« Je vois ce voyage comme le point de départ de ma vie d’aventurier professionnel » Eliott Schonfeld sur le départ pour la Mongolie

"Je vois ce voyage comme le point de départ de ma vie d’aventurier professionnel" Eliott Schonfeld sur le départ pour la Mongolie
"Je vois ce voyage comme le point de départ de ma vie d’aventurier professionnel" Eliott Schonfeld sur le départ pour la Mongolie

Eliott a inventé un nouveau métier « aventurier professionnel ». Aujourd’hui encore étudiant, il parcours le monde seul avec son sac à dos au milieu de paysages à couper le souffle. Il a décidé d’en vivre très prochainement en réalisant notamment son premier film dans le désert de Gobi, en Mongolie où il part cet été. Pour cela il a mis en place une cagnotte sur le site de crowdfunding KissKissBankBank, qu’il a pulvérisée, tant ce genre d’aventures passionnent tout le monde. Eliott partage toutes ses aventures sur sa page Facebook.

Eliott nous en dit plus sur ses voyages, ses projets et ses rêves :

Eliott

C’est quoi le projet Un satellite pour Gobi ?

Un satellite pour Gobi est un projet de film de ma prochaine expédition qui va avoir lieu en Mongolie pendant 3 mois cet été. Seul, en autonomie totale et hors des sentiers, je vais partir d’Oulan Bator à cheval et traverser les steppes du Nord jusqu’au lac Khyargas, à l’ouest du pays. A partir de là, mon objectif sera de descendre vers le Sud en suivant la rivière Zavkhan, pour atteindre ma dernière étape, le désert de Gobi, que je vais parcourir à pied sur plus de 1000 kilomètres. Au total cette aventure me fera sillonner la Mongolie sur plus de 3000 kilomètres.

D’où est venue l’idée ?

J’ai sans arrêt diverses idées de voyages en tête. Un documentaire, une photo, un paysage, un animal, un témoignage de voyage, peut faire naître en moi une fixation sur un pays pendant plusieurs semaines. Je passe beaucoup de temps à scruter des cartes du monde pour sonder mes envies. Mais en général une idée se précise et commence à se distinguer des autres, juste avant un autre voyage. Par exemple, c’est une semaine avant de partir découvrir l’Islande l’année dernière, que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la Mongolie. Apprendre qu’on pouvait y acheter des chevaux pour moins de 400euros a été le déclic, à partir de ce moment là j’étais sûr d’y aller. En revanche, aujourd’hui alors que je m’envole dans une semaine, je pense beaucoup à l’Alaska pour l’année prochaine, le Grizzly est un animal que je rêve de rencontrer.

Un documentaire, une photo, un paysage, un animal, un témoignage de voyage, peut faire naître en moi une fixation sur un pays pendant plusieurs semaines

Quel est l’objectif derrière ce projet ?

L’objectif est de réaliser ma première aventure digne de ce nom et de faire en sorte qu’elle puisse toucher un maximum de personnes, via le film, les photos, un futur site web et mon journal de bord. Je vois ce voyage comme le point de départ de ma vie d’aventurier professionnel, tout ce qui a précédé n’était que l’entraînement. L’enjeu est donc bien plus important qu’auparavant, désormais il faut que j’arrive à concevoir mes expéditions aussi comme un travail, ça ne peut plus être une démarche solitaire, individuelle. Maintenant, mes futures photos, films et journaux de bord, ne sont plus que pour moi.

L’objectif est de réaliser ma première aventure digne de ce nom et de faire en sorte qu’elle puisse toucher un maximum de personnes, via le film, les photos, un futur site web et mon journal de bord

Que faisiez-vous avant ?

Après mon bac S et une première année de prépa ingénieur j’ai voyagé pendant 3 ans, au Sénégal, en Australie et au Canada où j’ai travaillé 1 an comme Musher dans un camp de chiens de traineaux. En 2013 j’ai repris mes études à la fac en licence de philosophie, cette même année j’ai décidé de devenir aventurier.

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Comment financez-vous vos voyages ?

Parallèlement à mes études je travaille pour économiser de l’argent. Mais je fais surtout des choix dans la manière dont je l’utilise, je n’achète quasiment rien pendant l’année afin de pouvoir réaliser ce qui est le plus important pour moi : voyager. En revanche, pour « Un satellite pour Gobi », l’ampleur de l’expédition est significativement supérieure aux précédentes et nécessite un budget plus important. J’ai donc eu besoin de l’aide des gens via Kisskissbankbank pour pouvoir financer tout le matériel.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de vos voyages ?

J’en ai à profusion mais ma rencontre avec le Saltwater crocodile en Australie a été un moment d’une incroyable intensité, c’était un mâle d’environ 3 mètres de long qui se reposait le long d’une berge. Je l’ai observé à trois ou quatre mètres seulement pendant deux heures sans bouger. Il y aussi ce matin, vers 6h, où j’ai entendu du bruit autour de ma tente sur l’île de Fraser Island. Un peu inquiet j’ai entrouvert l’entrée et j’ai vu une meute d’une demi-douzaine de Dingoes tourner autour de mon fragile habitat. Lorsqu’ils sont repartis, j’ai attrapé mon appareil photo et je les ai suivi pendant une heure, nu, en pleine forêt tropicale afin d’en tirer quelques clichés. Enfin cette journée en Islande me revient en tête : j’étais dans les derniers jours de ma traversée du pays et j’ai dû traverser une rivière assez violente qui me barrait la route. Je m’y suis repris à plusieurs reprises tellement le courant était impressionnant, mais j’ai finit par y arriver, le sac sur la tête et l’eau de 2°c à hauteur du torse. Complètement frigorifié, j’ai immédiatement repris la marche mais une tempête de pluie et de vent s’est déclenchée. A ce moment là j’étais à plus de 1000 mètres d’altitude et le sol n’était parsemé que de neige et de roches fourchues, il m’était impossible de planter ma tente. J’ai donc continué à marcher très tard, avec ma seule boussole comme repère, mes cartes n’étant d’aucune utilité dans un tel brouillard. Exténué, trempé et marchant sans vraiment savoir où aller, j’étais sur le point d’abandonner, de planter ma tente dans la neige et de passer la pire nuit de ma vie. Mais j’ai continué sur quelques kilomètres lorsque tout d’un coup le brouillard devant moi s’est dissipé une demi seconde, me laissant apercevoir un refuge. J’y ai couru de toutes mes forces et j’y ai trouvé la meilleure cabane de toute mon expédition. Au chaud sous des tonnes de couvertures, dans cet abri que je n’aurai jamais dû voir ni même croiser, je me rappelle avoir été un des hommes les plus heureux du monde.

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Les pires souvenirs ?

En Islande, j’ai eu des moments compliqués à cause de la rigueur du climat. Lors de mon 3ème jour de marche mes orteils du pied droit ont commencé à geler. J’ai dû monter ma tente tant bien que mal dans la pente d’une montagne en pleine tempête. J’ai passé une heure à me frotter les orteils au dessus de mon réchaud. Cinq jours plus tard un autre incident a faillit faire échouer l’expédition. C’était à la fin d’une très longue journée, j’ai enlevé ma chaussure et j’ai découvert que mon pied avait doublé de taille à cause de l’infection d’une ampoule. Mais finalement je ne me remémore pas ces moments comme de mauvais souvenirs. Au contraire j’en suis fier et je suis heureux de les avoir vécus, ils prouvent que je suis parvenu à trouver des solutions et à atteindre jusqu’au bout mes objectifs.

Je suis heureux d’avoir vécu des moments difficiles, ils prouvent que je suis parvenu à trouver des solutions et à atteindre jusqu’au bout mes objectifs

Que vouliez faire quand vous étiez petit?

Je voulais être trader, gagner des millions d’euros pour dormir dans les plus grands hôtels du monde. Ensuite j’ai voulu être batteur d’un groupe de hard rock. J’ai finalement opté pour l’aventure et les endroits où je plante ma tente sont effectivement les plus grands hôtels du monde.

C’était un rêve de partir à l’aventure ou c’est venu plus tard ?

Ça n’a jamais été un rêve car j’ai eu la chance de voyager très jeune. En revanche, l’idée de devenir aventurier a émergé très tard, j’ai mit beaucoup de temps à prendre conscience que c’était possible avec beaucoup de travail, de vivre de ses aventures.

L’idée de devenir aventurier a émergé très tard, j’ai mit beaucoup de temps à prendre conscience que c’était possible avec beaucoup de travail, de vivre de ses aventures

Pourquoi partir seul ?

Tout d’abord je connais peu de personnes qui aimeraient volontiers vivre dans un tel inconfort, et j’en connais encore moins que je pourrais supporter pendant de si longues périodes. Ce qui m’intéresse dans le voyage, c’est l’immersion totale, c’est se mettre en danger dans des situations où l’on ne connaît rien. Je n’ai rien contre le fait de voyager quelques jours ou quelques semaines avec quelqu’un, rencontré pendant le voyage, ça m’est déjà arrivé, en revanche je n’ai pas envie de partir avec quelqu’un que je connais déjà, cela ne m’intéresse pas, je trouve que ça corrompt l’idéal aventurier. Pour moi l’aventure c’est ne compter que sur soi-même et ne composer qu’avec ce qu’on trouve en chemin.

Pour moi l’aventure c’est ne compter que sur soi-même et ne composer qu’avec ce qu’on trouve en chemin

Pensez-vous à partir de là créer votre entreprise ?

Je n’ai pas encore réfléchi à tout cela. Ma priorité après cette expédition sera de monter le meilleur film possible pour qu’il puisse toucher un maximum de personnes et le proposer à des festivals d’aventures. Je pense qu’à partir de là, je pourrais arriver à intéresser les gens par mes photos ou mes récits de voyage. Ces outils me permettront, je l’espère, de trouver des sponsors pour financer mes futurs voyages.

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Comment avez-vous eu l’idée de créer une collecte KissKissBankBank ?

A partir de mars-avril, j’ai commencé à faire la liste du matériel nécessaire à l’expédition. Le coût était très important, en particulier pour tout le matériel électronique : les caméras, le panneau solaire, le GPS, le téléphone satellite. Ne pouvant pas assumer une telle somme, j’ai décidé de partir en faisant une croix sur certains accessoires trop coûteux comme le téléphone satellite. Cette idée n’a pas vraiment plus à mon entourage et l’angoisse a donné à ma mère une superbe idée : le crownfunding.

Quelle stratégie avez-vous mis en place pour réussir cette collecte ?

On a beaucoup travaillé sur la présentation du projet et sur les « cadeaux », les contreparties que j’offre en échange des dons, afin qu’ »Un satellite pour Gobi » soit le plus attrayant possible. On a essentiellement utilisé les réseaux sociaux pour en parler et cela a fort bien marché. Après 18 jours de collecte, j’ai récolté 2950 euros soit 492% du montant initial qui était de 600 euros.

Quels enseignements en tirez-vous pour votre projet ?

J’ai été très étonné et tellement heureux de voir l’engouement que cela a créé dans mon entourage. J’ai aussi réalisé que je sous-estimais considérablement l’intérêt que portait les gens à l’aventure et aux voyages extrêmes.

J’ai réalisé que je sous-estimais considérablement l’intérêt que portait les gens à l’aventure et aux voyages extrêmes

Un conseil pour réussir sa cagnotte sur KissKissBankBank ?

Je pense que la présentation est essentielle, il faut qu’elle soit facile et agréable à lire et il ne faut cesser d’en parler autour de soi pendant la collecte pour continuer à mobiliser les gens. Surtout faire rêver les gens avec son projet et les tenir informé de la progression de la collecte avec des détails concrets.

Quelles sont vos ambitions pour ces 2/3 prochaines années ?

En 2017, une fois mes études terminées, je traverserai l’Himalaya sur plus de 5000 kilomètres, en partant du Pakistan jusqu’au Tibet. C’est une expédition de plus de 6 mois qui demande encore plus de préparation. Avant cela, je compte finir ma licence de philosophie l’année prochaine à l’Université collège de Dublin, puis enchaîner sur un master, à Paris ou en Angleterre. L’été prochain je vais très certainement descendre la rivière du Yukon en canoë, puis traverser l’Alaska à pied pour rejoindre le Katmai national park où l’on peut observer de nombreux grizzlis.

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Comment vous voyez-vous d’ici 5 ans ?

J’espère que j’aurai déjà quelques belles aventures à mon actif, que je pourrai arriver à en vivre et que j’aurai pleins de nouveaux projets en tête. J’ai pour projet de survivre seul sur une île inhabitée du Pacifique, sans aucun outil ou contact pendant 6 mois. Je pense que dans 5 ans je serai prêt.

Je veux aussi m’acheter un terrain dans le Grand Nord pour y construire une cabane et avoir des chiens nordiques et vivre une vie de trappeur.

J’ai pour projet de survivre seul sur une île inhabitée du Pacifique, sans aucun outil ou contact pendant 6 mois

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