc, pourquoi votre projet ne changerait-il pas le monde ? Peut-etre parce que vous voyez trop petit ? Ou parce que vous pensez trop à votre petite personne et pas assez aux autres ? Ou encore parce que vous n’avez pas saisi qu’une mission divine repose actuellement sur les épaules des entrepreneurs (surtout ceux de la génération Y qui ne veulent pas mettre leurs compétences au service d’une entreprise capitaliste) ?

Après cette petite touche d’humour, revenons à la réalité. Vouloir changer le monde avec sa startup, c’est un vœu très louable, mais n’y aurait t’il pas un peu, beaucoup de prétention à parler ainsi ? Non pas qu’il ne faille pas avoir de grande vision lorsqu’on crée son entreprise, mais de là à changer le monde alors que cela fait 6 mois seulement que vous avez mis un pied dans l’entrepreneuriat après 5 ans passés dans la finance ou le marketing, revenez sur terre et reconnectez-vous à la réalité…

Dans un monde où on valorise plus le fait d’essayer que réussir, il faut jeter un oeil à ces startups qui ont vraiment changé le monde ces dernières années : Google, Facebook, Apple, d’autres moins connues qui œuvrent à scolariser les enfants en Afrique ou amener des toilettes dans les régions pauvres d’Inde, ou d’autres qui révolutionnent les modes de consommation et les usages en Occident. Pour la plupart ce sont des sociétés américaines, excepté Blablacar qui est sur le bon chemin pour ferme parti de ce cercle restreint, aucune startup française ou presque ne peut se vanter d’avoir ne serait-ce que bousculer la planète. Livrer des plats à domicile en tricycle ou créer un 12ème café-coworking parisien, cela ne change pas le monde, malgré ce que vous pouvez en penser dans votre milieu de startupers branchés.

Au final, combien de startups qui se créent en ce moment changeront réellement le monde, pour combien qui resteront dans leur coin ou disparaitront ? Et combien d’apprentis-startupers retourneront travailler dans le marketing ou la finance après craché sur leur précédent job qui n’avait aucun sens, mais qui payait bien ? Vouloir changer le monde c’est bien, mais après 18 mois d’indemnités grassement payées, Pôle Emploi se fiche pas mal que vous soyez sur le point de sauver la forêt Amazonienne. Par contre, vous, vous devez manger et payer votre loyer, malgré tout.

Avant de vouloir changer le monde, il faut déjà apporter un service, une offre, un produit qui va améliorer la vie de son premier cercle, puis des early adopters, et enfin du grand public, qui lui sera dans un premier temps son réseau, sa ville, son pays si la chance d’attirer les médias se présente.

Changer le monde, ceux qui l’ont fait, n’avaient pas cette ambition à leur création. Ils ont créé un besoin dans un vide. Les utilisateurs d’aujourd’hui ne savaient pas à l’époque qu’ils auraient besoin de ces services. Ces fondateurs ont perçu que quelque chose manquait, bien avant que le reste du monde ne le sache et n’en ressente le manque (comment ressentir le manque de quelque chose qu’on ne connait pas ?…), mais ils ne savaient pas si cela changerait la façon de vivre, de penser et de consommer des gens. Ils croyaient à leur projet, ils se sont donnés à fond, mais ils n’ont jamais eu l’idée de changer le monde à la première ligne de code créée et de hanter tous les events pour parler de leur fabuleux projet avec lequel plus personne ne vivra comme avant.

A la base, il s’agissait très souvent d’un business entre copains, d’un pari, d’un prototype pour améliorer leur quotidien, mais aucunement une envie réelle de changer le monde, l’humilité étant une des qualités primordiales du véritable entrepreneur, celui qui ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué, comme auraient dit nos parents. C’est le temps et la réussite de leur projet qui aujourd’hui font dire qu’ils ont changé le monde, des années plus tard, avec recul.

Si on fait une comparaison avec les grands leaders des droits civiques du 20ème siècle, Mandela, Gandhi, Martin Luther King, Aung San Suu Kyi, aucun d’eux n’ont eu la prétention de changer le monde. Ils ont fait ce qu’ils croyaient juste et bon pour eux et pour leur communauté et/ou leur peuple. Ils sont devenus des leaders par la force du peuple. C’est le peuple qui les a désignés ainsi, pas eux-mêmes. Ils ont avancé pas à pas, ils croyaient en leurs paroles et en leurs actes, ils ont persévéré jusqu’à ce que les choses deviennent justes.

Créer une entreprise, cela permet de participer à l’évolution du monde, et pour les plus disruptifs de créer le monde de demain. Mais peu d’entrepreneurs changeront le monde à proprement parlé. Ils participeront au changement, aux mutations de la société s’ils apportent une idée nouvelle, s’ils innovent et s’ils s’adressent à la majorité.

Avant d’en arriver là, il faut commencer sans trop de prétention, être passionné, motivé, trouver un sens à ce qu’on fait, être heureux de le faire, saisir les opportunités de changement et entrainer d’autres personnes pour réaliser et diffuser ses idées. Après seulement vous pourrez laisser les autres dirent que vous avez changé le monde.