Aller vers du moins mais avec plus de qualité, et si c’était cela le secret de l’entrepreneur à succès ?

Aller vers du moins mais avec plus de qualité, et si c'était cela le secret de la vie d'un entrepreneur ?
Aller vers du moins mais avec plus de qualité, et si c'était cela le secret de la vie d'un entrepreneur ?

Vous connaissez tous ces entrepreneurs qui croulent sous le travail, qui ont des horaires de fou, qui n’ont ni week-ends, ni pauses, qui ne voient plus leurs enfants sauf endormis et n’accordent plus de temps à leur amis ou leurs loisirs depuis très longtemps. Souvent ces chefs d’entreprise ont un bon chiffre d’affaire, un salaire confortable, une croissance constante et cela vous fait rêver. Enfin ce qui vous fait fantasmer ce sont les 0 alignés sur le bilan comptable, parce que pour le reste, vous vous dites que vous préférez vous rémunérer 1500€ par mois et profiter de la vie !

Mais alors une question se pose : faut-il travailler comme un fou pour réussir ? Est-ce la seule solution pour arriver à faire de sa startup un succès ? Faut-il tout sacrifier pour sa réussite professionnelle ?

Ou bien faut-il expérimenter une autre façon de travailler, en s’accordant des moments de détente et de lâcher prise pour nourrir sa créativité, voir ses amis sans son smartphone et prendre régulièrement du recul sur son entreprise en faisant du sport ou en partant en week-end ?

Autant de questions que nous avons posées à des entrepreneurs qui ont expérimenté plusieurs façons de travailler, analyser les erreurs et aujourd’hui créé un emploi du temps qui leur convient parfaitement.

Est-on plus productif lorsqu’on travaille beaucoup ?

Comme l’indiquent Alexis Botaya et Corentin Orsini, auteurs du livre Créer le job de vos rêves… Et la vie qui va avec, beaucoup d’entrepreneurs confondent « être au travail et travailler« . Ils se disent débordés, se plaignent sans arrêt et au final ne sont pas productifs, car peu concentrés sur leurs objectifs. Mais ils donnent l’illusion d’avoir énormément de travail et sous-entendu de cash qui rentre dans les caisses. Ce sont ces derniers qui vous font culpabiliser de prendre 2h pour aller au cinéma ou au sport en pleine journée alors que eux travaillent dur.

L’idéal c’est de travailler moins, mais en étant plus productif : facile à dire ? Facile à faire aussi, il suffit juste de gérer ses priorités et sortir la tête du guidon, ne pas se servir de son entreprise comme une fuite de la réalité et de ses problèmes personnels parfois. « Quand je vois les chefs d’entreprise qui s’épuisent au point de ne plus profiter de rien et d’être constamment au travail même dans les moments où ils devraient lâcher et se détendre, j’ai du mal à entrevoir que travailler sans compter est une bonne chose » explique judicieusement Patricia Voisin, fondatrice de L’Art d’être Soi.

« Ce n’est pas en travaillant plus que j’aurais pu  augmenté mon CA mais en prenant du recul » indique David Minetti, pâtissier boulanger depuis ses 26 ans, qui a géré jusque 6 fonds de commerce avant de craquer et faire un burn out de plusieurs années. Aujourd’hui avec recul et une pause en tant que salarié, il se relance « mieux armé, mieux entouré » avec sa propre affaire en ayant su analyser ses erreurs « dans ma deuxième vie d’entrepreneur que je vais entamer, je vais organiser les choses différemment. Je m’entoure de bons professionnels qui vont gérer le quotidien et je pourrais alors me consacrer au développement plus efficacement« .

Je ne compte jamais mes heures aujourd’hui ; j’ai juste un rythme que je tiens chaque jour pour mon équilibre mental & physique – Pauline Lahary

Le lancement : la période où il ne faut pas compter ses heures

S’il y a pourtant une période où il ne faut pas compter ses heures, c’est bien au lancement, car sinon le projet ne sortira jamais. Et puis très souvent l’entrepreneur garde un job en parallèle pendant quelques mois à un an pour ne pas se retrouver sous l’eau financièrement avant même d’avoir un premier client. C’est ainsi que Annick Jehanne et Alain Bogé cofondateurs de Hubmode, en couple à la ville aussi, sont professeurs en plus de leur création d’entreprise « nous sommes au même rythme : environ 50% se fait depuis chez nous où nous avons chacun un bureau, ce qui permet de se voir, nous travaillons ensemble en commun sur certains projets. Parfois nous n’avons pas envie de bosser, ou nous bossons au soleil sur la terrasse ! » Ce qui permet de relativiser lors de périodes intenses « nous avons du mal à dire non aux sollicitations et demandes de conseil qui sont nombreuses, mais on assume, nous devons donner. Parfois nous sommes un peu « charette », mais il faut bosser sans compter si on le peut, internet nous facilite la vie, nous permet de gérer beaucoup de choses à distance« . Et puis lors de la phase d’euphorie de la création, tout est merveilleux, tout est fait avec plaisir et on se dit que c’est le prix à payer pour sa liberté future. Mais ensuite, il faudra bien penser à s’aménager du temps pour soi et vire tout simplement « Il ne faut pas compter lorsque l’on commence. Après 1 à 3 ans, il faut savoir se détacher et garder du temps à soi. Sinon, c’est que l’on a loupé quelque chose » explique David Minetti.

En début de carrière, on ne compte pas ses heures, il faut apprendre, alors j’ai travaillé énormément pour apprendre vite afin de réaliser mon rêve le plus rapidement possible – Anthony Courtat

Garder du temps pour sa famille et ses proches

Toujours est-il qu’il faut apprendre à garder du temps pour ses proches si on ne veut pas se retrouver tout seul un beau jour avec son entreprise qui cartonne, mais personne avec qui partager ses succès. « Travailler H24 empêche une vie sociale, qui est pourtant essentiel. Pour moi, augmenter le CA en travaillant beaucoup est une stratégie court terme, qui ne tiendra pas longtemps » explique Pauline Lahary, fondatrice de Mycvfactory. C’est d’ailleurs très souvent l’entourage qui met des barrières et impose un rythme qui tient dans l’endurance, car l’entrepreneuriat, c’est une course de fond, pas un sprint, comme le dit Hugo Allary, CEO de Trampolinn l’entrepreneuriat c’est comme un marathon qui se court en petits sprints” .

Pour autant, le travail doit être fait, donc il n’est pas rare que les entrepreneurs s’aménagent des emplois du temps en marge de la vie des autres : la nuit, le dimanche ou dans les transports, dans une salle d’attente ou dans les gradins de la piscine le mercredi après-midi « si je sais que certaines choses sont prévues avec les amis le lendemain, je vais tout faire pour m’organiser : travailler la nuit ou le matin pour être disponible en temps et en heure » ajoute Pauline qui est aussi coach de gym suédoise entre 1 et 3 fois par semaine « j’ai décidé de devenir coach afin d’intégrer une communauté, et pouvoir m’investir ailleurs que chez Mycvfactory. Cela me permet aussi de sortir de ma bulle« .

Il faut un entourage compétent et crédible pour vous faire prendre conscience de l’intérêt de s’économiser. C’est vital – David Minetti

Apprendre à déconnecter : une nécessité

Déconnecter est aujourd’hui devenu un luxe, encore plus pour un entrepreneur qui vit son smartphone greffé à la main. « Je déconnecte souvent. Tout dépend de quoi l’on parle car en fait, je suis partisane de la connexion à soi, celle où je prends le temps de réfléchir avant de répondre à une sollicitation, celle où je me pose de réelles questions sur ce que j’ai envie de faire, les personnes que j’ai envie de voir ou pas » explique Patricia. Déconnecter ce n’est pas du marketing avec en point de mire une retraite dans le silence, dans une ferme du Larzac sans Wifi ni 4G, mais une (re)connection à soi, à ce que l’ont veut, ce que l’ont souhaite, pour vérifier si l’on est toujours aligné avec ses valeurs et sa vision et surtout arrêter de répondre à tout et n’importe quoi. Les sollicitations sont nombreuses pour les entrepreneurs, de toutes sortes, que ce soit des appels d’offre, des soirées networking, des demandes d’aide, des rendez-vous pour parler de ses projets, etc… La vie peut vite devenir une tourbillon et l’esprit partir en vrille faute de pouvoir se pauser un moment pour réfléchir à la suite à donner à tout ça, en pensant d’abord à soi.

Patricia quant à elle s’octroie son mercredi, ses week-ends et deux mois de vacances dans l’année dès qu’elle en sent le besoin « Internet ne me manque pas, le portable non plus, je ferme tout et je savoure mon indépendance avec délice. Comme je n’ai jamais été une accroc à ce type de choses, c’est très simple pour moi de faire autre chose« . Un exemple à suivre ? Difficile selon le business qu’on a lancé et puis tout le monde n’a pas besoin de déconnecter aussi régulièrement, quelques heures dans la journée ou la semaine peuvent suffire.

Je crois fortement en tant qu’entrepreneur et donc leader, que le lâcher prise sans le laisser-faire est un excellent moyen pour avoir une entreprise performante – Guillaume Maison

S’octroyer des loisirs sans culpabiliser

Les loisirs, cela parait souvent secondaire aux entrepreneurs, car leur seul passion, c’est leur boite, comme ils aiment à le répéter à qui veut l’entendre. Soit, mais une passion peut devenir dévorante si on n’y prend pas garde… D’où l’intérêt de conserver le match de foot en salle du dimanche matin avec ses potes de fac ou le cours de dessin avec sa petite sœur chaque jeudi soir « com’avant« . Ou bien si le temps manque, de s’accorder tout de même une à deux heures d’un sport anti-stress chaque semaine : yoga, pilates, marche, ou même apprendre à méditer pour lâcher prise sur sa vie trépidante, ses angoisses, son stress.

Selon Anthony Courtat, fondateur de l’agence de com’ Com’I/O, les loisirs c’est « sans doute là que se fait la différence. Je pratique le marathon et le triathlon. A mes heures perdues je suis auteur/compositeur et interprète« . Des activités essentielles à son épanouissement professionnel et personnel, qui aujourd’hui ont tendance à ne faire qu’un « il faut un espace d’expression, d’émotions et de sensations autre que professionnel sinon je crois que c’est le burn out assuré« . De plus comme il l’indique, le sport, et surtout le triathlon « vous invite à repousser vos limites, à vous remettre en question, vous rend humble, combatif et résilient. Il vous aide également à tenir une bonne hygiène de vie. Les valeurs de ce sport, comme celle du marathon, sont parfaitement en phase avec le quotidien de l’entrepreneur. En ce qui me concerne, l’un sert l’autre et réciproquement ! » Se dépasser, c’est le quotidien de l’entrepreneur qui doit se remettre en question en permanence, alors apprendre à le faire ailleurs que dans sa startup permet de finalement en faire un mode de vie.

C’est souvent grâce aux loisirs que les grandes idées arrivent et non en restant la tête dans le guidon – Patricia Voisin

Ainsi si on en croit les entrepreneurs interrogés, il faudrait plus que « travailler comme un fou« , apprendre à gérer son temps et la distance qui séparent le créateur de sa vision et son succès « plus qu’en volume horaire, c’est en « getting things done« , qu’il faut penser  » explique Guillaume Maison. « Je n’ai pas une gestion « technique » de mon emploi du temps : je planifie chacune des choses puis m’y consacre pleinement, psychologiquement et émotionnellement. J’ai autant de plaisir, en intensité, à entreprendre, qu’à faire des choses en famille. Ce sont simplement des plaisirs différents« . Le bon équilibre finalement. Celui qui permet de développer et gérer sa boite sereinement, tout en profitant de chaque instant, en prenant du plaisir et en ne résumant pas qui on est à son entreprise, car « si celle-ci disparaît, que reste-t-il de soi ? » comme le dit si bien Patricia.

Le travail acharné n’est pas une solution viable à long terme. Les efforts sont nécessaires, mais dans un cadre d’équilibre et de prise de remises en question régulières – Selim Saadi

2 Comments

  • Patricia dit :

    Très bel article qui invite à la réflexion Peggy.

    Il est clair qu’en fonction de son activité, la déconnexion prend différentes formes.
    Mais elle est vraiment nécessaire pour le corps, pour l’esprit et l’équilibre en général.

    Dans mon métier d’accompagnement, je prends vraiment soin de mon hygiène de vie pour entretenir ma disponibilité et ma qualité d’écoute.
    Sans cela, impossible de bien travailler. Voilà pourquoi, je répartis sur l’année mes 2 mois de vacances pour complètement faire autre chose.
    Sinon, psychiquement et émotionnellement, je gaspillerais mon énergie et je finirais vidée.

    L’accompagnement demande un réel investissement pour que l’autre puisse avancer. Et quand on est passionnée, il faut savoir se ressourcer.

  • Merci pour ce superbe article.

    Je ressens parfois aussi cette impression de vivre à 100% pour mon business et que les idées m’assaillent sans cesse, même dans des moments où je ne « travaille » pas. Par exemple, quand je suis sous la douche ou que je marche dans la rue…

    Mais en même temps, c’est agréable car quand notre passion est devenue notre métier, on n’a plus besoin de vivre deux vies cloisonnées : d’un côté le boulot (où on trime) et de l’autre les loisirs (où on a du mal à se détendre car on est dans un stress perpétuel).

    J’ai juste une petite précision à apporter à l’article : je ne pense pas que le Yoga puisse être défini comme un « sport bien-être ». C’est vrai qu’il est difficile à caractériser et à tendance à échapper à toute tentative de définition. Mais en sanskrit (la langue ancienne de l’Inde), Yoga = union.

    Le Yoga me semble plutôt être une pratique corps-esprit ou une philosophie de vie qu’un sport. Dans le Yoga, on n’est en compétition ni avec soi-même, ni avec les autres… C’est une exploration, un voyage intérieurs…

    Et d’ailleurs, pratiquer le Yoga apporte une incroyable bulle d’oxygène et beaucoup de clarté et de lâcher-prise aux entrepreneurs… Je mets le lien de mon blog Yoga si certain(e)s souhaitent en savoir plus et découvrir le Yoga « en vrai » en venant tester un cours : http://www.yogapassion.fr

    Bonnes déconnexions (bien méritées et nécessaires parfois) à tous,
    Claudia, professeur de Yoga certifiée

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