« On peut recevoir les meilleurs conseils, mais c’est dans les tranchées que l’on sait si on est fait pour le métier d’entrepreneur »

"On peut recevoir les meilleurs conseils, mais c’est dans les tranchées que l’on sait si on est fait pour le métier d'entrepreneur"
"On peut recevoir les meilleurs conseils, mais c’est dans les tranchées que l’on sait si on est fait pour le métier d'entrepreneur"

Quand on parle entrepreneuriat, on a tendance à penser que c’est à la portée de tout le monde, qu’il suffit de s’en donner les moyens et de travailler dur. De pousser les portes et de ne pas attendre que tout vienne à nous. Effectivement, sauf que l’entrepreneur moyen en France est tout de même un homme, jeune, la trentaine, blanc, ayant fait une grande école, venant d’un milieu favorisé. Autant dire que tout le monde ne part pas avec les mêmes chances lors de la création de son entreprise ! Faire une grande école ou avoir de la famille qui a un réseau, cela aide grandement pour lever des fonds, trouver des fournisseurs ou faire parler de soi… Mais heureusement de nombreux entrepreneurs ne sont pas issus de ce parcours et n’ont pas fait, ou peu, d’études, n’avaient pas de réseau et pas d’argent à leur lancement. On peut parler d’entrepreneurs autodidactes, les vrais, pas ceux qui ont juste appris sur le tas à créer et gérer une entreprise, après 5 ans d’études théoriques.

Ces prochaines semaines, nous vous partagerons plusieurs portraits de ces entrepreneurs qui ont tout fait à la force du poignet, ou de la souris, et qui aujourd’hui peuvent être fiers du parcours accompli depuis leur plus jeune âge.

On commence avec Cyril Ghezel, qui a créé sa première société après seulement un bac tertiaire et qui aujourd’hui après avoir revendu toutes ses entreprises, se consacre à l’accompagnement des PME pour leur éviter le dépôt de bilan :

cyril ghezel

Quel est votre niveau d’études ? Pourquoi avoir arrêté si tôt ?

Je possède un bac tertiaire, j’ai arrêté juste après car je n’étais du tout scolaire, j’étais dans une filiale pour mes professeurs dite ‘voie de garage’. Je trouvais que les cours n’étaient pas intéressants, trop théoriques et pas forcément cadrés avec la réalité (de mon point de vue).

Que faisaient vos parents et comment ont-ils pris votre choix de ne pas poursuivre vos études ?

Mes parents étaient entrepreneurs à l’époque, ils m’ont toujours laissé le libre choix dans mes études. Je n’ai jamais eu les phrases que j’entendais dans d’autre famille (les études c’est important, sans cela tu n’arriveras à rien, etc…). Mais il y avait une règle, c’est que si je ne poursuivais pas mes études, je devais trouver un travail très rapidement pour être indépendant financièrement (même si j’habitais encore la maison familiale).

Il y avait une règle, c’est que si je ne poursuivais pas mes études, je devais trouver un travail très rapidement

Quel a été votre parcours professionnel avant de créer votre entreprise ?

Aucun, j’ai eu mon bac en 2004, j’ai trouvé un petit boulot pendant 3 mois afin de partir en voyage humanitaire pendant 6 mois. 2 mois après mon retour j’ouvrais ma première société, un centre sportif.

Le fait de ne pas avoir fait d’études vous a-t-il handicapé dans votre carrière ?

Absolument pas, je n’ai jamais ressenti le besoin d’avoir fait des études. Concernant le langage et l’attitude à avoir pour diriger, c’est l’observation, l’écoute et beaucoup l’éducation. Le langage bancaire, il faut le comprendre rapidement par contre (et tomber sur un banquier sympa qui nous explique les enjeux si on a le crédit, comment les banques se rémunèrent etc.. cela aide beaucoup !!). Une problématique qui peut être importante c’est la finance et la fiscalité/droit du travail (gestion trésorerie, impayés, contrôle fiscal) mais les cabinets comptables sont là aussi pour ça.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je crois que lorsque l’on a un cœur d’entrepreneur, on n’a pas vraiment le choix. On y vient tôt ou tard. Avoir des parents dirigeants aide dans la vision et le choix de vie. Mais est-ce du mimétisme ? Je ne pense pas. Créer quelque chose est très dur et risqué, mais quelle aventure passionnante.

Créer quelque chose est très dur et risqué, mais quelle aventure passionnante

Comment vous êtes-vous formé pour apprendre à gérer une société ?

Sur le terrain, on peut recevoir les meilleurs conseils, mais c’est dans les tranchées que l’on sait si on est fait pour le métier, et comment faire pour y arriver. J’ai aussi eu une chance extraordinaire de pouvoir suivre mes parents dans leurs métiers, leurs déboires et problématiques (comment on va manger, payer le loyer quand on n’a pas d’argent à la fin du mois.) Cela laisse des souvenirs inconfortables mais essentiels.

Avez-vous ressenti une différence avec celles et ceux qui sortaient d’une école de commerce/ingénieur ? Comment l’avez-vous vécu ?

Bien sûr. J’ai trouvé que j’étais bien plus avantagé sur la gestion d’entreprise, le vocabulaire et la réflexion à avoir pour les prises de commande et le négoce. Je travaille 60h par semaine depuis mes 20 ans et je m’en porte bien. Je rencontre beaucoup trop d’anciens diplômés qui se disent entrepreneurs et finalement derrière il y a juste un diplôme et aucune expérience. C’est quelque chose de crucial dans une gestion saine d’entreprise. Attention, j’ai aussi rencontré des jeunes très intelligents avec un avenir prometteur dans l’entrepreneuriat. Mais c’est hélas bien trop rare.

Avez-vous l’impression que vous avez dû faire beaucoup plus vos preuves que ceux qui avaient des bac + 5 ?

Cela dépend vraiment de la situation, dans un certain écosystème (comme les startups), pour pouvoir postuler et avoir des contrats, il y a obligation d’être HEC, dauphinois, ESSEC, ESCP ou Centrale-Supelec. De même pour les levées de fonds, les investisseurs préfèrent miser sur des diplômés car cela rentre dans la stratégie de com’ et réputation des Ventures capital.

Mais dans la plupart des secteurs d’activités, dans une réunion d’affaire, une discussion avec les avocats ou l’expert-comptable, cela est complètement inutile. Soyons francs, personne ne viendra vous demander de quelle école vous venez. Ce qui intéresse c’est le potentiel gain financier que chacun va pouvoir toucher.

Dans un certain écosystème (comme les startups), pour pouvoir postuler et avoir des contrats, il y a obligation d’être HEC, dauphinois, ESSEC, ESCP ou Centrale-Supelec

Pensez-vous que l’entrepreneuriat est aujourd’hui un ascenseur social en France ? Permet t-il de gommer les inégalités ?

Un ascenseur social en France cela dépend. Créer de la richesse et diriger des sociétés peut valoir une certaine reconnaissance dans des milieux qui jugent uniquement au pouvoir et à la réussite sociale. Mais là aussi soyons francs. Si vous ne portez pas un nom composé français avec un titre de noblesse, si vous n’avez pas fait telles études, si vous ne connaissez pas les bonnes personnes, certains milieux seront toujours fermés. Que vous soyez millionnaires ou au Smic, cela sera pareil !

Concernant le gommage d’inégalités, je dirai oui. Si vous n’êtes pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, avec l’entrepreneuriat, vous pourrez avec du courage, de l’intelligence et un peu de chance, en acheter une pour la mettre dans la bouche de vos enfants !

Pensez-vous qu’il s’agit d’une spécificité française ou générationnelle ?

Très Française ! Le culte de l’intellect et des diplômes est un problème hérité du siècle des lumières je pense. La première chose que l’on vous demande dans certains entretiens d’embauche ou milieux sociaux c’est quel est votre diplôme. Concernant la mentalité anglo-saxonne c’est plutôt, quelle est votre expérience ? Cela change beaucoup de chose, comme les financements, c’est beaucoup plus facile aux États-Unis qu’en France pour avoir des financements externes même si on vient de rien.

Le culte de l’intellect et des diplômes est un problème hérité du siècle des lumières

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui a arrêté ses études et qui voudrait se lancer ?

Un des conseils que je peux donner c’est de s’entourer des bonnes personnes dès le début. Coller les très bons, comprendre comment ils ont réussi dans la vie. Persécuter les meilleurs afin de s’imprégner des meilleures choses et aussi éviter les erreurs classiques. Cherchez des mentors, soyez courageux. Nelson Mandela disait ‘La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute’.

Quel type d’entrepreneur êtes-vous ? Qu’est ce qui fait votre force ?

Je pense être un entrepreneur gestionnaire, je suis assez prudent. J’ai fait le choix d’être intègre donc même si je loupe certaines occasions de faire de l’argent ‘facile’ je peux dormir tranquille. Ma force réside dans mon entourage. Que ce soit ma famille, mes amis, collègues et mes conseils. C’est à travers eux que je vois si je dirige de manière juste.

Quelle est votre définition de la réussite ?

Ma définition de la réussite, c’est que ma famille soit à l’abri du besoin et que chaque salarié ait la sécurité de l’emploi et un sourire aux lèvres en venant travailler.